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Un patrimoine architectural à préserver

 

Par : bahetta youssef

Un patrimoine architectural à préserver (Région de Tadla Azilal)

Pourquoi restaurer et mettre en valeur le patrimoine architectural des zones montagneuses ? Pour le sauvegarder bien sûr. Mais comment …… ?

La conservation et la valorisation du patrimoine architectural de la région de Tadla-Azilal est un créneau primordial à mettre en relief dans le cadre des projets intégrés de développement local de cette région, car il constitue un atout qui permet l’adhésion participative des populations locales dans le cadre d’un dynamisme de développement du tourisme durable.

L’appui à la mise en œuvre d’une stratégie touristique adaptée et justifiée sur le plan économique, technique et socialement acceptée, s’avère une nécessité pour préserver un patrimoine architectural comme c’est le cas dans la région de Tadla-Azilal.

En effet plusieurs projets ont été réalisés dans la région, dans le cadre de la stratégie du Ministère du Tourisme ou/et dans le cadre des projets intégrés ou projets de coopération.

En outre, l’ensemble des interventions, en matière de projet visant le développement du secteur touristique des zones de montagnes, n’a pas pris en considération cet aspect architectural des zones de montagnes et qui est, à notre sens, un atout et un produit touristique typique des zones de montagnes.

Nous signalons que ces projets ont porté essentiellement sur les aspects suivants :

1. Les infrastructures et d’équipements : 
-  Construction d’un centre de formation aux métiers de montagne à Tabant ; 
-  Construction de 5 refuges et contribution à l’affectation d’environ 60 gîtes chez les habitants ; 
-  Electrification de certains douars de Aït Bouguemaz (Tabant) ; 
-  Aménagement d’une route, goudronnée sur 80 Km, environ reliant les centres de Aït Mehamed et de Tabant.

2. Les aspects de la formation : 
-  Formation d’environ 400 accompagnateurs au centre de Tabant ; 
-  Formation d’environ 100 femmes dans le domaine du textile (tapis) ; 
-  Formation de 30 apiculteurs et de 50 menuisiers et sculpteurs.

3. L’aspect institutionnel : 
-  Création d’une Délégation du Ministère du Tourisme à Azilal (1987) ; 
-  Création d’un centre d’information sur la montagne (1991) qui a par la suite pris le nom d’Office du Développement du Tourisme Rural (1992).

Patrimoine architectural : Un atout touristique

Dans le cadre de cette présentation, et afin de donner un aperçu sur les types d’habitat des zones montagneuses, l’analyse du patrimoine architectural, en terme de mise en valeur et de conservation, nous conduit à mettre surtout le point sur les caractéristiques architecturales de l’arrière-pays en zone de montagne. Ces caractéristiques gardent les empreintes de l’homme vis-à-vis de son espace naturel dont il tire profit pour son existence et son attachement à son terroir.

Le cachet architectural de la zone montagneuse de la région du Tadla-Azilal ne diffère pas beaucoup des autres zones du Haut-Atlas, car les conditions de vie et de l’exploitation des ressources naturelles ont plusieurs traits communs.

Les critères discriminatoires de cette architecture résultent des formes d’adaptation au site, au climat et à l’activité exercée par l’habitant. Certaines formes architecturales telle TIGHREMT sont le résultat des formes d’insécurité que la zone a vécu par le passé.

La structure et l’agencement des habitations sont aussi tributaires des critères pré cités et aussi de l’organisation des populations autour de certaines ressources telles que l’eau, terres agricoles et pâturages.

Les critères de la typologie de l’architecture et l’agencement des habitations dans la zone d’étude sont propres au site. Ces critères sont :

-  Le site au sens strict ; 
-  L’ensoleillement, le vent dominant ; 
-  Les activités de la population ; 
-  La nature des matériaux et les techniques de construction.

Sans entrer dans les détails structuraux internes de l’habitation, on peut distinguer quatre groupes :

1. L’habitat des vallées et du Dir

Malgré la pénétration des constructions en béton, des nouveaux matériaux et des nouvelles formes architecturales dans la zone du Dir et des vallées de la zone, il existe encore des groupements d’habitations qui ont gardé leur caractère rural traditionnel.

L’agencement des espaces au sein de ces groupements dépend des activités exercées par les habitants, qui sont essentiellement l’agriculture. Cette pratique se reflète au niveau de l’occupation spatiale de l’habitation. La maison garde sa forme carrée ou rectangulaire et le tiers spatial est réservé aux produits agricoles.

Les constructions sont faites par l’adobe avec du mortier et les revêtements intérieurs et extérieurs sont faits avec du mortier de terre. Dans les zones rurales du Dir et des hautes vallées, l’organisation communautaire fait que les douars adoptent une structure linéaire le long des zones de culture et/ou des cours d’eau (Ait Bougmmez, Ait Bou oulli, Zaouit Ahncal).

2. L’habitat des versants

Afin de réserver plus d’espace à l’agriculture, les habitations des versants sont souvent serrées et se présentent en terrasses. L’exploitation rationnelle de l’espace a fait que les maisons comportent 2 à 3 niveaux dont le niveau le plus bas est réservé au bétail et ceux de dessus à la cuisine, au séjour et aux hôtes. Les matériaux de construction sont surtout le pisé et le remplissage en pierres.

3. L’habitat de haute montagne

La raideur climatique est déterminante pour ce type d’habitation, les maisons sont construites avec un seul niveau et les pièces d’habitation sont sous-jacentes à l’étable et à la cuisine. Les matériaux de construction sont surtout de la pierre taillée avec un remplissage en terre. Généralement, les habitations en haute montagne sont dispersées.

4. L’habitat fortifié ou Tighremt

C’est le plus important des monuments qui attirent les visiteurs de la région. La construction a le caractère d’une forteresse percée de meurtrières. Dans la région, ces constructions se situent sur des sites stratégiques qui permettaient le contrôle et le refuge. La construction est en pisé et peut comporter jusqu’à cinq niveaux.

Actuellement, ce type de constructions est très rare et tend même à disparaître au profit de constructions plus basses et plus ouvertes sur l’extérieur et celles qui existent encore sont généralement dans un stade de dégradation avancée.

Les habitations fortifiées, très denses sur leurs escarpements, offrent souvent d’admirables points de vue. Rassemblées autour du grenier collectif (Igherm) ou de la maison forte (Tighermt), leurs constructions présentent une remarquable unité architecturale. Les murs sont en pisé (terre crue additionnée de chaux et parfois de paille). Les côtés exposés aux intempéries sont renforcés de pierres sèches. Tous les matériaux proviennent de l’endroit même de la construction, d’où la très grande harmonie de ces villages dont les couleurs se confondent avec celles du paysage environnant.

Les façades sont agrémentées de pierres sèches, de parements en bois, de solives et de corniches ouvragées, elles témoignent d’un goût artistique très sûr. Les intérieurs les plus riches sont ornementés, murs et plafonds, d’enjolivures peintes, d’arabesques naïves, charmantes et colorées.

Conclusion et leçons à tirer : Il est cependant devenu incompréhensible qu’une zone aussi riche que la région de Tadla-Azilal ne prenne pas autant soin de son patrimoine architectural qu’elle ne le devrait.

En fait, il serait souhaitable que des actions de concertation pour la restauration du patrimoine architectural soient entreprises dans le sens d’une valorisation en menant des réflexions qui permettraient d’affecter des fonctions spéciales à ces monuments.

Notre souci est d’apporter de la valeur ajoutée à ce patrimoine architectural tout en tenant à garder son aspect traditionnel. Ceci ne peut se faire que selon une vision et une stratégie intégrée et globale, non fondée uniquement sur des considérations purement techniques, mais qui doit intégrer tous les acteurs de développement et en particulier les ruraux concernés.

A notre avis, l’avenir du patrimoine architectural en zone de montagnes dépendra de la qualité des rapports entre les différents partenaires, à savoir : le Ministère et les professionnels du Tourisme, les acteurs locaux, les populations et les collectivités locales, enfin appelées à jouer un rôle de plus en plus croissant dans la définition de la stratégie de développement des territoires relevant de leurs commandements.

Pour arriver à cet objectif de sauvegarde du patrimoine architectural de la région de Tadla-Azilal et comme c’est le cas dans la plupart des zones du haut Atlas du Maroc, nous recommandons ce qui suit :

1. Sauvegarder la mémoire collective rurale par le développement d’instruments de recherche et d’identification de son patrimoine architectural à travers :

-  L’établissement à la fois d’inventaires scientifiques détaillés et de typologies géographiques plus sommaires, directement utilisables pour les politiques de protection et de mise en valeur ; 
-  La conduite des travaux d’identification du patrimoine rural sur une base multidisciplinaire qui rapproche les données architecturales et artistiques des données géographiques, historiques, économiques, sociales et ethnologiques.

2. Intégrer la sauvegarde du patrimoine architectural dans le processus de planification, d’aménagement du territoire et de protection de l’environnement par la mise en oeuvre des législations du patrimoine, de l’environnement et de l’urbanisme en vue d’une meilleure gestion de l’espace visant à assurer :

-  La protection juridique, au sens de la convention pour la sauvegarde du patrimoine architectural du milieu rural ; 
-  L’élaboration de stratégies conjuguées de sauvegarde et de mise en valeur de l’ensemble du patrimoine bâti et naturel, à partir d’une planification combinant ces deux aspects indissociables du patrimoine rural ; 
-  De faire valoir, auprès du public et des intervenants économiques, les valeurs de l’architecture locale s’exprimant dans un usage séculaire de matériaux, d’échelles, de techniques et de détails constructifs ; 
-  La promotion d’une architecture locale contemporaine renouvelant la création à partir des enseignements et de l’esprit de l’architecture traditionnelle.

3. Dynamiser la mise en valeur du patrimoine comme facteur privilégié de développement local par des :

-  Subventions ou l’octroi de prêts bonifiés pour l’amélioration de l’habitat existant ; 
-  Subventions pour les travaux sur des édifices protégés et l’aménagement des sites bâtis ; 
-  Aides aux acteurs de la société civile ou/et entreprises développant la pluriactivité, l’implantation de commerces et de l’artisanat ; 
-  Aides aux aménagements touristiques et à la création de gîtes ruraux.

4. Développer et renforcer les principes de la conservation intégré en :

-  Exprimant les objectifs de conservation et de mise en valeur du patrimoine architectural dans le cadre des politiques nationale, régionale et locale concernant l’aménagement de l’environnement naturel et humain ; 
-  Intensifiant la coopération à tous les niveaux entre les secteurs chargés de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine et d’autres secteurs chargés de l’aménagement de l’environnement naturel et humain ; 
-  Favorisant l’intégration de la mise en valeur du patrimoine architectural dans une politique culturelle globale.

5. De promouvoir la sensibilisation et l’accès du public à son patrimoine en :

-  Eveillant la connaissance et la compréhension du patrimoine culturel par des programmes éducatifs en milieu scolaire et extrascolaire ; 
-  Incitant la population à participer à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine local ; 
-  Utilisant les techniques modernes des médias, de l’audio-visuel et de la publicité.

Bahetta Youssef 
SCET-SCOM 
Développement