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Tentative de réflexion autour du développement démocratique

Il est temps pour moi personnellement de  me distancier et  prendre le recul  par rapport  au travail associatif  après  une expérience, c’est-à-dire un modeste cumul  qui a duré plusieurs  années. Ce retrait  se veut plutôt contemplatif  dans la mesure où mon  implication dans  cet espace ,  était toujours portée par  le souci de forger les  concepts véhiculés par cette structure  qui met en exergue  la notion du droit dans   son référentiel  éthique et politique.

Je voudrai également préciser que cet écrit n’est qu’une ébauche en vue d’une analyse  qui va sûrement approfondir la réflexion sur les références proposées.

Ce ci dit, mon point de vue  n’est et ne peut pas  être objectif, pour la simple raison qu’il est  en quelque sorte  l’expression d’une subjectivation  dont  l’arrière plan est l’universalité du Droit, pour reprendre Alain Touraine .Dans le même  temps, il renonce à la description qui peut,  peut être faire l’objet d’un historien. Mon objectif dans cette réflexion est de me questionner sur la teneur des concepts acclimatés au  développement démocratique. Ces questionnements nous  renvoient  à quelques  références  relatives à ces concepts. Ce ci permettra  de comparer   la production  je dirais associative  relative à ce développement  avec  ces  mêmes concepts tels qu’ils  sont conçus   par quelques  penseurs. Ce cheminement théorique et comparatif vise, à mon humble avis, à tracer les bornes entre ce qui relève de la représentation répétitive et la conceptualisation  qui est une, si ce n’est la tache principale de ce tissu associatif. Car la plate forme fondatrice de  cet espace stipule que la réflexion activée par le verbe : repenser, est l’une des raisons d’être de  ce collectif. Autrement dit , la légitimité idéale  du développement démocratique réside  dès le départ  dans la corrélation de l’expertise  représentée par  le  savoir,  ajouté au savoir faire  qui doit s’aligner  sur les  exigences éthiques  dont la bonne gouvernance, la transparence ,entre autres doivent primer .

Objectivement parlant, j’avoue que la tache de cultiver la difficulté  est rude parce que toute distanciation de ce  genre  doit non seulement  se plier à la rigueur qu’impose  la conceptualisation  puisant dans le références  susceptibles de renforcer l’argumentaire. Qui plus est, la pertinence des concepts  qui clarifient la vision de ce collectif associatif  et son agir,  doit  éviter de  ne pas  faire l’objet d’une facilité  dont la projection  y trouve son compte  et dans laquelle la naïveté   de croire en l’éthique  tout en préservant le savoir faire  se perd.

L’ouvrage  d’Alain Touraine : Nous sujets Humains, éclaire notre  perception de la modernité  en la distinguant de la modernisation. D’où la question : Le travail associatif, en particulier celui œuvrant dans la promotion du Droit et plus précisément dans le développement démocratique, s’identifie-t-il à la modernité ou  à la modernisation ? Cette question nous ouvre sur  le positionnement dans lequel, ce qu’on appelle  sans   aucune définition arrêtée, la société civile  est mise. Si le travail associatif  se donne pour mission la stimulation de la réflexion, la notion de la société civile qui prête  souvent à confusion, mérite d’être repensée dans le but d’éviter  la consommation d’une notion  dont l’utilisation  nuit souvent à sa connotation moderniste. Il a  fallu donc se pencher sur l’entreprise philosophique dans le but de  capitaliser sur  ce qui pourrait être utile, voire même compatible avec la mission de la structure ayant pour  moyen la vulgarisation par le biais de la sensibilisation et  la formation pour le  développement démocratique, lequel doit être à son tour objet d’analyse. Au-delà du fait que la notion de société civile  est le produit d’un processus engagé par les lumières, il me  parait  que l’apport du penseur Jhon Rawls est très significatif dans  ce sens. Leçons sur l’histoire de la philosophie morale, cet ouvrage revisite la notion de la société civile tout en capitalisant sur  son fondement social (famille) tel qu’il est abordé par Hegel. Outre cette aspect théorique, caractérisé par le droit, la réflexion sur cette notion doit inviter les approches qui se sont focalisées sur la notion de sécularisation, là où la société  civile est perçue comme un mode  de séparation  de ce qui relève de la  gestion rationnelle des relations entre individu et société d’une part, et ce qui fait partie du religieux, d’autre part, sinon  le terme de  société civile  ne porte aucune signification moderniste.

Par ailleurs, cette entité  associative  aspire  à une autre forme de société  dont les institutions doivent  être régies par des  regels  compatibles au développement démocratique  et dont le droit est perçu comme arbitre  et organisateur des relations   intersubjectives au sein d’un Etat qui considère l’individu comme citoyen. La formule de  projet de société  résume  le souhait d’un devenir. D’où la problématique  de légitimité  et  légalité. S’agit-il d’une réalité existante ou bien de ce qui doit exister ? Force est de constater que la légitimité du projet de société  porte une signification existentielle  car elle ( la  légitimité)  décrie  l’existant ,  synonyme du néant pour reprendre  le qualificatif de Sartre, et se projette  dans  l’avenir, lequel est compatible avec la réalité escomptée. Alors que la légalité  signifie en gros l’approbation par la force de la  loi existante. Pour faire simple, l’égalité est une réalité et la légitimité est un projet. Reste à savoir quelles sont  les modalités  de transition de la légitimité  à la légalité ?  Seule la justice sociale peut assigner à la légalité  son sens contraignant selon le quel toute citoyenne et tout citoyen sans  distinction aucune  accomplissent leurs devoirs  et bénéficient  de leurs droits équitablement. Pourtant l’envie du savoir animée par la stimulation de  la  réflexion que cet espace associatif s’est  assigné impose la redéfinition de la justice sociale en empruntant et la voie juridique et  cognitive. Il faut donc que le terme juridique s’articule avec le concept afin que la vision  soit argumentée  et la cohérence du discours par rapport à la justice sociale  s’alimente de la possibilité, contrairement à  la nécessite qui est un aspect de la violence. C’est dans cette optique  que notre conception de la justice sociale  doit se forger. Et pour ce faire, il me semble que la capitalisation sur  les travaux  de John Rawls , encore une fois, est déterminante  car son entreprise  nous éclaire sur l’objet premier de la justice qui est selon lui  la structure de base de la société ou, plus exactement la façon dont les institutions sociales les plus importantes repartissent  les droits et les devoirs fondamentaux et déterminent  la répartition des avantages tirés de la coopération sociale. D’autant que  la société  dans : Justice et démocratie, du même auteur   doit  réaliser un idéal de coopération équitable entre des citoyennes et   citoyens qui veulent être traités comme des personnes morales, libres et égales.

Inutile de rappeler que   ces apports théoriques  traquent la facilité du descriptif et nous incitent à capitaliser sur le dénominateur commun des concepts  traités  en les rapprochant  de   la  conception de l’agir associatif. D’où la complexité du positionnement de l’actrice et  l’acteur associatif qui doivent asseoir la cohérence  entre ce qui relève du conçu et  ce lui qui a trait au vécu. Autrement dit, la mission de l’actrice et l’acteur associatif ne peut évoluer que dans cette aporie : réconcilier les contrastes en pensant globalement et en agissant localement.  Ce ci nous conduit à considérer que l’agir  est d’ordre éthique.

Il est difficile  de faire une distinction nette  entre éthique et morale  malgré la définition qui réduit cette dernière aux actes, tandis que l’éthique  est  perçue comme méta-morale. C’est à dire une réflexion sur la morale. Ce voisinage sémantique des deux termes   trouve son sens  dans le terme de déontologie   en tant que guide de conduites  qu’une personne appartenant à un corps professionnel doit s’appliquer. Il va sans dire que cette corrélation   s’est construite sur ce que Kant appelle la loi morale dont la raison est  le législateur de cette loi et dont le devoir occupe une place très significative dans la mesure où l’agir doit être autonome  et une fin en soi. Ce ci étant, l’agir doit être l’émanation  d’une rationalisation    qui se veut cohérente,  susceptible de confronter non seulement le concept au vécu mais aussi l’éthique à la réalité, si non la morale  devient un   élément de langage  dont l’opacité empiète sur  le principe.

 

Abdelmajid BAROUDI