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Le logement social au Maroc : Projet d’accompagnement social à Mohammedia

La maîtrise du développement social urbain est, pour le Maroc, un des enjeux majeurs des dix prochaines années. La production et la gestion du logement social seront les conditions incontournables d’un équilibre et d’une stabilité du milieu urbain. La ville marocaine, depuis plusieurs décennies, subit un accroissement d’habitation salubre multiforme. Ce phénomène, dû aux effets conjugués de la poussée démographique et de l’exode rural,s’est accompagné de mutations socio-économiques et culturelles profondes, imposant des changements radicaux dans l’organisation sociale et spatiale des agglomérations. Cela s’est traduit, notamment, par le développement de noyaux d’habitat non réglementaire, construits sans plan d’ensemble, dépourvus de toute infrastructure de base et de tout équipement socioculturel, constituant ainsi de larges secteurs d’habitat insalubre mettant en péril la sécurité et la santé publiques. L’habitat insalubre, ce sont aussi les bidonvilles qui abritent, dans certains cas, un ménage sur 5 en milieu urbain et qui représentent la frange la plus importante des sites visés par le programme de logement social initié par le Ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme en 2003. Avec sa position stratégique entre Casablanca et Rabat, et de par son développement actuel, Mohammedia est largement concernée par le programme Villes Sans Bidonvilles. La préfecture de Mohammedia compte actuellement 63 bidonvilles répartis sur les 6 communes qui forment le sous territoire administratif. Le nombre de ménages résidant dans les bidonvilles est estimé en 2003 à 14.500 ; ce chiffre représente 24% de la population totale. Les bidonvilles installés sur la préfecture de Mohammedia occupent actuellement une assiette foncière estimée à 147 hectares, soit une densité brute de 5,4 habitants par 100 m2. Les besoins en logements nécessaires pour la résorption de ces formes d’habitat sont évalués à près de 15.000 logements sociaux (ou lots de terrain), à produire dans les années à venir, si l’on considère que le phénomène va se stabiliser…. Cependant, les dernières opérations de relogement n’atteignent pas leur seuil de rentabilité et posent des problèmes de faisabilité de plus en plus graves, handicap réel à tout transfert de cette démarche à d’autres sites. Les raisons déterminantes à cette situation de blocage sont :

  La méconnaissance des familles issues des bidonvilles : les enquêtes, lorsqu’elles existent, sont strictement quantitatives et ne fournissent aucune donnée qualitative sur les possibilités financières des ménages, les structurations sociales existantes, les logiques patrimoniales dans lesquelles s’inscrivent les habitants, les besoins en équipements ou les catégories fragiles des populations (femmes seules, enfants des rues, personnes âgées, familles sans revenus,…)

  L’absence d’accompagnement social des populations tout au long du projet : pendant la mise en oeuvre des chantiers, le déplacement vers les nouveaux sites de relogement, ou lorsque sont établis des programmes de recouvrement financier. Le bidonvillois est relogé dans un logement social qui lui est affecté par tirage au sort et il devient, de facto, « copropriétaire » d’un logement en collectif avec nécessité de paiement, de gestion d’espaces privés et communs et de cohabitation sociale non désirée, sans aucun encadrement social. Face à ce constat, la préfecture de Mohammedia a donc mis en place, à titre expérimental, un Centre de Qualification Sociale dédié à l’accompagnement des populations fragiles par un réseau d’associations. Ce centre est un lieu d’expérimentation et d’optimisation de la relation d’intermédiation entre acteurs publics et population, dans le cadre d’opérations de résorption d’habitat insalubre.

L’habitat insalubre, ce sont aussi les bidonvilles qui abritent, dans certains cas, un ménage sur 5 en milieu urbain…

Les différents types d’habitat insalubre :

  L’habitat menaçant ruine : constructions instables et menacées d’effondrement, souvent visibles dans les médinas surdéveloppées, les douars en pisé, les pentes ou les foundouks.

 

  Les quartiers non réglementaires : terrains non viabilisés sommairement aménagés sans plan, sans titre foncier, sans autorisation de construire.

  Les bidonvilles : groupement d’habitations précaires auto construites (baraques) avec du matériel de récupération. Les différents modes de résorption de l’habitat insalubre 

  La restructuration : amélioration d’un bidonville ou d’un quartier semi-taudifié, généralement par l’apport d’infrastructures et d’équipements.

  Le recasement : déplacement d’une population bidonvilloise soit à proximité soit à distance dans des parcelles viabilisées (en général entre 45 et 70m², avec un maximum de deux étages autorisés) qui leur sont vendues à un prix très préférentiel.

  Le relogement : déplacement d’une population bidonvilloise dans des immeubles où des appartements leur sont vendus.

Depuis 2003, le logement social apparaît comme une priorité dans les accords de coopération franco-marocaine. Les projets et les programmes développés accompagnent la réflexion, la formation des acteurs et la structuration institutionnelle. Mais le logement social, c’est aussi l’accompagnement, pour une mise en oeuvre la plus globale possible, et dans le cadre de la déconcentration des services de l’Etat, d’une politique de proximité et de résorption de l’habitat insalubre, en partenariat avec des opérateurs français.

La lettre du SCAC N° 14 mars 2004

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