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Etat d’urgence sanitaire: Les personnes handicapées ne doivent pas être oubliées

Les 2,3 millions de Marocaines et de Marocains ne situation de handicap ne doivent pas être laissés en marge de l’effort national de solidarité. Ils sont une catégorie extrêmement vulnérable sur tous les plans. Un texte d’Idir Ouguindi, acteur associatif.

En mars 2020, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a qualifié de pandémie la nouvelle maladie appelée COVID-19 en raison de son échelle et sa vitesse de propagation.

Depuis, les autorités en charge de la santé publique dans le monde entier prennent des mesures importantes afin de contenir la progression et les conséquences sanitaires de la pandémie.

Parmi ces mesures, l’information et la prévention des populations quant à la maladie, aux gestes barrières à adopter afin d’éviter toute contamination, l’astreinte à une distanciation physique et enfin la restriction de la circulation des personnes, soit le confinement, comme seul moyen inévitable pour garder le coronavirus sous contrôle.

Parmi les personnes les plus fragiles et vulnérables face à la maladie d’une part, et aux mesures que la crise actuelle suppose d’autre part, les personnes en situation du handicap, et ce en raison de leurs situations et conditions sanitaires, sociales et économiques.

On peut donc s’interroger sur les mesures et les réponses qui sont apportées pour cette population particulièrement à risque, qui représente 15% de la population mondiale, soit 1 milliard de personnes (selon le rapport mondial sur le Handicap de 2014), et rappelons-le, 6,8% de la population nationale, c’est à dire 2,3 millions de Marocaines et de Marocains et un quart des ménages marocains.

La crise que vit l’humanité actuellement est sans précédent, et suppose des décisions d’urgence radicales par les autorités nationales, impliquant des mesures restrictives à l’égard des libertés individuelles et collectives et des répercussions sociales et économiques sévères.

Cependant, le respect des normes internationales des droits humains doit rester au cœur des réponses que les pouvoirs publics apportent, car nous le voyons bien, la crise lève le voile sur les inégalités sociales qui caractérisent nos sociétés. Or dans ce contexte, nous devons nous montrer attentifs et solidaires pour atténuer autant que possible les risques pour les populations les plus fragiles.

À cet égard, il importe de rappeler que l’article 11 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées de 2007 et ratifiée par le Maroc le 8 Avril 2009 appelle les États à prendre « toutes mesures nécessaires pour assurer la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris les conflits armés, les crises humanitaires et les catastrophes naturelles. »

Au Maroc, cette crise révèle la réalité sociale de nombre de Marocains et de ce fait les fortes inégalités en termes de ressources économiques, d’accès aux services (santé, éducation, information, système de protection sociale) et de logement. Ces inégalités sont aussi le reflet des failles que connaissant les infrastructures sanitaires et de l’absence de systèmes de protection sociale suffisant à l’égard des citoyens les plus vulnérables.

Pourquoi des considérations supplémentaires au sujet des personnes en situation du handicap dans le cadre de la flambée de COVID-19 ?

Les personnes en situation de handicap sont aux premières loges. Elles souffrent entre autres maux, d’un état de santé fragile, d’un accès insuffisant aux services de soins et de suivi médical, d’un manque d’accessibilité physique dans l’espace public, les infrastructures et les établissements, et d’accessibilité de l’information, et des barrières d’accès à l’emploi, avec un taux de chômage 6 fois supérieur au taux national.

Ces facteurs constituent des freins à leur autonomie sociale et économique et place donc une grande partie d’entre elles dans une situation de dépendance vis-à-vis de tiers, qu’il s’agisse de subvenir aux besoins quotidiens d’alimentation et de soin ou pour avoir accès à l’information sur le virus, les mesures de prévention, et les règles et restrictions légales à respecter.

Une situation particulièrement problématique en ces temps de pandémie et de confinement qui supposent une distanciation sociale, même vis-à-vis de l’entourage familial, du personnel aidant et du personnel soignant. Elles sont, pour certaines, également, de par ces facteurs, exposées à des risques multiples, notamment d’isolement, de violences et de maltraitance.

Mettons le focus sur la santé. Les personnes handicapées sont souvent exposées à un risque accru de complications médicales graves, ont aussi des besoins de soutien particuliers en cette période difficile. Ces besoins doivent être pris en compte dès le tout début dans la lutte contre la pandémie.

L’OMS indique que 55,3% des Marocains en situation de handicap n’ont pas accès aux services de santé et que 21,3% n’ont pas accès aux médicaments. Le Maroc compte un seul médecin spécialisé pour 10.000 personnes en situation de handicap (sur ce chiffre, le Maroc est largement devancé par nombre de pays, dont la Tunisie où ce ratio est de 2 médecins spécialisés pour 10.000 patients).

Face à l’enjeu combiné de la crise sanitaire et de la perte de revenus qu’elle engendre pour un très grand nombre de Marocains, nous voulons saluer ici les efforts faits par le gouvernement. La prise en charge gratuite des malades mais également l’aide financière annoncée pour les plus vulnérables, nouveaux chômeurs ou bénéficiaires du Ramed dont la situation difficile n’est pas nouvelle, constituent des réponses indispensables qui mettent en valeur les principes de la Constitution de 2011 d’égalité de droits et de solidarité.

Nous avons d’ailleurs, grand espoir, de sortir de cette étape grandis et convaincus de la nécessité de mettre tout en œuvre pour un Etat social au Maroc, et pour renforcer les services publics et en premier lieu les services de santé. Nous souhaitons cependant rappeler que les personnes et les foyers concernés par le handicap ne doivent pas être les oubliés de cette crise et qu’une attention particulière doit être portée à leur égard dans ce contexte.

Voici ce que nous considérons comme mesures et attention importante à adopter :

  • Accorder une aide financière aux personnes handicapées pour couvrir les dépenses supplémentaires causées par la situation ;
  • Intégrer les prestataires de services (y compris ceux qui apportent une aide informelle) aux personnes handicapées dans les programmes d’urgence établis par les pouvoirs publics pour assurer l’approvisionnement en équipements de protection.
  • Prendre en compte le handicap et les personnes en situation de handicap lors de l’élaboration des différents programme d’urgence ;
  • Affecter une aide financière supplémentaire à tout ménage comptant une personne en situation du handicap plus de 25% par exemple
  • Agir à leurs côtés est urgent ! nous devons mettre tout en œuvre pour les accompagner, les protéger et maintenir le lien social.
  • Le gouvernement doit être en mesure de faire beaucoup pour leur garantir l’accès aux services vitaux durent cette crise.
  • Ne laisser personne seul en détresse, sans aucun contact extérieur.
  • S’assurer que chacun se protège contre le virus.
  • Guider les personnes vers des solutions d’hébergement et d’aide sociale.
  • Apporter de l’information gratuite et vérifiée.

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