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Oasis Draa-Tafilalet: Le Ramadan et les Moissons du blé

Le ramadan pour l’année hégirienne 1437 se coïncide exactement avec la période des moissons des céréales dans la majorité des oasis de la Région Draa-Tafilalet. Cette activité agricole est une tache très difficile à pratiquer dans les oasis du fait qu’elle nécessite un travail manuel qui n’est pas aussi simple qu’on le pense !

Accroupis, les hommes et les femmes se mettent au travail moyennant des faucilles bien déguisées chez des artisans locaux, juste avant les moissons. Les enfants ayant terminé les cours s’impliquent aussi dans cette activité. Ils s’occupent généralement du transport du blé sur dos d’ânes vers les aires des battages en passant des moments agréables de distraction loin des stresses subis dans des internats et les bienfaisances qui les accueillent en ville pendant l’année scolaire.

Le démarrage des moissons s’annonce au niveau de la Région Dra-Tafilalet, selon les zones géographiques, entre la deuxième semaine du mois de  Mai pour ce qui est de la plaine de Tafilalet et les villages d’Alnif et le début du mois de juin pour le reste des oasis. Il y’a lieu de préciser que ce sont les orges qui rentrent en maturité avant les blés. Les moissons dans les oasis d’altitude (Imilchil et régions) se font en fin juillet début Aout pour les blés durs dominés par la variété « Aberioune ».

Tout le monde parle en ce moment de la canicule que connait la majorité des provinces marocaines en ce début de juin 2016 y compris celles de la Région Draa-Tafilalet. Ceux qui travaillent dans l’ombre ont de la chance de jeûner loin de ces chaleurs torrides qui déshydratent les moissonneurs et les ouvriers dans des chantiers de construction de bâtiments et d’aménagement des chaussées ou des canaux d’irrigation. Les agriculteurs des oasis ayant développés depuis des siècles des systèmes ingénieux d’adaptation aux changements climatiques s’adaptent cette année aux températures élevées du mois sacré.

Malgré que les deux formes de structures familiales, famille élargie et famille nucléaire, coexistent encore dans les Oasis, il y’a lieu de signaler que cette structure évolue malheureusement en faveur des familles nucléaires à cause de l’individualisme imposé par le système de production capitaliste. Cet individualisme véhiculé vers les oasis à travers les médis et les autres techniques d’information et de communication, bouscule les traditions des populations en affectant la répartition des taches agricoles.

Au lieu de s’entraider pour accomplir ensemble la tache des moissons l’agriculteur oasien s’est retrouvé cette année seul face aux moissons et au transport du blé vers les aires des battages. La femme s’échappe à cette besogne du fait que si elle devient malade par la chaleur, l’homme va jeûner aussi le soir !!!

Si le Gouvernement marocain avait changé les horaires du travail pour les fonctionnaires de la fonction public pendant le Ramadan, les agriculteurs oasiens ont également modifié leurs horaires de travail pour bien accomplir la tache des moissons en s’échappant aux canicules qui dépassent  les quarante degrés Celsius dans certaines zones de la Région Draa-Tafilalet.

Ils commencent les moissons, juste après la prière du SOBH. Ils travaillent pratiquement et sans arrêt, de quatre heures du matin à onze heures pour aller se reposer dans leurs maisons dont la construction en pisé leur offre de la fraicheur pouvant les aider à somnoler un peu pendant le jour. Ils sont obligés de quitter les champs vers 10H et demi- onze heures pour éviter la chaleur.

Une heure environ après la prière d’Alasr, c’est-à-dire vers 17heures, quand les brises commencent à devenir plus ou moins fraiches, surtout près des rivières ou des courants d’eau, les agriculteurs oasiens quittent leurs maisons à dos d’ânes et de mules pour s’occuper du transport du blé vers les aires des battages où il doit être déposé et remanié de temps à autres pour être bien asséché avant de passer à l’opération des battages.

La femme oasienne quant à elle doit, en plus de l’alimentation et de l’abreuvement du cheptel, s’occuper, en fin de l’après midi, de la préparation du ftour pour elle-même, ses enfants et  son mari, même si ce dernier  n’en profite  pas trop cette année à cause de la chaleur qui le déshydrate en l’obligeant à boire beaucoup d’eau au lieu de bien manger les dattes, les abricots et les différentes recettes du bled, pour faire face, le lendemain, aux travaux durs des moissons!!!!

Hrou ABOUCHRIF

Errachidia le 12 juin 2016.

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