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Vers une science du tourisme ?

 Depuis  2000,  une  polémique  sur  la  constitution  d’une  science  du  tourisme  bouscule  le ronronnement auquel nous a habitués l’avancée économique du tourisme dans le monde. S’il est devenu la première activité économique mondiale, « le tourisme n’a pas la science qu’il mérite ! », selon Hoerner (2000). Le ton est donné, à partir d’un «manifeste » qui suscitera de vives  réactions  du  monde  de  la  recherche  en  France.  L’initiative  de  Jean-Michel  Hoerner,
lancée depuis 2000 dans la revue Espaces, vise à constituer une nouvelle science du tourisme, une  science  de  synthèse.  Si  une  telle  proposition  a  l’avantage  de  bousculer  les  « conservatismes », il reste néanmoins qu’elle véhicule aussi certains aspects réducteurs.

Les  écrits  de  Jean-Michel  Hoerner  relancent  d’une  manière  très  orientée  le  débat  sur  une science du tourisme qualifiée de science de synthèse. On observe un balayage critique qui touche deux acteurs impliqués dans le développement du tourisme, l’un dans la production de
connaissances scientifiques, l’autre dans la reconnaissance professionnelle et internationale. Il s’agit, d’une part, de certains universitaires perçus comme conformistes « qui privilégient les sciences reconnues depuis longtemps afin de préserver leur fonds de commerce » (Hoerner, 2000  :  18-20)  et,  d’autre  part,  de  l’Organisation  mondiale  du  tourisme  (OMT),  jugée  par Hoerner comme ayant une « approche conceptuelle déconnectée de la réalité de l’industrie
touristique » (Hoerner, 2002 : 15-20) et « des définitions dépassées » (Idem : 7). La nouvelle orientation  de  la  science  du  tourisme  est  donc  arrêtée  :  elle  privilégie  une  définition  par rapport  à  l’industrie  et  non  au  touriste,  selon  Hoerner.  Cette  science,  dénommée  « tourismologie », doit, sur le modèle de la géographie, définir son « unité » dans le voyage, objet de la nouvelle science : « La science touristique étudierait tout ce qui est lié au voyage : sa conception, sa mise en place, son déroulement, ses conséquences ; l’industrie multiforme qu’il  développe,  son  environnement  social  et  culturel,  les  rapports  implicites  entre  les voyageurs et les sociétés visitées. » (Hoerner, 2000 : 18-20). La tourismologie est science de synthèse, orientée vers l’étude du voyage dans le cadre de l’industrie et appliquée aux métiers du  tourisme  et  de  l’hôtellerie  (Hoerner,  2002).  Hoerner  et  Sicart  (2002  :  13)  soulignent, notamment  :  « Cette  science  se  veut  surtout  appliquée,  sans  devenir,  bien  sûr,  une technologie.  Elle  a  ainsi  deux  objectifs  clairs  :  accompagner  les  études  supérieures  de tourisme  (dont  l’hôtellerie)  et  se  mettre  au  service  des  professionnels  de  la  branche,  des
experts et des institutionnels. »

L’intérêt d’une telle proposition est de créer une démarcation de cette nouvelle science par rapport aux autres sciences sociales et humaines en la déclarant science humaine de synthèse et  en  identifiant  son  objet  d’études  (le  voyage)  et  son  cadre  d’application.  Deux  types  de réactions  sont  alors  observés  :  1)  des  réactions  de  soutien  des  experts  rattachés  à  des associations internationales et nationales et de formateurs ; 2) des réactions plus critiques de la part des chercheurs rattachés aux universités et aux centres de recherche institutionnels.

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