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Rapport Banque mondiale/ICRW : La pratique des mariages précoces coûtera des milliards de dollars aux pays en développement d’ici 2030

Selon un nouveau rapport publié par la Banque mondiale et le Centre international de recherche sur les femmes (ICRW), le mariage précoce coûtera des milliers de milliards de dollars aux pays en développement d’ici à 2030. Si en revanche l’on mettait fin à cette pratique, il s’en suivrait une importante incidence positive sur le niveau de scolarité des filles et des enfants, les femmes auraient moins d’enfants et plus tard dans leur vie ; leurs revenus augmenteraient et le bien-être des ménages serait meilleur.

Le rapport intitulé Economic Impacts of Child Marriage constate une baisse de la prévalence du mariage d’enfants (mariage ou union libre avant l’âge de 18 ans) dans de nombreux pays au cours des 30 dernières années mais indique que le niveau en reste excessivement élevé. Dans 25 pays pour lesquels une analyse détaillée a été menée, au moins une femme sur trois se marie avant 18 ans, et une femme sur cinq a son premier enfant avant l’âge de 18 ans.

« Le mariage précoce prive les jeunes filles mariées du droit à la sécurité et à la sûreté, à la santé et à l’éducation, ainsi que du droit de faire des choix et de prendre des décisions sur leurs propres vies », déclare Quentin Wodon, directeur de projet à la Banque mondiale et co-auteur du rapport. « En plus de porter un coup d’arrêt aux espoirs et aux rêves des jeunes filles, le mariage précoce freine les efforts de lutte contre la pauvreté, de même que la réalisation des objectifs de croissance économique et d’équité. Arrêter cette pratique, c’est non seulement ce qu’il y a lieu de faire au plan moral mais aussi sur le plan économique, c’est une démarche avisée. »

Dans les pays étudiés, trois accouchements précoces sur quatre (enfants nés d’une mère de moins de 18 ans) sont le fruit d’un mariage précoce. Selon le rapport, une fille mariée à 13 ans aura en moyenne 26 % plus d’enfants durant sa vie que si elle s’était mariée à 18 ans ou plus. C’est dire qu’en mettant fin au mariage d’enfants l’on contribuerait à réduire de 11 % l’indice synthétique de fécondité en moyenne dans ces pays, ce qui, à terme, réduirait considérablement la croissance démographique. La population du Niger qui est le pays au monde à avoir la plus haute prévalence de mariages d’enfants pourrait être 5 % moins élevée d’ici 2030 si l’on parvenait à y éliminer les mariages et les accouchements précoces.

Selon l’analyse, les gains réalisés en termes de bien-être chaque année en vertu d’un ralentissement de la croissance démographique pourraient se chiffrer à plus de 500 milliards de dollars par an d’ici 2030. En Ouganda, les retombées d’une baisse de la fécondité correspondraient à 2,4 milliards de dollars tandis qu’au Népal le chiffre atteindrait près d’un milliard.

Le rapport confirme que garder les filles à l’école est l’un des meilleurs moyens d’éviter le mariage précoce. Chaque année passée dans le cycle d’enseignement secondaire contribue à réduire d’au moins cinq points de pourcentage la probabilité d’être mariée avant 18 ans. Une fille mariée précocement a plus de chance d’abandonner l’école et d’avoir moins d’années de scolarité que ses paires qui se seraient mariées plus tard. Cela a un impact sur l’éducation et la santé de ses propres enfants, ainsi que sur son aptitude à gagner sa vie.

« Chaque jour, plus de 41 000 filles se marient avant l’âge de 18 ans. La pauvreté, les inégalités entre les hommes et les femmes, le manque d’accès à une éducation de qualité et à des services de santé sexuelle et reproductive adaptés aux jeunes, et l’absence d’emplois décents constituent autant de facteurs qui contribuent à perpétuer la pratique des mariages d’enfants et de l’accouchement à un âge précoce », souligne Suzanne Petroni, directrice de projet au Centre international de recherche sur les femmes et co-auteur du rapport. « Il faudra s’attaquer à tous ces problèmes pour que les pays parviennent à mettre fin à cette pratique nuisible et coûteuse. »

Le rapport indique qu’en arrêtant la pratique des mariages précoces, le taux de mortalité des moins de cinq ans baisserait également, de même que les retards de croissance dus à la malnutrition. À l’échelle mondiale, un recul de la mortalité des moins de cinq ans et de la malnutrition entrainerait des retombées qui se chiffreraient à pas moins de 90 milliards de dollars l’an d’ici à 2030.

De plus, il résulterait de la fin des mariages précoces une hausse du revenu des femmes sur le marché du travail, une conséquence tout aussi importante. En raison principalement de l’impact du mariage précoce sur l’éducation, les femmes mariées à un âge précoce perçoivent en moyenne un revenu inférieur de 9 %, comparé à ce qu’elles auraient perçu en se mariant plus tard. Au Nigéria, cela représente 7,6 milliards de dollars par an en pertes de revenus et de productivité.

Enfin, les pouvoirs publics réaliseraient des économies budgétaires en termes de fourniture d’éducation de base, de services de santé et d’autres prestations. Dans de nombreux pays, grâce au ralentissement de la croissance démographique qui s’en suivrait, l’élimination du mariage précoce aujourd’hui permettrait à l’État de réaliser au moins 5 % d’économies sur le budget de l’éducation à l’horizon de 2030.

Le projet Economic Impacts of Child Marriage a bénéficié de financements de la Fondation Bill & Melinda Gates, de Children’s Investment Fund Foundation et du Partenariat mondial pour l’éducation.

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