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Mouvements populaires du printemps et démocratie : plaidoyer pour la participation

Mouvements populaires  du printemps et démocratie : plaidoyer pour la participation

Des acteurs mal appréciés et sous estimés

Les mouvements populaires du printemps sont mal appréciés et sous estimés par les intellectuels et les politiques de l’occident.  En général, ce sont des apprentis sorciers de la révolution auxquels on ne peut accorder trop de confiance, des mouvements de place (et non pas d’idées !). (Le Monde 4 /17  juillet). Et comme il ne suffit pas d’élites partisanes pour signifier ces mobilisation de masse, la science politique a sciemment puisé dans un ‘imaginaire religieux’ du bien et du juste pour justifier d’un rapport particulier de ces populations au politique ! Or, il suffit de creuser un peu pour se rendre compte qu’il y a derrière un malaise, comment concilier la procédure des choix collectifs (le vote) avec le bien fondé de cette participation citoyenne qui exprime d’autres formes d’engagement politique et de leadership ?

La prise de parole internationale autorisée (CEE, USA,..) à propos des mutations en Egypte est aussi significative. Ces mouvements sociaux sont désignés, mais on doute qu’ils soient légitimés pour une prise de parole politique. Malgré qu’ils aient impulsés le changement à l’œuvre, c’est  à peine qu’on aime juste les entendre, lors de visites officielles de médiation dans les pays du printemps, en tant que « société civile». Ces injonctions internationales (CEE, USA) à la démocratie prônent  un retour  essentiel au fait partisan  (islamistes vs partis) et des arrangements avec certains groupes, considérant, en conséquence,  ces mouvements de protestation comme de simples « récréations démocratiques apolitiques ». Or ces mouvements sont de nouveaux acteurs qui ne peuvent être laissés à l’écart d’un processus participatif et inclusif. C’est cette génération qui porte en elle le plus grand potentiel de changement en Egypte, tout comme c’est elle qui s’est montré la plus attachée à la démocratie et à l’Etat de droit au cours des deux dernières années. C’est pourtant elle, aussi, qui s’est sentie la plus profondément trahie par les Occidentaux.

Les frères musulmans, encore moins, n’ont jamais pris au sérieux la rue et les mouvements sociaux, comme le décrit Stéphane Lacroix.  Ainsi dans les jours suivants la sortie des millions de citoyens appelant au départ de Morsi, les députés islamiste et des leaders connus n’ont pas hésité à accuser les millions de manifestants d’être des «voyaux»à la solde des puissances étrangères et de l’ancien régime ».  Et déjà en 2012, leur alliance avec les miliaires les a obligés à désavouer les jeunes révolutionnaires de la place Tahrir. Comment expliquer cette aversion aux mouvements populaires ?

Le politique est superficiel et relatif pour eux. C’est le principe de tutelle (Wisaya) qui confère à priori une compétence d’intermédiation (wasit) sur les sujets. Toute autre médiation n’est pas légitime. La citoyenneté n’existe pas pour eux. Les populations sont distinguées selon des musulmans et des laïques, des femmes et des hommes.

Les mouvements sociaux révèlent les failles du choix collectif

Les mouvements populaires sont une réfection pointue à la théorie du choix collectif. La démocratie représentative ne suffit pas. Le bien être des populations entières ne peut être révélé par le vote. En particulier dans le contexte de privation et d’incertitude. Les égyptiens ont reconnu dans leur vécu une situation incertaine et un destin aveugle, à l’image du ‘’ voile d’ignorance’’ de Jean Rawls (théorie de la justice) qui explique la conduite raisonnable et morale des populations face à l’incertain. Ce voile nous permet de redécouvrir que les gens ordinaires articulent des demandes et font des choix lexicographiques et rationnels dans des situations d’incertitude, au service de la justice sociale et du plus défavorisé.  « Les gens sont intelligents. Ils ont compris que le véritable problème, c’est les Frères musulmans. Comme le souligne le leader Mohamed Heykal du mouvement Tamarod « Avec eux, le combat est culturel. Ils obéissent aux principes de la confrérie alors que nous obéissons aux valeurs de l’Egypte et de l’intérêt général. Il faut régler prioritairement cette question. La réforme, ça viendra après ». Khaled Alam Eldin, un conseiller politique proche du président Morsi, issu du parti salafiste révélait que les décisions du président étaient prises « exclusivement par l’entourage de sa confrérie ».

Le projet des islamistes ne marche pas selon le principe de l’intérêt général.  Leur prise de pouvoir dans ces pays de printemps n’est pas assumée, dès lors qu’il s’agit de rendre des comptes pour le peuple, malgré un rapport de force favorable suite au printemps  (prerogatives de constitution, fragmentation politique, demande sociale de la justice). On peut ainsi comprendre le facteur de déclenchement des mouvements de révolte et l’ampleur de mobilisation. Ce déni du peuple et de l’intérêt général (des islamistes) caractérisent fortement la prise de parole politique de ce mouvement Tamarod.

Le voile d’ignorance de Rawls questionne le traitement politique des choix des gens, soient ils juste et moral face à des situations d’incertitude. Le vote dans les pays du printemps est critiqué par le droit a la justice, du plus mal loti, des minorités, et des prises de parole révélées par le printemps. Des lors la démocratie ne peut être soluble dans des procédures de constitution et de vote.     

Le traitement politique de ces mouvements populaires doit être un plaidoyer pour une fabrique participative pluri acteurs du changement, des gouvernements ouverts et responsables, sans idéal type politique (de la démocratie représentative). Ce qui aura des incidences sérieuses sur les politiques et l’aide au développement.

ayad. Z.
Socioeconomiste,

conseiller ONG’s