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Politique de développement régional : l’économie sociale, une alternative solidaire

 

Introduction

Globalisation et inégalité des échanges

L’économie sociale, une alternative

Flash back

Les acteurs de l’économie sociale

L’économie sociale repose sur quatre principes fondamentaux

Introduction

Nous abordons dans ce dossier un secteur encore méconnu et difficile à baliser : « le troisième secteur ». Les termes se bousculent : non marchand, économie sociale, économie sociale marchande, le « non-profit ». Et l’hétérogénéité des organisations qui se revendiquent du secteur ne contribue pas à clarifier les choses.

En entamant le débat ensemble : associations de développement rural et urbain, opérateurs économiques, universitaires, autorités locales et médias autour de ce secteur, nous contribuerons efficacement au développement des régions.

Nous constatons de force la nécessité d’agir et de militer par des actions urgentes afin d’amorcer un développement durable basé sur une répartition équitable des ressources et des richesses de notre pays. Sans cela on aura beau produire des discours politiques pompeux et importer des théories économiques portant en elles le gène létal de l’endettement, où l’on dicte ce qu’on doit faire et ne pas faire, notre peuple sombrera illico dans la misère. Et d’ailleurs ne l’est-il pas ? La majorité de la population vit dans une situation très précaire. Seule une élite de notre population peut prétendre à une vie honorable et décente ; « La Banque mondiale publie elle-même des chiffres sur le développement qui montrent que son discours et ses actions pour la lutte contre la pauvreté n’ont porté que trop peu de fruits.

Globalisation et inégalité des échanges

L’idée de vouloir ajuster les structures au coup par coup sur le court terme met en valeur l’inégalité des échanges et montre qu’on ne veut pas changer ces inégalités : « les pouvoirs hégémoniques gardent leur puissance et continuent à dicter l’ordre des choses » Alain Saumon*.

Des décennies de gouvernance et de gestion de la chose publique se sont succédées sans pour autant valoriser, optimiser et promouvoir les potentialités et richesses de notre pays, notamment de la région de Khénifra. Est-ce un manque de compétences et de vision nette de la part des décideurs ou une fatalité inhérente à l’histoire de cette région ?

La plupart des agriculteurs de notre région vivent de l’économie de subsistance avec des perspectives incertaines. A titre d’exemple, l’association « ADRECA » œuvre principalement pour le développement du système productif de ces populations rurales qui n’ont plus prise sur leur économie et peuvent du jour au lendemain se trouver marginalisées, voire même sacrifiées par toute décision économique prise à un endroit du globe, entraînant des conséquences multiples sur leur emploi et leur mode de vie en général. « Les pauvres n’ont pas, jusqu’à présent, bénéficié de cette mondialisation de l’économie, et la réponse de la communauté internationale n’est pas encore à la hauteur de ce défi fondamental qui est d’humaniser la mondialisation » (M. Camdessus ; 26/10/99). Mais sans rire, ni pleurer, les organisations internationales (FMI, BM) continuent impunément à prôner des plans d’ajustement structurel qui asservissent toujours plus les pays pauvres les plus endettés (PPPE) et assassinent ses populations.

C’est ainsi que la globalisation de l’économie donne, paradoxalement, une nouvelle pertinence aux espaces régionaux et en particulier aux espaces ruraux plus restreints et aux expériences qui s’y déroulent.

L’économie sociale, une alternative

La préparation de ce dossier a suscité beaucoup d’interrogations et de recherche. Si nous avons choisi ce dossier épineux c’est parce que l’économie sociale est la seule alternative, que notre pays puisse avoir en ce moment très crucial marqué par un désespoir et un manque de confiance de la part des populations vis à vis de sa classe politique et par conséquent de son système politique. Les échéances électorales se rapprochant de la date butoir, le désespoir grandissant des jeunes exclus du marché de l’emploi et les revendications de la femme de plus en plus ferme n’arrangent pas les choses pour la classe au pouvoir. Dans ce marasme et ce chamboulement des choses, le rôle des associations est incontournable dans les domaines politique, économique, culturel et social, elles forment un véritable partenaire. « Il apparaît qu’une société civile active est une véritable bouffée d’oxygène pour l’État, les partis politiques et la population pour arriver à la démocratie qui est, n’oublions pas son sens étymologique, « le gouvernement du peuple ».

Les plus novices sont peut-être persuadés que l’économie sociale recouvre essentiellement le secteur qui tente de réinsérer les personnes exclues, et les handicapées et de faire bénéficier les déshérités des bienfaits des dons de charité octroyés par les fondations et les associations de bienfaisance. C’est exact. Mais en partie. Car l’économie sociale c’est aussi « un laboratoire de pratiques alternatives à l’économie traditionnelle, un mode de gestion différent et une finalité au service de la collectivité ».

Entre le secteur privé classique et le secteur public, un no man’s land difficile à délimiter : l’économie sociale. Un « troisième secteur » très actif qui affiche sa propre dynamique et ses différences. Ethiques, solidarité, humanisme, l’économie sociale ouvre de nouvelles voies pour une économie davantage au service de tous.

Flash back

1860, dans la foulée des grands mouvements ouvriers en occident, l’idée coopérative et mutualiste fait son chemin. Coopératives de production ou de consommation, caisses de solidarité instaurées dans les milieux laïcs, tantôt chrétiens, tantôt socialiste, ce mouvement traduit la volonté des travailleurs de ne pas se faire exploiter et de prétendre à un niveau de vie décent.

Une vieille idée fait peau neuve 

Fin des années 1970 : l’emploi se fait de plus en plus rare et l’exclusion d’une partie de la population du marché de travail se précise. « Les deux moteurs de l’économie battent de l’aile : le privé n’affiche plus la même croissance et le public traverse une crise budgétaire. Une troisième voie se dégage, l’économie sociale réapparaît à l’avant-scène » nous précise Jacques Defourny, professeur et directeur du centre d’économie sociale de l’Université de Liège dans ses études.

Le même scénario se déroule au Maroc une décennie après. « Dans les années quatre-vingts, la crise des finances publiques, le coût de la guerre du Sahara et le PAS ne permettaient plus la perpétuation du pacte social implicite. Les sacrifices de la population, dans un contexte de mauvaise gouvernance et de détournement des ressources publiques, devenaient de moins en moins acceptables. La poursuite de la croissance démographique, conjuguée aux facteurs cités, met en évidence l’incapacité de l’État à poursuivre son action, en particulier dans les domaines de l’emploi, l’éducation, la santé, et même l’infrastructure. Cette incapacité de l’État va donner naissance à un mouvement associatif à la fin des années quatre-vingts et au début des années quatre-vingt-dix : les associations de développement » souligne Nadira Barkallil enseignante à l’Université de Rabat, au Maroc, membre fondatrice de l’Association Alternatives.

Ces ONG de développement sont des réponses collectives à une détérioration des conditions de vie, en particulier dans le milieu rural.

Cantonner l’économie sociale a une alternative aux problèmes de l’exclusion sociale serait toutefois réducteur. « L’économie sociale se veut surtout un laboratoire de pratiques alternatives à l’économie orientée vers le seul profit. » En témoigne d’ailleurs le nombre grandissant de personnes qui s’investissent dans le secteur associatif.

Comme le font remarquer certains auteurs, par sa capacité à anticiper les besoins de la population, l’économie sociale est loin d’être un « sparadrap » pour la société ou une solution de replâtrage. Le commerce équitable préfigure de nouvelles relations entre le Nord et le Sud. _ Des associations œuvrant dans le domaine de la coopération internationale et dans le développement décentralisé ont pris en charge des secteurs qui emploient bon nombre de main d’œuvre non qualifiée : le recyclage, et les maisons médicales apportent à elles seules une solution à l’exclusion médicale.

Quelques projets réalisés par les ONG internationales dans les zones rurales au Maroc ont permis aux petits agriculteurs de soulager leur misère. Ces projets sont implantés dans un souci bien précis : combattre les causes de la pauvreté.

En mettant à la disposition des populations locales un outil de travail (ou système productif) permettant de valoriser les ressources et les potentialités de l’endroit. Toute l’activité économique est contrôlée par les populations locales. C’est cette gestion participative qui leur permettra de se prendre en charge et d’échapper à la misère des populations du tiers-monde qui, en règle générale, sont souvent maintenues dans la pauvreté sur une terre pleine de richesse.

L’économie sociale est avant tout une question de finalité et de mode d’organisation

Même si les définitions varient d’un pays à l’autre, on reconnaît un peu partout, aux côtés des secteurs privé et public traditionnel, l’existence d’un « troisième secteur » qui désigne un large spectre d’organisations fonctionnant sur les principes de solidarité et de coopération.

Les acteurs de l’économie sociale

Le secteur de l’économie sociale recouvre Une série d’organisations aux formes juridiques diverses. Prenons l’exemple de la Belgique qui a su adapter sa législation au profit de ce troisième secteur afin de dynamiser son système économique en donnant des moyens, un cadre et une structure aux associations relevant de la loi de 1901 communément connues sous le nom d’ASBL. Ces dernières peuvent prétendre à un statut d’entreprise d’insertion, entreprise de formation par le travail etc.

On y retrouve d’une part la composante mutualiste et ses activités médico-sociales qui occupent 3000 personnes et d’autres part les sociétés coopératives qui à l’heure actuelle procurent de l’emploi à quelque 2500 personnes.

Enfin et surtout l’économie sociale regroupe les associations connues sous l’acronyme -ASBL- en France et Belgique qui, avec quelque 80000 travailleurs (en Belgique) produisent des biens ou prestent des services dans les domaines de la culture, du social, de la formation, de la coopération au développement.

On retrouve au Maroc presque la même nomenclature excepté que dans le milieu rural les associations qui œuvrent pour le développement sont rares et leur action ne se fait pas sentir par les autochtones des régions enclavées. Nous pourrons citer tout de même certaines associations actives : AMSED, ACAET, ADRECA qui visent à compenser des besoins insatisfaits en matière d’hygiène santé, d’alphabétisation, de scolarisation, de vulgarisation, de formation, ou à soutenir l’infrastructure, des projets générateurs de revenus ou la protection de l’environnement.

Dans le milieu urbain sont apparues des associations de soutien à la micro-entreprise et à l’auto emploi (AMAPPE, Zakoura), des associations de santé comme l’ALCS (Sida), l’Avenir et des dizaines d’autres de soutien aux malades, des associations de quartiers, des associations de solidarité (Solidarité féminine) et de soutien aux enfants des rues (réactivation de l’Heure Joyeuse, Bayti, Atfale).

Les frontières de l’économie sociale ne sont pas étanches De nombreuses organisations sous statut d’associations régies par les Dahirs de 1958 ne visent pas en tant que tel le profit mais servent d’infrastructures pour des activités parfois très lucratives. Certaines sont liées à des pouvoirs politiques en travaillant pour l’intérêt de ces derniers. Et encore ou situer les fondations, émanation de grandes entreprises qui disposent d’une certaine autonomie, et qui peaufinent la communication des groupes.

Ethique et solidarité : des principes communs Au-delà de leur grande hétérogénéité, ce qui rapproche les organisations d’économie sociale, c’est un même mode de gestion et une même finalité. Autonomie, démocratie, finalité de service, le troisième secteur a fait son choix.

L’économie sociale repose sur quatre principes fondamentaux

1 – La finalité de service aux membres ou à la collectivité plutôt que le profit : L’entreprise n’est pas considérée comme un outil de rapport financier. C’est le service rendu qui motive l’activité. Et cela peut se traduire par l’organisation d’un système d’assurance mutuelle, par la création d’emplois pour les plus démunis et les moins qualifiés, par des activités de formation ou d’apprentissage professionnel. L’économie sociale se pose davantage la question de l’utilité de l’activité et ne délaissera pas des activités peu rentables si elles sont utiles. C’est notamment le cas de certaines associations qui se sont tournées vers le secteur du recyclage des déchets qui emploie une main d’œuvre cumulant absence de diplôme et de qualification professionnelle. La plupart de ces personnes n’ont jamais eu de contact avec le monde du travail et sont confrontées à une dure réalité.

2 – L’autonomie de gestion : ce principe distingue les activités de l’économie sociale de la production de biens et de service par les pouvoirs publics. « L’économie sociale affiche plus de souplesse, une rapidité d’initiatives et est davantage enracinée dans le milieu local »

3 – Le processus de décision démocratique : Il s’agit du principe « Un homme, une voix ». Plutôt que « une action, une voix ». La participation aux décisions ne peut découler de la propriété du capital. Et ceci est très important à souligner car si l’entreprise appartient à des propriétaires, comment expliquer à la population locale rurale ou urbaine qu’elle a son mot à dire ? Elle ne s’investira pas personnellement pour enrichir des banques ou des actionnaires. Il faudrait repenser au mode de participation et d’investissement dans ces zones exclues du système économique du pays, en créant une épargne collective sous forme d’un fond de placement alimenté entre autres part des capitaux des agences de développement et de coopération. Cette participation doit être la propriété de l’association. C’est l’assemblée générale, composée de tous les travailleurs du groupe, qui est souveraine. C’est à ce niveau là que se décide la répartition des résultats.

4 – La primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus. 

Cette formule vague couvre des pratiques variées : répartition des excédents entre les travailleurs ou les usagers, mise en réserve pour de nouveaux investissements, affectation par le biais d’œuvres sociales.

En conclusion, l’économie autrement est au fond un grand champ d’activités qui permet de concilier l’économie et la solidarité. Un secteur porteur d’emplois et de rentabilité sociale.

*ref. : La crise de la dette de la fin des années 90 CADTM , 2001

Par : Said Sahli

Je souhaite par cette modeste contribution raviver le débat et la réflexion autour du secteur de l’économie sociale pour sortir des impasses de certaines théories politiques infructueuses.

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