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Migration : Des camps aux frontières de l’Europe

 

Des camps pour trier les étrangers, nouvel horizon démocratique de l’Union européenne ?

E. Blanchard (Gisti, France), M. Forst (Cimade, France), K. Kopp (ProAsyl, Allemagne), R. Lara (APDHA, Espagne), F. Miraglia (ARCI, Italie), P-A Perrouty (MRAX, Belgique), H. Rachidi (AFVIC, Maroc) participent au réseau Migreurop (http://www.migreurop.org).

  En juin 2003 au sommet de Thessalonique, le Conseil de l’Union européenne reportait, sans la repousser explicitement, une proposition britannique d’installer des centres de traitement des demandes d’asile au-delà des frontières européennes. Aujourd’hui, l’idée d’externaliser la procédure d’asile européenne semble revenir en force avec une initiative italo-allemande rendue publique au mois d’août. Sous le nom lénifiant de « portails d’immigration », il s’agirait, aux dires d’Otto Schily et Giuseppe Pisanu, ministres de l’Intérieur allemand et italien, de créer une « institution européenne » chargée du tri des demandeurs d’asile et des migrants dans des camps situés hors des frontières de l’Union.

  Ce projet est inquiétant au plus haut point car il revient à nier les droits élémentaires des migrants, poussant le cynisme jusqu’à ériger des pays tels la Libye ou la Tunisie en garants des droits de l’homme, du droit d’asile et de la protection des exilés. Cette proposition est le prolongement d’une logique déjà largement à l’œuvre, selon laquelle les migrants ne sont plus des personnes auxquelles il faut éventuellement accorder une protection, mais un danger dont l’Europe doit se protéger. Cette tendance, perceptible depuis longtemps, s’est accentuée après les attentats du 11 septembre : c’est désormais ouvertement que les migrants sont associés à la « menace terroriste ». Aussi les mesures restrictives se multiplient-elles, présentées comme autant de moyens de « gestion d’une immigration maîtrisée », en ignorant ce qu’elles comportent d’attentatoire aux droits fondamentaux.

  Alors que le Conseil européen s’était engagé en 1999 à rapprocher la situation juridique des étrangers de celle des ressortissants de l’Union, il n’a jamais véritablement respecté ce programme. Pire, l’UE a fait le choix d’une politique policière dont le seul objectif est d’ériger des barrières physiques et juridiques sur la route de ceux qui souhaitent y entrer. C’est ainsi que des accords de réadmission sont négociés avec les « pays tiers sensibles » pour les forcer, incitations économiques et sanctions à l’appui, à accepter le retour de leurs ressortissants ou des personnes ayant transité par leur territoire. C’est ainsi encore que la Commission européenne encourage, moyennant soutien financier, l’expulsion des migrants par charter.

  Le nouveau projet italo-allemand, d’ores et déjà soutenu par le futur commissaire européen chargé des questions d’asile et d’immigration, est le dernier avatar d’une politique qui, en dix ans, a concouru à la mort de plus de 4500 migrants aux portes de l’Union européenne. Les drames dans le détroit de Gibraltar ou sur les côtes italiennes ne se comptent plus : il ne se passe pas une semaine sans que les médias ne fassent état d’une embarcation qui a coulé, de cadavres échoués sur les plages ou de migrants provisoirement accueillis dans un état déplorable. Les récentes tragédies du Cap Anamur et du Zuiderdiep en Italie en sont l’illustration. Pourtant l’Europe persiste dans cette voie avec une démagogie et un cynisme déconcertants : afin de justifier l’enfermement des migrants loin du regard des opinions publiques européennes, les dirigeants de l’UE n’hésitent pas à soutenir que ces camps pourraient sauver des vies. Contre toute évidence, au lieu de s’interroger sur les liens entre le durcissement continuel des conditions d’accès au territoire de l’UE et les risques accrus que prennent les migrants pour tenter d’y accéder, la création des camps est présentée comme l’ultime recours pour les protéger.

  Gommant des épisodes plus ou moins récents de l’histoire, qui ont vu des Bosniaques pris au piège dans les zones de protection de l’ONU ou, dans les années 30, des réfugiés allemands rejetés par les pays voisins à qui ils demandaient asile, l’Europe semble vouloir s’affranchir des responsabilités qui lui incombent en vertu des engagements internationaux (Déclaration universelle des droits de l’homme, convention de Genève, convention européenne des droits de l’homme) auxquels elle a souscrit.

  Face à cette logique, la société civile et les organisations supposées garantir un contre pouvoir démocratique doivent réagir avec la plus grande fermeté.

  Les 17 et 18 octobre, les ministres de l’Intérieur de cinq pays de l’UE se rencontreront à Florence pour discuter de l’externalisation. Le 5 novembre, un sommet réunira les vingt-cinq chefs d’Etat et de gouvernement pour définir l’avenir de la politique d’asile et d’immigration de l’Union. Ne les laissons pas organiser les prochaines étapes de la dérive inhumanitaire de l’Europe. Déjà, en Italie, le mouvement social se mobilise. Dans toute l’Europe, il faut qu’un grand nombre de voix s’élève pour refuser le dévoiement des politiques d’asile et d’immigration en logiques policières de management. Il est urgent de dénoncer les projets d’externalisation des procédures d’asile et la création de nouveaux lieux d’enfermement des migrants.

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