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Un comtoir de l’époque phénicienne redécouvert à Ksar sghir, dans la région de Tanger

 

Auteur : Association Tadaoul pour l’Education, le Patrimoine et l’Environnement

Un comptoir de l’époque phénicienne redécouvert dans la région de Tanger, à Ksar Sghir

Le site se trouve sur le tracé de l’autoroute

Le site vient d’être redécouvert, mais il risque de ne pas durer. Il se trouve, en effet, sur le tracé de l’autoroute qui relie le port de Tanger-Med au réseau national et fera certainement les frais des aménagements des infrastructures en cours dans cette région.

Pour le moment, le site connaît une course contre la montre. Une équipe d’archéologues y travaille d’arrache-pied et au terme de ces fouilles de sauvegarde, un rapport sera soumis au ministère de la Culture.

Mohammed Habibi, archéologue et professeur à l’Université de Tétouan, a expliqué que le site présente un intérêt très particulier. Ce que l’état d’avancement des fouilles permet de qualifier d’un comptoir industriel, a la particularité de présenter, estime M. Habibi, plusieurs époques superposées. C’est là, entre autres, où réside toute sa valeur.

En effet, affirme-t-il, « cette imbrication d’époques de civilisations et de cultures est très rare », et plus particulièrement dans cette zone du pourtour méditerranéen.

Le site d’une superficie de 1,5 ha, ne présente pas les dimensions d’une ville, mais d’un comptoir industriel comme les Romains en ont installé un peu partout dans la région. Il est situé sur une colline qui domine la vallée de l’oued qui traverse Ksar Sghir, à quelques centaines de mètres de la plage.

Le site a été fortifié, une disposition sûrement dictée par la situation d’instabilité et de troubles que vivaient les colonies romaines vers le 4ème siècle après J.C.

Sur sa face sud se trouve la porte d’accès principale flanquée de deux tours semi-circulaires. Des tours sont également présentes dans les angles de l’enceinte. Selon l’état actuel des recherches, le site a connu « une occupation très dense et une superposition stratigraphique riche et variée ». Et « toutes les époques historiques antiques y sont matérialisées », soutient M. Habibi. Ce site qui devait être habité par quelques centaines de personnes a la particularité de présenter des traces indélébiles du passage, sur le même lieu, des civilisations : punique, mauritanienne, romaine et, plus tardivement, islamique.

L’état actuel des recherches a permis, ainsi, la mise à jour d’un ensemble de bassins de salaison de poisson alimentés par de grandes citernes d’eau. Les fouilles ont également révélé la présence d’un ensemble thermal, des habitations et des fours à tuiles. Ces tuileries attestent, par ailleurs, du passage de militaires dans le site. Car comme l’explique M. Habibi, les soldats romains sont employés, en période de paix, à la fabrication de tuiles. Et il existe même des traces de ce matériel poinçonné, spécifique à chaque région. Le matériel archéologique actuellement mis à jour dans le site, est daté, affirme M. Habibi, de l’époque romaine tardive, c’est-à-dire du quatrième siècle après J.C. Cependant, poursuit-il, il existe un niveau plus ancien attesté par le matériel découvert qui remonte à l’époque mauritanienne, au 3ème et 2ème siècles avant J.C, et même punique au 4ème siècle avant J.C.

C’est donc tout l’intérêt de ce site unique en son genre et qui suscite de grandes interrogations quant à son avenir. Site qui est par ailleurs remarquablement conservé, n’étaient des installations étrangères, des abris sous-terrains, en fait, érigés par l’armée espagnole lors de la première moitié du siècle dernier.

L’avenir de ce trésor dépend, toutefois, de la politique à venir que l’on entend dans cette région. Le site est d’un intérêt inestimable pour le développement durable de toute cette vallée et de la zone de Ksar Sghir dans sa globalité.

Ainsi, ce même site fait face, à quelques centaines de mètres plus loin, à des monuments qui datent de l’époque médiévale, et un peu plus loin, à l’intérieur de la vallée, ont été découvertes des inscriptions libyques, ou amazighes.

C’est dire la richesse de cette région et son potentiel touristique et archéologique mais surtout la valeur inestimable de ce que représente cette continuité de civilisations sur les mêmes lieux.

Et il est donc important de préserver ces richesses pour les générations futures.

C’est pour cette raison et pour répertorier les richesses antiques de la région qu’un vaste programme de prospection archéologique dans toute la péninsule tingitane a été confectionné par l’archéologue et spécialiste de l’époque romaine et préromaine Mohammed Habibi et devrait être mené en vertu d’une convention de coopération entre l’Université de Tétouan et l’INSAP. Ce programme est actuellement en phase de finalisation et devrait démarrer dès que ladite convention sera signée entre les deux parties.

Tahar Abou El Farah

www.liberation.press.ma

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