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Les femmes face à l’épidemie du VIH/SIDA

 

L’épidémie de SIDA chez les femmes se propage très majoritairement par voie hétérosexuelle – presque intégralement en Afrique et en Asie du Sud et du Sud-Est.

Dans les autres régions, une partie des femmes sont infectées par :

–  des rapports sexuels avec un partenaire bisexuel ou usager de drogues injectables 

–  une consommation personnelle de drogues injectables 

–  des rapports hétérosexuels sans ces facteurs 

–  transfusion sanguine (dans les pays en développement où le sang n’est pas systématiquement testé).

Pourquoi les femmes sont-elles plus vulnérables à l’infection par le VIH ?

Biologiquement 

–  Zones muqueuses plus étendues ; les microlésions qui peuvent survenir pendant un rapport sexuel peuvent constituer une porte d’entrée pour le virus ; les femmes très jeunes sont encore plus vulnérables à cet égard. 

–  Davantage de virus dans le sperme que dans les sécrétions vaginales 

–  Comme pour les IST, les femmes sont au moins quatre fois plus vulnérables à l’infection ; la présence d’IST non traitées est un facteur de risque pour l’infection à VIH 

–  Les rapports sexuels sous la contrainte augmentent les risques de microlésions.

Economiquement

Du fait de la dépendance financière ou matérielle vis-à-vis des hommes, les femmes ne peuvent exercer un contrôle sur leurs rapports sexuels – quand, avec qui et dans quelles circonstances

De nombreuses femmes doivent offrir des rapports sexuels en échange de faveurs matérielles, pour leur survie quotidienne. Il existe un travail sexuel officiel, mais aussi ce type d’échange qui, dans de nombreux contextes de pauvreté, constitue le seul moyen pour bien des femmes de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.

Socialement et culturellement

–  Les femmes ne sont pas supposées discuter ou prendre des décisions au sujet de leur sexualité 

–  Elles ne peuvent demander, et encore moins insister sur l’utilisation du préservatif ou d’une autre forme de protection 

–  Si elles refusent l’acte sexuel ou exigent l’usage du préservatif, elles risquent dans bien des cas d’être maltraitées, car elles sont alors soupçonnées d’infidélité 

–  Les nombreuses formes de violence à l’encontre des femmes signifient qu’elles sont souvent contraintes à l’acte sexuel, condition qui est en elle-même un facteur de risque pour l’infection à VIH 

–  Pour les hommes mariés ou non, le fait d’avoir des partenaires multiples (y compris des travailleurs sexuels), est culturellement acceptable 

–  Les femmes sont supposées avoir des relations sexuelles avec, ou épouser, des hommes plus âgés, lesquels seront plus expérimentés et auront donc un plus grand risque d’être infectés. Les hommes recherchent des partenaires de plus en plus jeunes pour éviter l’infection et en croyant que le fait d’avoir des rapports sexuels avec une jeune fille vierge guérit le SIDA et d’autres maladies.

Pourquoi la réponse doit-elle tenir compte des différences hommes-femmes ?

Pour trois raisons principales :

1. Les relations hommes-femmes non équitables (sur le plan social, économique et du pouvoir) entretiennent l’épidémie

2. Les femmes sont touchées de façon disproportionnée par l’épidémie 

 – Elles sont fortement vulnérables à l’infection 

–  Elles portent le fardeau psychosocial et physique de la prise en charge du SIDA 

–  Elles souffrent d’une discrimination particulière ; elles sont souvent accusées de propager l’infection

3. Les différences sexuelles au niveau de la pathologie. La prise en charge clinique, trop longtemps basée sur des recherches portant sur l’homme, doit être adaptée à la spécificité des manifestations chez la femme – symptomatologie, évolution de la maladie, affections liées au VIH, etc.

Qu’est-ce qui peut faire changer cette situation ?

Une indépendance physique et matérielle ainsi que la sécurité pour les femmes, indépendamment de la « protection »d’un homme ou des hommes en général

Il faut donner suffisamment de pouvoir aux femmes pour qu’elles puissent exercer un contrôle sur leur propre vie et en particulier sur leurs relations sexuelles Cela implique une profonde modification des rapports de force sociaux et économiques entre hommes et femmes. Cela ne s’obtiendra pas du jour au lendemain mais il faut agir dès maintenant, par :

–  Une augmentation des possibilités éducatives et professionnelles pour les filles et les femmes 

–  Des campagnes d’éducation du public sur les effets nocifs – et, dans le cas du SIDA, mortels – des relations inéquitables entre hommes et femmes.

–  Les antimicrobiens : notre meilleur espoir La mise au point d’une méthode de prévention qui soit bon marché, sûre et efficace, et dont les femmes aient le contrôle, est indispensable. 

–  En l’absence de vaccin, il s’agit d’une méthode susceptible d’avoir un impact immédiat et significatif sur le taux alarmant de nouvelles infections chez la femme. 

–  Un investissement massif dans la recherche et le développement d’un antimicrobien au niveau international est nécessaire. 

–  Il faut également tenir compte du désir d’enfant. Un antimicrobien qui empêche à la fois la grossesse et les IST dont le VIH (protection double), et un antimicrobien qui ne soit pas en même temps un spermicide doivent être mis au point.

Interventions d’efficacité démontrée

Il existe un certain nombre d’interventions d’efficacité avérée (voir les interventions clés) qui, dans leur ensemble, comprennent les stratégies clés pour endiguer la propagation de l’épidémie. Elles sont particulièrement importantes pour les femmes. Traitement et prévention des infections sexuellement transmissibles :

–  les femmes sont plus vulnérables aux IST ; les conséquences de celles-ci sont plus graves 

–  de nombreuses IST sont asymptomatiques chez la femme, et ne sont donc pas traitées 

–  la prise en charge syndromique des IST chez la femme est plus difficile que chez l’homme 

–  la stigmatisation liée aux IST est plus forte vis-à-vis des femmes (chez qui l’on soupçonnera une promiscuité sexuelle), de sorte qu’elles craignent ou refusent de consulter.

Sécurité du sang

Les femmes et les enfants sont les principaux receveurs de transfusions – les femmes, pendant et après l’accouchement. Les mesures suivantes doivent être prises :

–  Soins anténatals et nutrition appropriée, de façon à réduire certaines des indications de la transfusion 

–  Utilisation clinique appropriée du sang pour éviter les transfusions inutiles 

–  Dépistage de tous les dons de sang comme but ultime. Education à la prévention, y compris l’utilisation du préservatif

Les préservatifs masculins et féminins constituent actuellement la seule méthode de protection disponible. Ils doivent être plus largement acceptés, disponibles et utilisés. 

–  Education pour promouvoir leur utilisation 

–  Facilitation de l’accès grâce à la distribution gratuite, un subventionnement ou un marketing social de façon à les rendre réellement accessibles.

Il a été démontré que même dans les conditions les plus favorables, le préservatif, masculin ou féminin, est peu utilisé. L’acceptabilité de cette méthode reste problématique. Le préservatif féminin est encore plus fastidieux à utiliser que le préservatif masculin et est beaucoup plus cher. De plus, les femmes ne peuvent en contrôler l’utilisation. L’impact de ces méthodes restera faible si l’on ne prend pas soigneusement en compte les préférences de la population et donc l’utilisation effective des méthodes.

Les femmes en tant que pourvoyeuses de soins

–  Les femmes sont responsables des soins de santé de tous les membres de la famille. 

–  Les soins ne représentent que l’une des multiples activités, productives et familiales, des femmes – culture et élevage, préparation des aliments, ramassage du bois de feu, transport de l’eau, soins aux enfants, ménage, etc. 

–  Les soins prodigués par les femmes sont gratuits mais ont un coût. Pendant la maladie, le travail productif de la femme est perdu ; cela a un impact grave sur le bien-être familial à long terme. 

–  Les soins ne s’arrêtent pas à la mort du mari, de l’enfant ou de la soeur. Les orphelins sont pris en charge par les grands-mères et les tantes. 

–  Les femmes qui prodiguent les soins sont souvent VIH-positives elles-mêmes.

Responsabiliser les hommes

–  On s’est encore peu intéressé à la participation des hommes aux efforts visant à protéger les femmes 

–  Les hommes sont difficiles à atteindre et à éduquer mais certains s’inquiètent quant à la santé sexuelle – la leur et celle de leur(s) partenaire(s) 

–  En faisant prendre conscience aux hommes de leurs propres risques, on a pu modifier certains comportements 

–  Les interventions doivent viser les hommes (aussi bien que les femmes), si l’on veut protéger les femmes.

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