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Le développement humain : pourquoi doit-on mettre l’accent sur les résultats ?

Imaginons deux managers. Le premier dispose d’une somme d’argent et s’attelle à la dépenser ici et là espérant que ces actions donneront des fruits plus tard. Le deuxième définit les résultats qu’il veut réaliser et définit comment les ressources dont il dispose peuvent l’aider à réaliser les résultats escomptés. Il n’est pas sorcier de voir que la première forme de planification est celle qui a dominé au Maroc depuis un certain temps et n’a eu qu’un impact mitigé.

C’est une planification axée sur les activités plutôt que sur les résultats, sur les processus plutôt que sur l’impact désiré. Non pas que les plans d’actions et les activités qui y figurent ne soient pas importants-, ils le sont-, mais ils ne sont que des moyens susceptibles de nous aider à réaliser les résultats. Ils viennent après l’identification des résultats réalistes, réalisables et mesurables.

L’activité de mise à niveau d’un centre d’accueil des enfants en situation difficile n’est pas une fin en soi, elle est un moyen qui nous aide à accroître la capacité du centre à servir cette frange de la population vulnérable. Cette distinction n’est pas académique puisque le résultat pourrait être atteint par plusieurs moyens différents. Le choix d’une activité au lieu d’une autre dépendra du coût, de l’impact, du temps et la réalisabilité de l’activité.

Aussi est-il souhaitable, voire impératif, de commencer par définir les résultats escomptés. Supposons que les habitants, les associations locales et les élus d’une commune ou d’un quartier périurbain (pas le caïd, le pacha ou le gouverneur) décident que l’un des résultats escomptés soit l’accès accru aux sources de financement pour les femmes et les jeunes.

Avant d’aller voir comment y parvenir, il faut se demander quels autres résultats on doit réaliser qui pourraient contribuer à ce résultat stratégique. Les femmes et les jeunes doivent se constituer en coopératives et associations professionnelles ; elles/ils doivent élaborer leurs projets ; elles/ils doivent avoir la capacité de gérer et faire le suivi de leurs projets d’une façon efficace ; les institutions bancaires et de micro-crédits doivent être disponibles dans la région ; les autorités doivent être disposées à faciliter les procédures, etc.

L’hypothèse est que si on réalise ces résultats, l’objectif supérieur, en l’occurrence, l’accès aux sources de financement, sera réalisé. Autrement dit, nous disposons d’une stratégie. Maintenant, on peut passer à déterminer les activités susceptibles de nous aider à réaliser les résultats.

Les critères de sélection des activités sont : un plus grand d’impact à moindre coût et la réalisabilité (la nature de l’activité et le timing). La formation et le conseil pour les bénéficiaires, les facilités et les encouragements pour les prestataires de services (banques, etc.) sont parmi les activités qu’on pourrait choisir. Une fois on a ce plan d’action, on doit le budgétiser et déterminer les responsabilités et les moyens de feedback et de mesures d’impact.

Ce n’est qu’après avoir fait tout cela qu’on pourrait commencer à exécuter sur le terrain.

Bien sûr, il y a des actions qu’on doit faire tout de suite car les résultats sont clairs et universellement reconnus comme nécessaires. L’électrification, l’accès à l’eau, la construction de dispensaires approvisionnés en médicaments de base, la gestion des déchets liquides et solides, l’accès au collège et la qualité de l’éducation font partie de ces activités de base urgentes et nécessaires.

Cependant, l’auto emploi, l’accès durable aux sources de financement “la capacitation” des acteurs locaux, la lutte contre l’analphabétisme des enfants et des adultes, la lutte contre le travail des enfants, la responsabilisation de l’école et des autres services de l’Etat, la gestion participative durable de l’environnement, la lutte contre le Sida sont des domaines assez complexes et nécessitent la réflexion, la participation de tout un chacun et une planification basée sur les résultats et un suivi rigoureux.

Tout cela est un travail de longue haleine que les acteurs locaux, qu’ils soient élus, autorités locales ou société civile ne maîtrisent pas encore au Maroc. Former des formateurs et des consultants dans ce domaine prendra du temps et des ressources considérables. Il est peut-être plus faisable que le gouvernement fasse publier un livre blanc qui servira en tant que guide de planification et de gestion des projets de développement humain. Ce guide doit être pratique, pédagogique facile à utiliser, et écrit en langues que la population peut facilement comprendre ( darija, tamazight, etc. en plus de l’arabe et le français).

A long terme, le gouvernement est appelé aussi à adopter une loi sur l’obligation de planifier et gérer par résultats quand on utilise l’argent du contribuable. Le souci n’est pas de compliquer les choses, mais de créer un impact durable. La durabilité et la pérennité de l’impact sont les clés du succès. Les actions non durables ont en fait un effet pervers : elles créent la dépendance et engendrent la frustration puisque les espérances du début se transforment en déceptions quand l’argent dépensé d’une manière irréfléchie disparaît.

* Lahcen Haddad – est expert international en planification et management stratégique [email protected]

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