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Les figues rouges : un produit de terroir à promouvoir

Auteur : Hrou ABOUCHRIF

Les figues rouges : un produit de terroir à promouvoir dans les oasis de Tafilalet

La production mondiale des figues est estimée à un million de tonnes dont près du tiers est produit par la Turquie. Avec une superficie de 44.000 ha, le Maroc produit environ 83.000 tonnes (8% de la production mondiale), soit un rendement moyen de 1,9 tonne/ha. Cela reste en deçà du potentiel estimé entre 5 à 6 tonnes/ha. Les grandes zones de production à l’échelle du Royaume sont Taounate, Chefchaouene, Ouazzane, Tetouan et Elhoceima. Selon les services de l’Office Régional de Mise en Valeur Agricole de Tafilalet (ORMVA/TF), qui met en œuvre de grands projets d’arboricultures fruitières en vue de reconstituer les Oasis de la Province d’Errachidia, 30.000plants de figuiers ont été distribués aux agriculteurs au cours des 5 dernières années. Les variétés rétrocédées sont Ghodane et Ornaxis

Cultivé et très apprécié pour ses valeurs mythiques, religieuses et nutritives dans les oasis séculaires de Tafilalet, le figuier (Ficus Carica ) renferme une panoplie de variétés qui font partie de sa richesse en agrobiodiversité arborée. On y trouve des variétés de figues fleurs (bakor) et de figues d’été de différentes couleurs et formes, et de qualité gustative irréprochable. Ces figues, consommées fraîches et non séchées, peuvent être valorisées en confiture, nectar et fruits confits.

Parmi les variétés de cette espèce, on trouve des arbres d’une taille gigantesque produisant beaucoup de figues nourrissant ainsi, non seulement les populations oasiennes mais aussi des animaux vivants dans les oasis et ses environs : renards, écureuils, oiseaux, insectes, etc. D’une fumée insupportable, le bois du figuier est déconseillé pour le feu au niveau des ménages. Ses feuilles tombées en automne sont utilisées comme aliment de bétail. Elles sont également utilisées vertes pendant les fêtes religieuses, les mariages, les circoncisions, etc., pour enrober les mains et les pieds enduits complètement de henné.

Cependant, il est à préciser que le figuier et quelques autres espèces arboricoles locales des oasis (grenadier, poirier, vigne, pêcher, pommier, abricotier, cognassier, prunier, amandier, etc), comportant plusieurs variétés chacune, connaissent une érosion génétique sans précédent. Alors que la taille est nécessaire pour stimuler la production de nouvelles pousses qui vont porter les fruits, nous constatons que le figuier ne fait l’objet d aucun entretien de la part des agriculteurs oasiens.

La diminution des effectifs du figuier s’explique tout simplement par le fait que les jeunes agriculteurs ne plantent pas d’arbres fruitiers dont la multiplication se fait par boutures qui s’enracinent facilement par la suite. Le milieu rural de la Province connaît un exode massif de jeunes qui ne veulent plus travailler la terre sous prétexte que c’est un travail dur et qui rapporte peu.

Une légende locale raconte qu’un chacal (Ouchene), affamé, arriva dans une oasis près d’un grand figuier en pleine production. Il remplit son ventre de figues tombées par terre sous l’effet du vent ou de l’action des oiseaux, avant d aller boire de l’eau fraîche dans une source limitrophe à l’oued Ziz et de faire sa sieste à l’ombre d’un abricotier servant de palissade pour une vigne. Très satisfait par la quantité de figues se trouvant par terre et appréciant ce lieu magique il y passa une vingtaine de jour et disparaissait dans la nature. De retour dans la même oasis, un jour d’hiver, il se précipita vers le figuier qui l’avait nourri à volonté pendant l’été. Mais, arbre à feuilles caduques, le figuier était en cette période de l’année dépourvu non seulement de fruits mais aussi de feuilles. Très touché par cette situation, le chacal, les larmes aux yeux, s’adressa au figuier : « Tu as trop donné et je savais dès l’autre fois que ta grande générosité te laisserait un jour sans vêtements ! » Moralité : « Il ne faut pas être trop généreux dans la vie ».

Le mois sacré du Ramadan a commencé, cette année, en pleine saison d’été. La rupture du jeun se fait d’habitude dans les ménages de la Province d’Errachidia par la consommation de dattes. Or, pendant cette période de l’année, la maturité de ce fruit n’est pas généralisée dans toutes les oasis du Tafilalet. Seuls les agriculteurs des régions d’Erfoud et Rissani ont commencé la cueillette de dattes des variétés précoces du dattier. En conséquence, vu la loi de l’offre et de la demande, les prix des dattes sont trop chers, surtout en début du Ramadan où elles s’échangeaient au niveau du souk d’Errachidia entre 30 dh le kilo pour la variété Khalt à 100 dh pour la variété Mejhoul.

Fraîche ou séchée, la figue demeure fort prisée par le consommateur marocain. Cela a donc été une aubaine cette année. Sa pleine production coïncidait avec le mois du Ramadan de l’année 1430 de l’hégire (2009). La figue fraîche a été présente au niveau des ménages des oasis de Tafilalet sur les tables à manger lors de la rupture du jeûne. Ce fruit béni, cité par le Coran dans la « Sourate Attine », a été en conséquence disponible aussi bien dans les oasis qu’au niveau des souks des différents bourgs relevant de la Province d’Errachidia, notamment Rich, Goulmima, Tinjdad, etc.

« La figue est une bonne alternative », confirmait Lhoussaine ou Hrou du Douar Ait Youssef, « pour ceux qui ne se peuvent se permettre d’acheter des dattes dont les prix sont extrêmement chers en cette période de Ramadan par rapport au niveau de vie des populations rurales ». En ce Mois sacré, seuls quelques rares pieds de variétés précoces du palmier dattier présentent des fruits mûrs dans leurs régimes et ceci depuis la vallée de Meski jusqu’au village de Tamarrakechte près du « Tunnel du Légionnaire » marquant la limite de l’étage bioclimatique du palmier.

Présente au souk d’Errachidia au moins jusqu’au 16 Septembre 2009 correspondant à la Nuit sacrée (26 Ramadan 1430 du Hégire), la figue rouge (Aint Elhajla, signifiant « œil de la perdrix ») demeure la variété des oasis de Tafilalet la plus appréciée par les populations locales. Quelques jours avant le mois de Ramadan, des dizaines de caisses arrivaient au souk d’Errachidia chaque fin d’après midi. Au moins 6 tonnes de ce fruit y ont ainsi été écoulées cette année.

Les agriculteurs des villages Zaouit Amelkis et Jramna (vallée d’Aoufous) sont les principaux pourvoyeurs du marché en figues rouges. Comme toute autre production agricole, ce sont les commerçants intermédiaires qui vendent les figues rouges aux consommateurs à des prix variant entre 10 et 13 dh le kilogramme.

Pour contribuer à la mise en valeur des productions agricoles locales, les paysans de ces villages devraient réfléchir à l’organisation d’un « festival des figues rouges » ou d’un « festival des figues rouges et des grenades » puisque c’est les mêmes douars qui alimentent aussi actuellement le souk d Errachidia en ce fruit. Un beau défi à relever pour les années à venir !

Errachidia, le 16 Septembre2009 

Hrou ABOUCHRIF 

Association ADRAR

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