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Migration clandestine des mineurs :L’intérêt des enfants d’abord

 

En effet, ajoute le professeur à l’Université de Madrid, « les migrations des familles entières tout au long de l’histoire a occasionné la migration simultanée de nombreux enfants. Certains accompagnent leurs parents dans le périple. D’autres migrent seuls.

Le phénomène, connu sous l’appellation mineurs non accompagnés ou mineurs séparés, prend de l’ampleur depuis quelques années ».

La migration des enfants mineurs s’est développée dans les années 1990, notamment grâce aux possibilités offertes par l’Union européenne à travers son arsenal juridique qui protège ces mineurs non accompagnés, indique Joaquin Erguren. Mais l’absence de statistiques fiables a toujours représenté une des problématiques principales pour les chercheurs afin de comprendre ce phénomène.

L’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni sont les destinations préférées des mineurs non accompagnés. Ces pays se distinguent par la nature de leurs intérêts aux yeux des candidats à l’immigration.

Si l’Allemagne est prisée par les réfugiés politiques, l’Italie et l’Espagne sont plutôt les destinations chères aux émigrants économiques.

Quant à la Belgique et l’Hexagone, elles sont les priorités des candidats aux mariages. Les mineurs non accompagnés marocains vont majoritairement en Espagne, vu sa proximité géographique.

Ils sont, selon une recherche réalisée par Joaquin Erguren, généralement âgés entre 14 et 17 ans. Certains d’entre eux voyagent avec leurs parents puis se perdent dans la nature. D’autres traversent le Détroit en se cachant dans des voitures, des camions et des bateaux. Ils sont issus majoritairement de familles pauvres et n’ont pas de projets définis. Généralement, ce sont des enfants qui habitent dans des quartiers à climat favorisant l’immigration.

Si beaucoup de familles marocaines permettent à leurs enfants de sortir du territoire national en les considérant comme des adultes, ces dernières ne mesurent pas, d’après le professeur Erguren, l’étendue du risque de perte d’identité chez ces enfants, vu leur vulnérabilité à leur âge.

C’est pour cela que le professeur préconise l’insertion de ces mineurs non accompagnés en Espagne dans leurs communautés d’origine pour éviter des problèmes de leurs réinsertions à l’âge adulte. Naima Baba, chercheur à l’Université Hassan II, favorise l’approche pluridisciplinaire dans le traitement du phénomène des enfants mineurs non accompagnés. Selon elle, il est déjà difficile de traiter cette catégorie car il s’agit bien de « nos enfants ».

Au niveau national, « les associations sont réticentes quant à l’accueil des enfants mineurs non accompagnés », affirme Naima Baba qui fustige l’absence d’un Observatoire national pour identifier, quantifier, et essayer de trouver des solutions à ce phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Comme son collègue espagnol, elle déplore le manque de statistiques fiables et donc l’obligation de se référer aux seuls registres d’entrée et de sortie du territoire de la police nationale. « Si on se contente de l’approche juridique dans le traitement de ce phénomène combien important, on s’aperçoit vite des contradictions entre les droits des différents pays concernés par le phénomène », souligne Naima Baba. Et d’arguer : « Il y a, en effet, un fossé qui sépare les législations des pays émetteurs etcelles des États récepteurs d’enfants mineurs non accompagnés ». Elle soulève également, et entre autres, l’important point d’identification de l’âge du candidat à l’immigration qui pose problème.

Le conférencier estime qu’il y a urgence pour remodeler le texte 02-03 de la législation nationale pour inclure un statut des migrants mineurs. Enfin, la collaboration entre les services de police et ceux de la Justice dans les pays concernés par le phénomène, est plus que souhaitable.L’harmonisation des dispositions légales des conventions bilatérales (notamment dans le cas du Maroc et de son voisin espagnol) est également nécessaire dans l’intérêt suprême de l’enfant, conclut Naima Baba.

Genèse

Selon Joaquin Erguren, ils étaient quelque 6.300 enfants non accompagnés, toutes nationalités confondues, hébergés aux centres d’accueil d’Espagne en 2002. Ce chiffre a pris son envol pour atteindre 10.000 mineurs en 2004. Cette « crue juvénile » selon l’expression de J. Erguren est majoritairement composée de garçons. La plupart d’entre eux viennent de l’ex-Europe de l’Est. Arrivent après les Africains, et les Sud-Américains. La genèse du phénomène de l’immigration des mineurs non accompagnés remonte à 1979 et au transit des mineurs cambodgiens dans les pays voisins, fuyant la guerre, avant de partir pour les pays susceptibles de les accueillir. Selon Erguren, ces enfants cambodgiens se faisaient passer pour des orphelins dans l’espoir d’être adoptés, ou tout simplement accueillis par des familles occidentales.

Leurs parents étaient au courant de leur stratégie. Parfois, elles les encourageaient même. Les parents préféraient laisser partir leurs enfants dans l’espoir qu’ils aient un avenir meilleur dans leurs pays d’accueil, plutôt que de vivre dans la misère.

 

Source : Le Matin.ma