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Hackaton : le digital au service d’un espace public sûr : Challenge pour la concrétisation d’une ville intelligente

En cette période de pandémie, l’association Jossour Forum des Femmes Marocaines, en partenariat avec ONU Femmes a organisé deux hackathons en ligne sous le thème: « Smart city, la technologie au service d’un espace public sûr pour les femmes à la ville de Rabat. » Une plateforme qui a réuni une panoplie d’ingénieurs, d’experts, d’acteurs associatifs et d’étudiants de deuxième et troisième année d’architecture. La finalité pour ces lauréats est d’allier innovation et créativité au digital, en marge d’un concours qui leur est dédié par les différents partenaires. Six équipes de différentes écoles vont relever ce challenge.

La plateforme se veut une compétition d’idées lancée à l’occasion de la journée mondiale de l’ingénierie pour le développement durable et de la journée internationale de la  femme en partenariat avec ONU Femmes, l’Union Nationale des Ingénieurs Marocains(UNIM), la Mairie de Rabat et  le Centre marocain pour l’innovation et l’entrepreneuriat social, dans le cadre du projet « Rabat ville sûre et sans violences pour les femmes et les filles.

 

Effets directs et indirects sur les femmes et les filles

Selon Samira Achour, architecte urbaniste et coordinatrice du projet, plusieurs candidats ont répondu positivement à l’appel à projets de Jossour FFM et se sont inscrits dans cette compétition innovante et inédite. En effet, pour la première fois, l’ingénieur travaille sous cet angle  pour un espace sûr et sécurisé. D’ailleurs, plusieurs écoles au niveau de Rabat, Fès, Khouribga, ont adhéré à ce projet dont l’objectif est de stimuler l’innovation chez les jeunes ingénieurs, promouvoir le savoir et leurs connaissances techniques afin de proposer des solutions smart pour la ville de Rabat. Les interventions répondent à certaines questions pertinentes telles que les défis à relever pour la capitale du Maroc,  l’esprit à développer pour avoir un espace urbain sécuritaire ou comment l’ingénieur peut être acteur de changement pour tout ce qui est développement et management de la ville. Parmi les critères de sélection du projet, c’est allier le « développement d’une ville intelligente » à « la sûreté dans l’espace public », tout en trouvant des solutions directes, relatives à la violence et au harcèlement, ou indirectes relatives à l’amélioration de la qualité de vie de l’espace public (propreté, maintenance, gestion urbaine).  Une ville sûre et sécurisée a un grand impact sur les femmes et les filles.  Le thème optimise d’intégrer la dimension sûreté, bien-être et qualité de vie pour la femme à la dimension durabilité et énergie renouvelable. Le but est de sortir aussi avec un projet réalisable, donc qui peut aller vers l’entrepreneurship.  Le projet concrétisé sur Rabat peut être dupliqué à d’autres villes telle Tanger. Le prototype complet et réalisable devrait toucher des partenaires clés et les besoins réelles de la ville.

 

Dématérialisation au niveau des communes

Le Maire de la ville de Rabat, M. Mohammed Saddiki, Ingénieur de l’école Mohammedia des Ingénieurs et de l’école Hassania des Travaux publics accompagne le projet depuis le début. Ce partenariat avec ONU Femmes date de 2015 lorsque la ville de Rabat a rejoint le projet villes sûres signé à Mexico. Rabat devient ainsi la 21ème ville à l’échelon mondial à adhérer au projet. Parmi les réalisations de la Mairie, en matière de sécurité de la femme dans l’espace public, il y a le  renforcement de la sécurité dans le cadre du projet : Rabat ville lumière, capitale culturelle du Royaume. Et ce, à travers  l’éclairage public de la ville,  l’aménagement de grandes allées et avenues, parcs de jeux, loisirs. En plus du parc Hassan II de 30 ha au cœur de Rabat pour concrétiser la position de Rabat en tant que ville verte. La sécurité dans les trams et les bus a été aussi renforcée pour assurer le déplacement de la femme. Tout un programme de sensibilisation et de formation a été mis en place pour tous les chauffeurs de bus et de taxis. En marge du Covid-19,  Rabat a accéléré la digitalisation  de plusieurs axes communaux. La dématérialisation a touché l’état civil, watiqa.ma, chikaya, en plus d’un bureau d’ordre digital pour recevoir et émettre un courrier. Le travail pour un parapheur digital, autrement dit, la circulation des documents à l’intérieur des communes, la mise en place de la plateforme « rokhas » pour l’autorisation urbanistique d’habitation, les autorisations économiques sont autant de services pour les citoyens. Les marocains sont capables de faire beaucoup de choses, il suffit de croire en leurs compétences. Les projets des gagnants aux concours seront concrétisés au sein de la ville de Rabat.

 

L’amélioration de la qualité de vie et la sécurité des espaces publics constitue un axe prioritaire pour le développement local

Dans une allocution de Mme Leila Rhiwi d’ONU Femmes, lue par Mme Sofia Nossayri, elle parle de cette initiative innovante : la technologie au service de l’espace public sûr pour les femmes et les filles. La réunion virtuelle a pour but de lancer la réflexion sur l’utilisation des solutions digitales pour rendre l’espace public plus sûr pour tous. Dans ce contexte de crise sanitaire, le renforcement de la digitalisation de certains services s’impose. Ce programme d’envergure mondiale de villes sûres est le premier à travailler sur la mise en œuvre et l’évaluation des politiques et des mesures pour réagir au harcèlement sexuel et à toute forme de violence dont les femmes et les filles sont victimes dans différents contexte. Grâce aux propositions de solutions digitales, les jeunes contribuent au droit à la vie. La violence est présente dans la rue, dans les transports publics, les écoles, les parcs, les lieux de travail, dans le voisinage et les quartiers. La violence limite la liberté de mouvement des filles, réduit leurs capacités à participer et affecte leur santé. Selon le rapport du HCP de 2009, 1,7 millions de marocaines ont été violentées pendant ces 12 derniers mois dont 49% dans les espaces publics. ONU Femmes reste convaincue que l’amélioration de la qualité de vie et la sécurité des espaces publics pour les femmes et les filles est un axe prioritaire pour le développement local. Et pour y arriver, une approche multisectorielle est essentielle impliquant l‘ensemble des acteurs clés et  utilisant des outils et des ressources innovantes et accessibles, d’où l’initiative de ce concours. Les outils technologiques et les ressources digitales ont montré de bons exemples à l’échelle mondiale. Le Hackathon contribue à alimenter cette réflexion sur le rôle des solutions digitales innovantes.

 

Reprofilage du marché de l’emploi

Ce concours qui cible l’innovation et la créativité en matière de solutions pérennes pour les femmes de Rabat est un challenge à relever par les étudiants, a relevé Mme Omayma Achour, Professeur de Droit, Présidente de l’association  Jossour FFM. Surtout en cette situation de changement, de transformation structurelle économique, digitale et de reprofilage du marché de l’emploi. Aujourd’hui, les opportunités de l’emploi sont marquées par la digitalisation, la créativité, l’innovation et la valorisation du capital humain. La productivité et la formation seront dorénavant en ligne, le e-learning va évoluer constamment et améliorer la qualité de vie et le Hackathon permettra de trouver des solutions pour que les femmes puissent  être dans des endroits sûrs, que ce soit au niveau privé ou public. Les PME et les PMI sont en train de vivre une restructuration digitale liée au marché de l’emploi, au télétravail, aux nouvelles performances et soft skills. Le Maroc vit un avant confinement et un après Covid-19, et les femmes devraient être au cœur des transformations et des solutions. ONU Femmes a permis à Jossour de fleurir 8 ruelles de la Médina de Rabat (soit 27 petites ruelles). Aussi, les recommandations des Hackathons vont être prises en considération pour le développement du pays.

 

L’expérience du CEED Morocco, la fintech atout majeur

Le passage à l’entreprenariat permet de créer de la valeur et de généraliser l’impact, a mis en exergue  Fatim Zohra Oukacha, Directrice Générale de CEED Morocco, Centre of Entreprenariat and Executive Developpement. Mme Oukacha a partagé  l’expérience de CEED Maroc sur la gestion de la crise et a assuré que pour les entrepreneurs, il y a toujours des opportunités à saisir, même en état de crise. Depuis le début de la crise, les entrepreneurs dont les entreprises sont digitalisées et avaient dans leur process l’accessibilité du télétravail étaient ceux qui se sont le mieux débrouillés. Avant même que le confinement ne soit prononcé par les Etats, ils ont pris la peine de sécuriser leurs bureaux, étant flexibles avec leurs équipes. La deuxième tendance qui a été constatée est que toutes les activités et les business models qui avaient du mal à émerger à cause de la digitalisation limitée dans certains pays, ont été reconsidérées et trouvées extraordinaires. Aussi, certains secteurs d’activité qui ont pris le dessus sur d’autres, dont la fintech, autrement dit les technologies financières, l’e-learning, l’e-commerce et le business de la restauration transformé en livraison ont pu profiter de la crise. La fintech se positionnait comme en avance par rapport aux circulaires des banques. Maintenant, personne ne peut acheter et payer en ligne, payer ses abonnements ou réaliser des transactions sans la fintech. On ne peut faire de l’entreprenariat sur le digital que si on arrive à se faire payer digitalement. Sans la fintech, personne n’aurait pu survivre au Covid. Digitalisation, flexibilité par rapport au télétravail et focus sur les activités sont les maitres mots. Le CEED Maroc a équipé tout le monde en labtop dès février. Partout où le confinement a été prononcé, il a redésigné tous ses programmes et projets de sorte qu’ils puissent être déployés d’une façon virtuelle(webinaires, séances de mentoring, séances de coaching aussi).

 

Des intervenants de haute gamme

Les intervenants ont enrichi les deux webinaires organisés par l’association JFM. M. Jaafar Sijilmassi, ingénieur spécialisé en architecture bioclimatique a présenté l’acupuncture  urbaine qui consiste à choisir une multitude d’espaces de villes en voie de développement au Maroc pour y implanter des équipements de proximité. Tous les espaces délaissés dont les terrains vagues, les zones creuses peuvent être envisagés dans cette architecture urbaine. La 5éme journée du hackathon en ligne, animée par Rhizlaine Benachir, Vice présidente  de Jossour FFM a pris un angle plus spécifique, celui du « développement de la ville et de l’entreprenariat social », à travers des experts marocains de renommée nationale et internationale. Aicha Khrouz, chef de service au ministère de l’aménagement du territoire national de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville. M. Jaafar Sijilmassi architecte HMONP spécialisation bioclimatique, Selma Zerhouni, Directrice générale de la revue « Architecture du Maroc ». Les experts internationaux Jilali Krirou, Consultant architect et project, Manager chez Orange International et Nabila ont été mobilisés et suivent depuis 8 jours les étudiants avec le what’s up et des rencontres zoom. Sans oublier les experts nationaux tels que Mhammed Arahou, Consultant Transformation digitale et Excellence opérationnelle.

Ce concours a été accompagné aussi par des experts de renommée qui ont prouvé leurs compétences au niveau national et international et eu des prix internationaux tel que M. Adnane Addioui, Président  de MCISE, également membre de la commission spéciale sur le modèle de développement. Cet expert stipule que pour répondre aux besoins de la société, il faut changer la vision linéaire des besoins sociaux. On a besoin d’urbanistes, de lois, de conscience collective, d’anthropologues, de sociologues qui réfléchissent tous au-delà des barrières pour un espace physique sûr et inclusif pour tout le monde. Le futur est la combinaison entre le physique et le digital. Aussi, l’innovation sociale est au service du bien commun et donc, il est temps de réfléchir sur la manière de rendre Rabat, à la fois inclusive, innovante et au service de ses citoyens.

En cette période de crise, l’ingénieur a montré son efficacité, selon  M. Abderrahim El Hdouf, ingénieur agronome et Président de l’UNIM, un réseau qui regroupe plus de 5000 ingénieurs de différents secteurs public et privé, qui a plus de 40 ans d’existence. Son esprit technique peut contribuer à améliorer la situation de la femme, comme il l’a fait pour la lutte contre la pandémie, en parallèle des services du corps médical.

La représentante de la Fédération Mondiale des Organisations des Ingénieurs qui rassemble plus de 120 organisations d’ingénieurs dans différents continents a parlé de l’urbanisation, de la digitalisation et de la mobilité spécifique aux femmes et aux filles. Cette dernière consiste à mettre à leur disposition tous les outils qui permettent de se déplacer dans le quotidien de ses activités, tout en adaptant toutes les technologies au contexte spécifique du Maroc.