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Microfinances et Ntic au Maroc

 

LE Maroc numérique devrait être plus qu’une obsession. L’enquête menée, entre juillet et octobre 2008, par PlaNet Finance Maroc et en partenariat avec les associations de microcrédit, apporte un éclairage assez particulier. Car elle cible les « besoins des microentrepreneurs en formation et en services dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.

Sans compter les centres d’accès communautaires et les cybercafés, 300 microentrepreneurs, surtout des femmes, ont été interrogés. L’étude, soutenue par Microsoft et Netfective technology, s’est parallèlement penchée sur les aptitudes des centres de formation aux TIC et de cybercafés créés par des microentrepreneurs. C’est une sorte de cadrage des objectifs du projet Mtic. Celui-ci vise l’accès à l’outil informatique pour la gestion de la microentreprise. Ce projet prévu sur trois ans (2008-2010) vise à démocratiser le PC auprès des microentrepreneurs.

Sa feuille de route prévoit d’ailleurs de développer, dès 2009, des « micro-business centers ». A quoi vont-ils servir ? Le but est de faire des TIC un levier de croissance pour les microentrepreneurs : l’accès à l’information et aux services en vue « d’accroître leur productivité, leur compétitivité ou leur accès aux marchés ». TPE et coopératives pourraient également en profiter.

Cette démarche est « inédite » pour deux raisons. C’est la « première fois » que l’on fait un lien entre microfinance et TIC. Elle révèle, de plus, des données surprenantes : « 76% de l’échantillon n’a jamais utilisé un PC ». Par ailleurs, l’étude se focalise sur l’intérêt pour des microentrepreneurs de développer leur business via les TIC », commente Didier Krumm, directeur de formation à PlaNet Finance. Il a par ailleurs assuré le suivi de ce projet. Concrètement, cela se traduit par exemple par la possibilité pour un électricien d’être référencé sur le portail de sa ville et d’atteindre donc une plus grande clientèle.

Quoi qu’il en soit, la définition d’un profil type des microentrepreneurs vise à affiner l’offre des futurs micro-business centers.

Les enquêtés sont en majorité des femmes. Car les agences de microcrédit comptent moins d’hommes parmi leurs bénéficiaires. La majorité des microentrepreneurs, hommes et femmes, ont moins de 40 ans et sont mariés. La moitié des microentrepreneuses, relativement jeunes, sont analphabètes. Ce pourcentage augmente dans le milieu rural. L’étude souligne aussi que les interrogés cherchent des moyens pour améliorer leurs revenus. Soulignons au passage que l’échantillonnage s’est basé sur la population vivant principalement à l’est du Royaume : Tendrara, Bouaârfa, Oujda, et Errachidia. L’on compte aussi Azrou et Casablanca. Le commerce (46%) et l’artisanat (25%) sont « en tête des secteurs qui regroupent la plus grande majorité des microentrepreneurs ». Dans la campagne, c’est plutôt l’élevage (24%) qui se démarque. Selon les données de l’enquête, « l’agriculture (2%) et les services (9%) sont peu représentés parmi les personnes interrogées ». On note également que pratiquement la plupart des microentrepreneurs s’activent dans leurs secteurs respectifs depuis plus de 5 ans. A l’exception de Casablanca, les enquêtés n’ont pas d’activité secondaire.

Lorsque c’est le cas, ce sont surtout les femmes qui ont une activité parallèle, notamment dans le commerce. Côté obstacles, la commercialisation (14%) arrive en tête. Elle est suivie, dans une moindre mesure, par le financement (6%) ou la sécheresse (6%). En revanche, la majorité estime ne pas avoir de problèmes. Même si l’utilisation des PC est quasiment anecdotique, les microentrepreneurs déclarent y recourir soit pour le « chat » ou pour « des recherches sur Internet ».

Les cybercafés demeurent un lieu de prédilection pour l’accès à l’outil informatique. Une donnée intéressante : en cas de besoin l’assistance émane d’une personne extérieure au cyber. Ce qui pourrait être interprété, du moins pour les six agglomérations enquêtées, qu’il y a une pénurie de compétences et un besoin de mise à niveau pour ces structures. D’où peut-être l’intérêt des micro-business centers qui fourniront pour des internautes particuliers appui, formation, conseil et accompagnement. La plupart des microentrepreneurs « n’établissent aucun document pour la gestion ». Dans l’Oriental, par exemple, peu de personnes font des factures à cause de la contrebande. Mais la volonté de s’appuyer sur une gestion informatique existe. Il serait donc « important d’intégrer ce volet dans la formation des accompagnateurs », selon les propositions des enquêteurs. Même si les personnes interrogées estiment que « leur entreprise est assez connue du public », il n’en demeure pas moins qu’elles cherchent une « plus grande visibilité ». De ce point de vue-là, les atouts de l’Internet sont indéniables : des guides de montagne, par exemple, parviennent à décrocher une clientèle étrangère via le Net. Une démarche que les microentrepreneurs pourraient dupliquer pour les produits du terroir, par exemple.

 

Challenge

LES 300 enquêtés ont été choisis de façon aléatoire. Cette démarche se justifie par un « souci d’ouverture » du programme Mtic à tous les microentrepreneurs, quel que soient leur profession et leur niveau d’instruction. Le but étant « d’éviter de creuser les disparités qui existent déjà entre les bénéficiaires des associations des microcrédits », souligne PlaNet Finance. Un questionnaire d’environ 15 minutes a abordé « les spécificités de leurs activités et de leurs connaissances et des besoins en TIC de leur entreprise ». Contrairement au téléphone, la plupart des enquêtés affirment n’avoir jamais eu besoin de recourir à des services liés à l’informatique. Trois raisons expliquent ce fait : l’inexistence d’un besoin professionnel, manque de temps et analphabétisme. Pour contourner ces obstacles, l’enquête menée par PlaNet Finance Maroc propose des « actions de sensibilisation ». Tout le challenge consisterait à démontrer comment les TIC vont commercialement booster les projets des microentrepreneurs. Qu’en est-il des analphabètes ? Un accompagnateur sera mis à leur disposition au sein des futurs « micro-business centers ».

 

source de l’article : L’Economiste

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