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La femme en milieu rural, un acteur de développement invisible

Le combat des femmes est en deçà des espérances, surtout au niveau rural et leur travail n’est pas comptabilisé. Ces femmes souffrent de la marginalisation, de la pauvreté, de l’enclavement et des discriminations. Leur taux d’activité est de 35,6%, largement en baisse, par rapport à celui des hommes, qui est de 72,4 %.  Ce qui constitue une perte pour le marché de l’emploi, pour 1,1 millions, part constituée par la main d’œuvre féminine. Alors que la femme participe à hauteur de 93% dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage.

La femme rurale est certes, visible, mais « non visible », dans son bénéfice par rapport à la richesse qu’elle crée elle-même et dont elle ne profite aucunement. C’est ce qui est rapporté dans les recommandations des deux jours consacrées à l’université  des droits des femmes.

L’accès à la propriété lui est interdit, aussi bien que les moyens de production, le service public, l’éducation, la santé, l’infrastructure… La disparité est partout, au niveau territorial, particulièrement dans les zones enclavées et montagneuses. Le seul souffle, ces dernières années, est insufflé ou apporté par l’émergence des coopératives, évaluées à 14 000, dont 70% sont féminines. Quoique ces régions soient pauvres et précaires. Parmi les recommandations des intervenants, l’appel a été lancé pour axer les formations professionnelles  aux métiers de la coopérative agricole féminine. La sensibilisation est aussi de mise, faute au manque d’éducation. L’amélioration des conditions juridiques et réglementaires des activités économiques et le désenclavement des milieux ruraux, à travers la mise en place de transports de communication, est un tournant décisif, en matière de développement de ces régions.

Parmi les recommandations figurent la nécessité de revisiter les modalités de formation et d’enseignement en matière des droits sociaux et environnementaux. Dans le champ de la protection sociale,  les intervenants ont insisté sur la  nécessité d’amender les lois, pour palier aux inégalités concernant certains points importants. A titre d’exemples, la perte de la pension au décès de la femme fonctionnaire, l’égalité d’accès aux allocations familiales pour homme et femme, l’égalité d‘accès au dossier de remboursement qui vont au mari et non à l’épouse.

Le développement du créneau de l’ingénierie sociale, dans le domaine de l’eau et dans le milieu universitaire a été vivement relevé. Ainsi, qu’une bonne gouvernance des questions de l’eau dans sa relation avec le genre, étroitement liées. Un appel incessant est adressé aussi à l’ensemble des composantes de la société : élus, administrations, opérateurs économiques, société civile et les ONG, pour dynamiser le développement en milieu rural.

Pendant deux jours, hommes et femmes politiques, intellectuels, étudiants, docteurs, doctorants, universitaires, anciens ministres, sociologues, acteurs associatifs  se sont concentrés sur les droits économiques, sociaux et culturels des femmes marocaines, en présence de représentants de l’ambassade des Etats Unis. Si elles sont dans tous les fronts, accompagnant le développement du pays, se battant au quotidien, militant au sein des associations…, les inégalités persistent.

La première université sur « l’égalité homme-femme dans les droits économiques, sociaux et culturels » a été  organisée les 17 et 18 avril à l’Université Mohammed V, Rabat Agdal. Un partenariat entre l’Association Jossour Forum des femmes marocaines, le centre d’innovation sociétale de l’association Ribat El Fath pour le développement durable, la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Rabat-Agdal et, la Middle East Partnership Initiative (MEPI).

 

 

Bouteina BENNANI

 

 

 

Communiqué de presse

 

Association Jossour Forum des femmes marocaines

 

Recommandations de la première université sur « l’égalité homme-femme dans les droits économiques, sociaux et culturels

 

La première université sur « l’égalité homme-femme dans les droits économiques, sociaux et culturels », une plateforme de réflexion et d’échanges entre intellectuels, hommes politiques et étudiants sur le présent et l’avenir des droits de l’Homme au Maroc, a été  organisée les 17 et 18 avril à l’Université Mohammed V, Rabat Agdal. Un partenariat entre l’Association Jossour Forum des femmes marocaines, le centre d’innovation sociétale de l’association Ribat El Fath pour le développement durable, la Faculté des Sciences juridiques, économiques et sociales de Rabat-Agdal et la Middle East Partnership Initiative (MEPI).

Les travaux de l’université se sont déclinés en quatre thématiques. A savoir, l’indivisibilité des droits de l’Homme, les droits socioculturels et environnementaux, les droits économiques et l’entreprenariat féminin ainsi que l’intégration de la femme au marché du travail et sa protection sociale.

A l’ouverture,  la Directrice de la femme, du Ministère de la Famille, de la solidarité, de l’égalité et du développement social, Fatima Berkane, a passé en revue les réformes institutionnelles et législatives entreprises au Maroc, afin de promouvoir l’égalité homme-femme ainsi que les mesures prises pour accroître la représentation féminine aux postes de prise de décision. Le plan gouvernemental pour l’égalité « Ikram 1 »  a été mis en exergue. Ce dernier a permis la mise en place de textes législatifs et les instances y afférentes, en marge de l’institutionnalisation effective de l’égalité des sexes à tous les niveaux. 75% des mesures prévues dans le plan gouvernemental « Ikram 1 » ont été mises en œuvre alors que 86% d’entre elles ont été achevées à plus de 70%. Le plan « Ikram 2″, quant à lui, il cible  l’autonomisation des femmes et des filles selon une approche fondée sur les droits de l’Homme.

Les défis contemporains de la société, relatifs aux droits de l’Homme, à la préservation de la dignité humaine, au développement durable, à la tolérance et à la lutte contre l’extrémisme, est ce qui est préconisé lors de ces journées, c’est ce qu’a relevé  M.Abdelkrim Bennani, Président de Ribat Al Fath, lors de son allocution.  La thématique, comme spécifié par le doyen de la Faculté, Zakaria Abouddahab,  l’égalité homme-femme, s’inscrit dans le droit fil des finalités de la Constitution de 2011. Notamment dans son volet relatif à la parité, indiquant que le Maroc a réalisé des progrès importants en la matière comme en témoigne la ratification de plusieurs conventions internationales garantissant l’égalité entre les sexes en matière de droits, dont la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme.

Mme Omayma Achour Présidente de l’association Jossour-FFM, titulaire d’un doctorat de l’Université Mohammed V Agdal, organise, dans cette enceinte académique, la première édition de l’université des droits des femmes. Sous l’œil probant de son Professeur Farid El Bacha et du doyen, Pr Zakaria Aboudahab.

Mme Achour a parlé du projet de deux ans, avec l’Université de Maryland, porté par un groupe de femmes militantes. Et qui a permis de créer un Think Thank de 45 femmes leaders, de différents horizons : des académiciennes, des artistes, des politiciennes, des journalistes des militantes qui militent à tous les niveaux, politique, sociale, économique, culturel et environnemental.  Jossour FFM, à ravers ce projet, a relevé le challenge de l’innovation et de la créativité au service des droits des femmes. Environ 8000 jeunes de 15 Universités et écoles de Management ont été formés pour la diffusion des valeurs de citoyenneté et de droits humains. Une large campagne de 16 capsules de sensibilisation sur la violence verbale, enracinée dans les mentalités, à travers les adages, des proverbes populaires tels que « lemra dala3 3aouja » « kelma mra » intitulée « Wach Metafkine » a eu de bons échos. Elle a été réalisée bénévolement par Khawla Benomar, avec des artistes connus comme Malek Akhmiss, Mohamed Choubi, Raouf Sebahi , Fatima Atif et de jeunes actifs dans leur régions.

Zakaria Aboudahab est l’instigateur de ce projet innovant pédagogique et sociale, qui a permis l’ouverture de l’université sur la société et la valorisation de sa dimension sociétale. Mais surtout, la formation de jeunes juristes qui seront amenés à intégrer le marché du travail et les soft skills, comme la communication, la gestion de temps, la prise de parole en public, atouts indispensables et incontournables.

La participation des femmes, est une question d’équité qui relève de l’égalité homme-femme. Cela implique une redistribution du pouvoir juste et citoyenne et non des faveurs. C’est toute la question l’égalité entre les femmes et les hommes pour laquelle le mouvement féministe marocain a lutté pendant des décennies. Une égalité dans les faits, réelle et incontournable et non une égalité de papier.

En effet, comme disait par Mr Farid EL BACHA, l’indivisibilité et l’interdépendance des droits humains ne sont pas négociables. Et que l’état n’a pas à se dérober de sa responsabilité faute de moyens. Puisque l’émancipation de la femme et l’égalité homme-femme dans tous ses aspects constitue un fait primordial de développement.

La 2ème séance de travail a mis en exergue des inégalités relatives aux droits socioculturels et environnementaux, entre Hommes et femmes et entre les milieux urbain et rural. Mme Houria Tazi Sadeq a choisi de traiter de la question de l’eau dans sa relation avec le genre et les droits de l’Homme. Les femmes étant les premières victimes des difficultés d’approvisionnement en eau. C’est une corvée qui est aussi à l’origine de l’abandon scolaire et de la mortalité maternelle. Relevant une pensée de Jacques Berque à ce sujet : « l’eau est un prétexte à l’organisation sociale ». Plusieurs manquements sont aussi à citer : la lenteur des procédures judiciaires, la difficulté d’accès à la justice, l’inadaptation de notre corpus juridique et le manque de volonté politique.

Mr. Bennis a opté pour l’évolution rurale dans sa relation avec le développement durable. Il a incité l’audience à retenir, à ce sujet, 4 D : le droit, le devoir, le développement durable et le développement rural. Il a mis en exergue son expérience, autrefois responsable de la communication au sein du Ministère de l’Agriculture. A savoir, le projet PEDAEX porté par lui et qui ciblait l’encadrement aux Femmes rurales, exerçant dans l’agriculture. Un projet réussi et qui a fortement contribué à améliorer les conditions des femmes rurales. Il a aussi appelé à combler certaines insuffisances qui entravent le développement durable dans le milieu rural.  Notamment le manque de volonté politique pour défendre les besoins et intérêts du milieu rural.

L’intervention de Mme Samira Achour est axée sur les droits d’accès aux espaces publics de la ville. Ce sont des inégalités dues essentiellement à l’inadaptation des espaces et équipements publiques en sus du manque de sécurité assurée aux femmes dans les espaces publiques. L’aménagement des villes devrait se faire autrement, afin d’assurer une égalité entre Hommes et femmes dans l’accès aux espaces publics et de lutter contre toute forme de discrimination à l’égard des femmes. Dans ce cadre, elle a présenté le projet « Fleurir ma médina », s’inscrivant dans le cadre des objectifs 5 et 11 du développement durable. Un projet qui vise à embellir les espaces publiques de la médina de Rabat et à garantir la sécurité aux femmes au sein de ces espaces.