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Monde arabe : Les religieux contre le sida

 

Par Myrième Zniber & Raphaële Péan, PNUD Maroc

A l’initiative du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et de son programme régional de lutte contre le VIH/sida dans les paysarabes (HARPAS)(1) près de 80 leaders religieux arabes, musulmans et chrétiens se sont réunis au Caire et ont signé unanimement en décembre 2004, la « Déclaration du Caire » en réponse à l’épidémie de VIH/sida.

Cheikh Mohamed Sayed El Tantawi de l’Université Al Azar du Caire, Cheikh Dr Youssouf Al Karadawi,le Mufti d’Egypte Ali Goma’a et l’archevêque copte Yoanas, qui a signé au nom du Pape Shenouda III d’Alexandrie, figurent parmi les signataires.

Cette rencontre qui peut être qualifiée d’« historique », a duré 3 jours pendant lesquels les leaders religieux de 19 pays (Algérie, Arabie saoudite, Bahrayn, Djibouti, Egypte, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Maroc, Mauritanie, Palestine, Qatar, Somalie, Soudan, Syrie, Tunisie, UAE et Yémen)ont discuté de la problématique du VIH/sida dans la région et réfléchi sur leur rôle et leur engagement en tant que partenaire de poids dans la lutte contre cette épidémie.

Le programme dense et intense du colloque a permis de transformer le caractère vindicatif, réticent et résistant des discours religieux officiels du premier jour, en un véritable engagement formalisé.

C’est un changement radical et presque un tabou qui saute.

L’évolution des positions s’est également basée sur les rencontres et les échanges à la fois interpersonnels, interculturels et interreligieux, auxquels a donné lieu cet événement unique en son genre, porteur d’espoir et caractérisé par un véritable dialogue inter-religieux sur un thème très sensible.

L’idée essentielle qui se dégage de la Déclaration du Caire est de se focaliser sur la maladie et non sur le malade.

Celle-ci insiste sur le respect des patients, le rejet de toute forme d’exclusion, de discrimination et de stigmatisation à leur égard.

Elle plaide également pour les droits des femmes à réduire leur vulnérabilité au VIH/sida et appelle les gouvernements à formuler des politiques et des lois dans le cadre de la prévention de la propagation du VIH/sida.

Les leaders religieux s’engagent ainsi à rejoindre les gouvernements, la société civile et les autres partenaires dans les ripostes nationales à l’infection et souhaitent être associés aux actions de sensibilisation dans les médias et dans les différentes campagnes d’éducation.

Les autorités religieuses signataires de la « Déclaration du Caire » ont démontré au monde entier leur sagesse, leur compassion, leur flexibilité et surtout, leur volonté de dépasser les divisions et les différences pour faire face à la menace du sida et ce dans le respect de leurs croyances religieuses.

La situation au Maroc

Le Maroc était représenté au Caire par une délégation présidée par le Dr Abbadi, directeur des Affaires islamiques au ministère des Habous et des Affaires islamiques, qui a joué un rôle très actif tant par ses interventions que dans la mise en forme finale du document signé à l’issue des travaux.

Faisaient également partie de la délégation, des représentants du Conseil des Oulémas, d’un faquih, d’universitaires spécialistes en théologie, dont la première femme ayant fait une causerie religieuse en présence du Roi Mohamed VI, fortement liés par la volonté d’assurer le suivi nécessaire au niveau national.

Si le taux de prévalence au VIH inférieur à 1%, pour l’année 2003, soit 0,19% chez les patients porteurs d’infections sexuellement transmissibles (IST) et 0,13% chez les femmes enceintes, reste encore faible au Maroc, le rythme de la progression annuelle des cas déclarés de SIDA accuse une nette augmentation depuis 1993 avec 1557 cas cumulés au 30/11/04 et l’incidence en IST continue de progresser dans le pays, avec 350 000 cas déclarés en 2003.

Aujourd’hui, l’épidémie est considérée comme autochtone, et urbaine avec 84% des cas, le mode de transmission prédominant dans 75% des cas étant hétérosexuel.

La tranche d’âge la plus touchée est celle des adultes jeunes : les 14-29 ans, et on constate comme partout dans le monde une féminisation progressive de l’épidémie.

Il faut rappeler que les IST constituent une porte d’entrée au VIH et à la propagation de la maladie du SIDA et que l’évolution constante des cas des IST au Maroc, et plus particulièrement en milieu rural, représente un facteur inquiétant de propagation du VIH/sida. Avec un contexte économique et social marqué par la pauvreté, l’emploi précaire, l’analphabétisme, la migration et le recours à la prostitution, le pays rassemble tous les signes inquiétants d’une évolution inéluctable de l’épidémie, et c’est pourquoi il est urgent de mettre l’accent sur la prévention.

Le plus dur : Briser le silence

Tenant compte de la spécificité de l’épidémie dans la région arabe, le Programme régional de lutte contre le VIH/sida dans les pays arabes (HARPAS) lancé en 2002 et signé par l’ensemble des ministres de la Santé de la région a pour stratégie de briser le silence autour de l’épidémie du sida et d’augmenter sa visibilité, afin de mettre l’accent sur le volet prévention.

Au travers de ces activités régionales, il s’agit de catalyser une réponse nationale et de favoriser une appropriation nationale adaptée au contexte de chaque pays.

Le PNUD, en tant qu’agence des Nations unies coparrainantes du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida développe des approches et programmes spécifiques visant à ralentir la propagation de l’épidémie et à réduire l’impact du VIH/sida dans les pays en développement.

Il base son action sur la Déclaration du Millénaire et la Déclaration d’engagement des Nations unies sur le VIH/sida (juin 2001).

La mission du PNUD consiste à participer à l’instauration d’un environnement politique, législatif et financier permettant une riposte efficace au VIH/sida.

Autrement dit, le PNUD s’occupe en particulier du défi que représente sur le plan de la gouvernance, la planification, la coordination et la mise en œuvre d’une réponse multisectorielle à l’épidémie, une réponse globale et intégrée qui concerne tous les niveaux de la société.

C’est dans ce contexte que le PNUD choisit dans son intervention en matière de lutte contre le VIH/sida d’une part, d’agir sur le leadership en renforçant notamment le partenariat avec la société civile, et d’autre part, d’initier de nouveaux partenariats en sensibilisant et en associant les différents leaders de la société comme les média, le monde des arts, les décideurs politiques, les religieux.


 

(1) Sous les auspices du secrétariat général de la Ligue des pays arabes et en partenariat avec l’Onusida et le Projet Impact de l’association internationale Family Health International (FHI).

 

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