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Problématique des conflits dans l’arganeraie du Souss

 Dans plusieurs régions d’Afrique, comme c’est le cas du Souss au Maroc, les conflits inter et intra-communautaires pour l’exploitation des ressources naturelles constituent une menace permanente pour la paix et la quiétude sociales. Ils perturbent la vie économique des communautés, hypothèquent les investissements qui pourraient être faits dans des actions de lutte contre la dégradation de l’environnement et annihilent les bienfaits attendus des autres investissements consentis dans les activités de recherche et de développement. Les conflits liés aux ressources naturelles peuvent constituer un obstacle au développement durable et enclencher un processus d’augmentation de la pauvreté. 

Citons l’exemple de la surexploitation de l’eau souterraine dans le Souss pour l’irrigation a causé d’une part la dégradation de la forêt d’Arganier en favorisant le phénomène de désertification et par conséquent une baisse de la fertilité du sol qui a eu un effet néfaste sur l’activité agricole et du coup sur le revenu des agriculteurs et d’autre part la dégradation de la forêt a déclenché une forme de concurrence sur l’arbre d’Arganier entre les éleveurs nomades et les agriculteurs ce qui a favorisé l’émergence des conflits. Dans un tel contexte, la gestion des conflits apparaît comme la condition sine qua non de toute utilisation durable des ressources naturelles.

En effet, les ressources naturelles telles que l’eau, les pâturages, les forêts et les terres collectives (systèmes fonciers traditionnels) sont considérées comme des biens communs et sont gérées de manière collective. Comprendre la nature des biens communs et les différents modes de gestion est par conséquent essentiel à la gestion des ressources naturelles. Mais cette dernière ne peut être durable parce que des individus optimisent leur profit personnel, en surexploitant ces ressources, au détriment des ressources en question et donc de la société en général. Prenant l’exemple des droits fonciers, on constate, notamment au Maroc, que ces droits sont multiples sur un même espace (caractéristique des systèmes fonciers traditionnels).

Ces systèmes complexes reposent sur une disponibilité suffisante des ressources et surtout un consensus social réciproque entre les divers ayants droits fonciers. 

Ces ressources naturelles sont hétérogènes, elles différent quant à la nature des bénéfices qu’elles génèrent et les groupes d’usagers varient aussi, ce qui nous amène à nous demander à quel point ils sont identifiables et homogènes et quelle est leur taille ?

Le cas de l’Arganeraie du Souss, il est important de noter que les différentes fonctions de l’arganier ne peuvent pas être analysées en faisant abstraction du territoire dans lequel elles s’inscrivent. L’Arganier ne peut pas être appréhendé comme une unité abstraite, mais comme partie intégrante d’un territoire avec lequel il entretient des relations d’interdépendance. C’est pour cette raison qu’il est impossible de dissocier l’Arganier du territoire dans lequel il s’inscrit. Nous pouvons donc constater que les transformations économiques, sociales, politiques… qui ont eu un effet manifeste sur les relations que les différents acteurs entretenaient avec l’Arganier, ainsi que la mise en évidence des multiples fonctions que cette ressource remplit, ont très souvent eu comme conséquence le développement de conflits d’usage entre groupes d’acteurs liés à l’Arganier. La forêt d’arganier est un bien commun, mais propriété de qui ? Qui peut en user ? Se pose ainsi la question de l’allocation et la caractérisation du régime de propriété qui s’établit sur les ressources naturelles dont la forêt d’arganier fait partie. 

L’absence de régulation conduirait à la surexploitation des ressources par les usagers de celles-ci, qui en abuseraient sans prendre en compte les autres usagers.

En abordant, la question des acteurs, au niveau de la réserve de biosphère d’Arganeraie, on remarque l’existence de plusieurs acteurs : Agriculteurs, nomades, coopératives d’huiles d’Argan, forestiers, élus. 

Chaque acteur utilise cette ressource par rapport à ces besoins, on trouve : 

  Les agriculteurs utilisent la forêt d’Arganier pour l’activité agricole (culture intercalaire) et bénéficient du fruit d’Argan ainsi que le bois ; 

  Pour les nomades, la forêt se présente comme étant un espace pour le pâturage ; 

  Les coopératives d’huile d’Argan qui sont 100 % des coopératives féminines (femmes d’agriculteurs) utilisent les fruits d’Argan pour extraire l’huile d’Argan ainsi que pour la fabrication de certains produits cosmétiques ;

  Les forestiers ont pour rôle ou plutôt leur fonction dans cette réserve de Biosphère est la conservation et la valorisation de cette ressource ; 

  Les élus (communes rurales) bénéficient de l’Arganier par la vente du bois. 

En effet, la présence de plusieurs acteurs dans un même espace pose des contraintes à l’action collective. 

D’après Crozier et Friedberg (1977), si l’action collective constitue un problème si décisif pour ces acteurs qui occupent le même système (Biosphère d’Arganeraie), c’est d’abord et avant tout parce que ce n’est pas un phénomène naturel. C’est un construit social dont l’existence pose problème et dont il reste à expliquer les conditions d’émergence et de maintien d’une part et d’autre part ; vu que chaque acteur dispose d’une stratégie d’exploitation de cette ressource ; nous avons pensé que c’est nécessaire d’étudier le rapport de pouvoir entre ces différents acteurs puisque selon Crozier et Friedberg (1977) constitue le fondement de l’action organisée. La prise en compte de ce concept dans l’étude des conflits va nous permettre de voir le rapport de domination entre les acteurs. 

Il faut signaler que le pouvoir est une relation et non pas un attribut des acteurs. Il ne peut se manifester que par sa mise en œuvre dans une relation qui met aux prises deux ou plusieurs acteurs dépendants les uns des autres dans l’accomplissement d’un objectif commun qui conditionnent leurs objectifs personnels (l’objectif correspond à l’intérêt). 

L’Arganeraie, pivot de l’économie rurale et classée Réserve de Biosphère suscite de nombreux enjeux, sources de conflits entre des acteurs dont les intérêts sont très opposés mais condamnés à s’entendre pour que le système d’Arganeraie soit durable.

La gestion des ressources naturelles constitue un champ d’étude privilégié pour l’analyse des conflits et la conception d’outils adaptés à leur gestion. En effet, on peut observer une grande variété de contexte, de type d’acteurs et dynamiques. Par ailleurs, les évaluations des orientations vers des démarches participatives justifient un besoin accru en outils ouverts permettant de gérer les conflits qui se multiplient proportionnellement au nombre d’acteurs. 

Ces conflits font partie intégrante de toute relation. _ Les conflits pourraient être à la fois une force qui nous détruit et qui nous réunit. Cette double nature des litiges les rend intéressants à étudier et à comprendre. _ Fisher et al. (2000) Stipulent que : « Il est plus probable que les conflits soient traités de façon créative et qu’ils se terminent de façon constructive là où les niveaux de participation sont élevés, où existent des canaux d’expression des désaccords, et où des mécanismes de traitement des désaccords et d’accès au consensus sont disponibles. Tous les secteurs de la communauté ont droit à la parole : hommes et femmes, jeunes et vieux… » .

D’un autre coté, un postulat fondamental dit que la satisfaction des besoins humains est incontournable pour aboutir à une résolution durable d’un conflit. Autrement dit, l’approche du conflit peut être considérée comme constructeur de la décision.

Les conflits que suscitent les ressources naturelles, notamment la terre, l’eau et les forêts, sont de nature universelle. Dans tous les pays, les gens se sont fait concurrence afin d’avoir accès aux ressources naturelles dont ils ont besoin ou qu’ils désirent s’approprier comme moyen de subsistance ou pour améliorer leur mode de vie. _ Toutefois, les aspects, le niveau et l’intensité des conflits varient considérablement. Les conflits que suscitent les ressources naturelles peuvent avoir des aspects liés à la classe, dans lequel cas ils opposent les propriétaires de la ressource à ceux qui ne la possèdent pas mais dont le travail rend la ressource productive. Les aspects politiques peuvent être prédominants lorsque l’état défend avec vigueur l’intérêt collectif, notamment pour les besoins de la conservation (cas de la forêt d’Arganeraie). Des différences ayant trait au sexe, à l’âge et à l’origine ethnique peuvent intervenir dans l’utilisation des ressources naturelles, mettant en évidence les aspects culturels et sociaux du conflit. Même l’analyse des problèmes relatifs aux ressources naturelles peut être contestée à la lumière des différentes sources d’information, des points de vue et des valeurs qui ont cours dans le monde. 

Les conflits liés aux ressources naturelles, objet de notre étude, procèdent des désaccords et des différends sur l’accès, le contrôle et l’utilisation des ressources naturelles. Ces conflits naissent souvent du fait que la population utilise les ressources (forêts, eau, pâturage et terres) à des fins différentes, ou entende les gérer de diverses manières. Les différends naissent également en cas d’incompatibilité des intérêts et des besoins des uns et des autres, ou de négligence des priorités de certains groupes d’utilisateurs dans les politiques, programmes et projets. Ces conflits sont une caractéristique inévitable de toutes les sociétés (FAO, 2001)

Au cours des dernières années, les conflits liés aux ressources naturelles ont pris de l’ampleur et se sont intensifiés. Si ces conflits ne sont pas réglés, ils risquent de provoquer des réactions violentes, une dégradation de l’environnement et des moyens d’existence des populations et une interruption des projets. 

Reconnaître que le conflit est inhérent à tout système d’utilisation des ressources constitue une condition sine qua non pour une gestion durable, participative et équitable.

Afin de gérer ces conflits, la population rurale au Maroc, grâce à une forme d’organisation paysanne informelle (Jmaâ), dispose de plusieurs méthodes traditionnelles de gestion et de résolution des conflits. _ Ces méthodes étaient depuis toujours efficace, mais ces dernières années l’introduction de plusieurs actions de développement visant l’amélioration des niveaux de vie de la population en milieu rural a fait émerger une autre forme d’organisation paysanne formelle qui est l’association. Cela a perturbé le fonctionnement et la gestion interne des communautés villageoises dans plusieurs zones rurales du Maroc et surtout dans les zones de plaine, du fait de l’affaiblissement du contrôle social au sein de ces communautés villageoises, ce qui a déclenché d’autres formes de conflits. Cependant les zones de montagne gardent toujours leur Jmaâ, même si l’association est présente. Ce qui nous amène à se demander encore une fois pourquoi cette différence existe entre ces deux types de communautés villageoises et quel serait son impact sur la gestion des conflits ? 

En effet, de nombreux systèmes traditionnels de gestion des conflits obtenaient des résultats valables. 

Toutefois, lorsque ces systèmes ne suffisent plus et lorsque les conflits concernent divers partenaires non traditionnels, il peut être opportun d’envisager également d’autres solutions. Les méthodes modernes de résolution des conflits qui sont proches des méthodes de négociation d’un accord de gestion participative, expriment les mêmes valeurs (dialogue, transparence, pluralisme, équité,…), ont les mêmes ingrédients et peuvent être facilitées de manière similaire. 

Outil indispensable au dialogue, la communication est le ciment qui favorise la synergie, la participation et la prise de décision.

En outre, la gestion des conflits est un processus non violent qui passe par le dialogue et la négociation. Elle consiste notamment à identifier les causes profondes des conflits et intervenir afin d’éviter qu’elles ne se représentent pas à l’avenir, régler les désaccords avant qu’ils ne dégénèrent en manifestation d’hostilité et enfin à aider les parties prenantes à examiner les multiples options d’accord puis à en choisir une qui soit acceptable par tous. 

De là surgit le besoin d’une étude des conflits liés aux ressources naturelles, en posant les questions centrales suivantes : 

  Quelles sont les causes des conflits relatifs à l’utilisation des ressources naturelles dans la biosphère d’Arganeraie ? 

  Sachant que la collaboration en matière de gestion des ressources naturelles s’avère très difficile, comment peut-on résoudre les conflits en introduisant des dispositifs régulateurs qui favorisent une gestion équitable et durable des ressources naturelles par les collectivités ?

Par : Chamich Mohamed