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Oxfam au Maroc: Comment les inégalités sociales nous rendent plus vulnérables face au Covid-19

Si le Coronavirus touche sans distinction toutes les classes sociales, nous ne sommes malheureusement pas tous égaux face à la maladie. La pandémie du coronavirus nous met face à nos choix de développement social, économique, politique et met en avant les profondes inégalités qui traversent nos sociétés

Le monde fait aujourd’hui face à une pandémie historique dont les chiffres morbides évoluent chaque jour. Au 25 Mars 2020 on enregistre 435 006 cas diagnostiqués, 19 625 décès et 171 pays touchés. Si cette maladie touche sans distinction toutes les classes sociales, nous ne sommes malheureusement pas tous égaux face au virus et à son impact.

L’économie mondiale tremble et les services de santé de tous les pays sont mis à rude épreuve. Certains systèmes sanitaires de pays comme l’Italie, l’Espagne ou la France semblent dépassés par la catastrophe, rattrapés par leurs politiques de restriction des dépenses de santé.

Le Maroc, avec la loi de libéralisation du secteur en 2015, plaçant la santé sous l’égide du capital financier des marchés, n’échappe pas à la règle. Or, il a été démontré dans de nombreux pays que libéralisation des systèmes de santé ne rime pas avec universalité de l’accès aux soins. C’est ce que la crise du Covid-19 vient soudainement confirmer.

INVESTIR DANS LE SYSTÈME DE SANTÉ POUR FAIRE RECULER LA PANDÉMIE

Dans une période comme celle-ci, il est primordial que les citoyens puissent compter sur leur système de santé publique. Au-delà du repli sur soi et des mécanismes de solidarité familiale, la confiance en l’Etat et dans ses mécanismes de protection sociale est essentielle.

Aujourd’hui, le Maroc dispose de seulement 1.640 lits de réanimation, dont 250 nouveaux prévus dans les prochains jours, 3 centres d’analyses spécifiquement habilités à détecter le Covid-19, et d’un accès aux soins de base non équitable sur le territoire[1]. Basé sur ce constat, le Royaume du Maroc a rapidement pris des mesures de précaution nécessaires pour endiguer la propagation du virus. Et il convient de saluer cette réactivité.

L’Etat doit continuer à agir sur le renforcement du système de santé afin de faire face à la pandémie bien sûr mais aussi pour se servir de cette crise pour des évolutions plus structurelles. Ainsi, à court terme, il convient d’injecter des fonds publics visant à soutenir le personnel médical et paramédical mais aussi à accroitre la capacité d’accueil des hôpitaux et des relais sanitaires locaux. A plus long terme, cette crise rend encore plus prégnante la question des investissements dans le secteur de la santé et du développement d’un système fiscal plus équitable et universel.

ASSURER UNE INDEMNITÉ DE CHÔMAGE PARTIEL AUX PERSONNES QUI N’ONT PAS ACCÈS À LA SÉCURITÉ SOCIALE

Les personnes qui travaillent dans l’informel, celles qui vivent et sont payées au jour le jour sont en première ligne, dû à leur accès réduit à l’information et aux mécanismes de protection sociale. Au Maroc, plus de la moitié de la population active (46 %) ne bénéficie d’aucune couverture médicale.

« Nous n’avons plus de visibilité sur notre vie, je ne sais pas si je vais dépasser cette crise, et si je vais arriver à survivre », confie Laila, habitante d’un quartier défavorisé de Casablanca, qui a perdu son travail de femme de ménage après les mesures de confinement prises par les autorités.

«  Si les gens craignent de mourir du virus, moi je crains de voir ma fille mourir de faim »

Si nous saluons les propositions du comité de veille économique relatives au soutien de l’activité économique et du maintien de l’emploi (protection sociale, indemnités), il est aussi primordial de permettre aux personnes sans protection sociale de subvenir à leurs besoins pendant ces temps de crise. Ceci pourrait passer par une indemnité de chômage partiel aux plus vulnérables, un revenu spécial de solidarité ou l’accélération de la mise en œuvre du registre social unifié qui cible les familles les plus démunies.

Par ailleurs, les employeurs qui le peuvent doivent s’acquitter du paiement des cotisations CNSS et du chômage partiel. Ce sont dans ces moments de crise que nous découvrons à quel point pouvoir bénéficier de ses droits est important et que la solidarité nationale joue à plein.

DISTANCIATION SOCIALE, MAIS PAS INDIFFÉRENCE SOCIALE

Un.e Marocain.e sur huit est en situation de vulnérabilité, c’est-à-dire dans l’incapacité de se nourrir suffisamment et de se procurer les biens de première nécessité. Ces personnes sont les premières à protéger et à soutenir, car elles sont les plus à risque lors de crises sanitaires comme celle du coronavirus.

En attendant que l’Etat annonce son plan d’action pour soutenir les ménages lourdement impactés par le confinement, la solidarité citoyenne et communautaire est notre responsabilité collective.

Propriétaire d’une laiterie à Tanger récemment fermée par les autorités, Said a un revenu net de 80 dirhams par jour, il confie : « Sans revenu, je n’arrive plus à supporter le regard de mes enfants qui ont le ventre vide ».

A l’heure où seuls les commerces essentiels restent ouverts, ces personnes ne doivent pas se retrouver isolées, exposées à un risque de maladie virale, sans nourriture et sans dignité. C’est donc un moment où la solidarité nationale doit se mettre en place dans un mouvement conjoint, aux côtés de l’Etat afin de compléter son action mais aussi de mettre en exergue les ajustements structurels à réaliser, en faveur des services publics.

REPENSER NOTRE MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT

Au-delà de cette crise qui nous mobilise et nous affecte tous, notre regard et notre action doivent déjà se porter sur l’avenir, tant pour des questions de prévention de crises futures que pour l’amélioration intrinsèque des services publics, en particulier celui de la Santé.

Cette crise doit venir alimenter la réflexion sur le modèle de développement, nous amener à aller plus loin sur les questions d’égalité, d’inclusion, de justice sociale, de protection des plus démuni-e-s, mais aussi penser la justice fiscale et la redistribution comme un levier structurel de solidarité nationale, au-delà de l’action compensatrice du citoyen et de la société civile.

Il y aura un avant et un après coronavirus si cette crise sanitaire permet d’accélérer la mise en œuvre de mesures de réduction des inégalités d’accès aux services de santé.

Par Oxfam au Maroc
[1] Conseil Economique, Social et Environnemental : Les soins de santé de base vers un accès équitable et généralisé

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