Accueil / Actualités / L’impératif d’égalité: l’urgence & la nécessité d’accélérer le rythme des transformations & des réformes nécessaires/inévitables

L’impératif d’égalité: l’urgence & la nécessité d’accélérer le rythme des transformations & des réformes nécessaires/inévitables

Des féministes convaincus, des femmes et des hommes, du Maroc et de l’étranger, se sont donné rendez-vous, les 22 et 23 juin 2018 à Essaouira dans le cadre du forum des droits de l’Homme. Organisé par le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira, la 7ème édition du forum des droits de l’Homme d’Essaouira, désormais un espace d’échanges et de débat incontournable entre intervenants nationaux et internationaux, est placé sous le thème : ‘L’impératif d’égalité’.
Le choix de cette thématique n’est pas fortuit. Comme l’a souligné Driss El Yazami, président du CNDH à l’ouverture de cette rencontre, la question de l’égalité est une priorité centrale pour le CNDH. D’abord en raison de la constitutionnalité de cette thématique, mais surtout au regard des discriminations commises à l’égard des femmes et de la force des mutations en cours dans la société qui incitent ces dernières à revendiquer leur place entière dans la société. D’où l’urgence et la nécessité ‘d’accélérer le rythme des transformations et des réformes nécessaires et inévitables’ a-t-il dit non sans conviction.
Avec le même ton et la même conviction, Neila Tazi, présidente du Festival Gnaoua a mis l’accent sur l’importance de cette thématique, et a réitéré son engagement, notamment dans le cadre de son mandat en tant que vice-présidente de la Chambre des Conseillers à multiplier les efforts en vue de la réalisation de l’objectif escompté de l’égalité homme-femme dans tous les domaines.
Ce forum a été une occasion d’expliciter les concepts de l’égalité, de la parité et de la non discrimination. Un exercice auquel s’est livré avec beaucoup de pertinence, Rabia Naciri, membre du Conseil consultatif du réseau international Women’s Learning Partnership-WLP, Maroc, qui a donné une leçon inaugurale sur le thème ‘L’égalité et la parité : garantir l’égalité des droits et l’équité des situations’.
Pour Mme Naciri, il y a une confusion conceptuelle et une ambivalence dans l’usage de ces termes. Et ce n’est nullement une question de rhétorique académique, mais une question d’enjeu politique. L’égalité et la non discrimination sont des notions indivisibles et constiuent les deux versants du même dispositif. Ces deux concepts se retrouvent dans les différents instruments internationaux des droits de l’Homme. Alors que la parité est l’égale répartition entre les hommes et les femmes au niveau quantitatif dans les domaines politiques. En effet, ‘Confondre l’égalité et la parité, c’est une manière d’esquiver l’égalité qui est un gros mot’ a poursuivi dans le même sens Geneviève Fraisse, philosophe et historienne.
Pour Mohamed Sghir Janjar, anthropologue, a différencié entre l’égalité formelle et l’égalité substantielle. Selon M. Janjar, la question qui se pose est comment faire en sorte que les hommes et les femmes utilisent leurs droits tout en ne reproduisant pas des inégalités à travers ces mêmes droits. Par exemple, un salaire, même perçu d’une manière égale, n’est pas utilisée de la même manière par les hommes et les femmes.
Procédant à une analyse du Code de la famille, Malika Benradi, professeur universitaire a mis en exergue le problème d’harmonisation du Code de la famille avec la Constitution qui a introduit les termes d’égalité et de non discrimination fondée sur le sexe, insistant au passage sur l’ambivalence et la schizophrénie juridique entre l’arsenal juridique et le respect des constantes de la nation. Une ambivalence consacrée aussi dans l’actuel Code de la famille qui maintient d’innombrables inégalités. Un Code qui a besoin d’être revue à la lumière de ces principes énoncés dans la Constitution, selon l’intervenante.
Cette rencontre a constitué une occasion d’expliciter l’expérience tunisienne qui est pleine d’enseignements, notamment, à travers les interventions de Khadija Cherif, sociologue, et de Bouchra Bel Haj Hmida, députée et présidente de la commission des droits et des libertés individuelles (Colibe) qui vient de rendre son rapport au Président de la République de Tunisie. Un rapport où le plafond des revendications a été placé très haut (égalité totale dans l’héritage, abolition de la peine de mort….) dans l’espoir de soutirer le maximum d’acquis. Si les deux intervenantes ont reconnu les avancées et les pas franchis en Tunisie en matière des droits des femmes, elles estiment que les efforts consentis doivent être maintenus afin de faire face à la montée des résistances qui se font de plus en plus pressantes.