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Le développement humain doit bénéficier aussi aux générations futures

 

Qui dit durabilité dit capacité à utiliser les ressources existantes de façon à permettre aux générations futures d’en bénéficier également. Dans ce sens, la terre et ses ressources ne nous appartiennent pas mais appartiennent à nos filles, à nos fils et à leurs enfants. Nous ne sommes donc que les utilisateurs provisoires de ces ressources et il est de notre devoir de laisser derrière nous des forêts bien protégées, des ressources d’eau non polluées, des océans exploités de façon rationnelle, des espaces non défigurés par des carrières et des déchets, une couche d’ozone intacte, etc.

Le concept post-renaissance des humains, en tant que créatures qui cherchent à dominer une terre indomptable, est révolue, bien que les pratiques d’ici et d’ailleurs ne suivent pas encore.

La durabilité dans ce sens strict est aussi bien une positon éthique (le partage et le sens d’amana) qu’une réalité économique : au rythme actuel de l’exploitation des ressources naturelles, les générations futures seront encore plus appauvries et plus démunies, ce qui mènera inéluctablement à des situations de conflit et de sous-développement accru. Mais durabilité dans son sens large veut dire aussi la capacité à pérenniser les pratiques de développement de la part des bénéficiaires eux-mêmes.

Il est facile d’octroyer de l’équipement à un centre ou à une école mais une fois que cet équipement est amorti qui financera son renouvellement ? Qui en assurera la maintenance ? Au moment où on appelle à la décentralisation et le transfert des pouvoirs de gestion à la population au niveau local, les communes, surtout celles qui existent dans des zones pauvres, sont-elles capables d’assurer ces pouvoirs ? Disposent-elles des ressources nécessaires pour assurer la maintenance des investissements lourds tel les routes, les écoles, l’assainissement, les hôpitaux, et l’adduction d’eau potable ? Doit-on plutôt investir dans des structures beaucoup plus gérables au niveau local comme les routes rurales, les dispensaires ambulants, les écoles communautaires, les puits, les fosses sceptiques, et les centres communautaires entièrement intégrés dans l’espace villageois ou périurbain ?

Les stratégies de développement humain doivent pouvoir répondre à ces questions pour assurer la pérennisation des efforts consentis, des ressources investies et des bonnes pratiques dégagées lors de l’opérationnalisation de ces stratégies. Sinon, on se retrouvera dans une situation de développement non soutenu : un investissement initial assez important sans conditions de continuation. La déception et la frustration seraient encore plus grandes que dans la situation antérieure.

Il en va de même pour la question du transfert de la technologie et du savoir faire. La technologie doit être pratique et facile à réparer. La technologie n’est pas la solution ; elle est plutôt un outil que l’on maîtrise ou non. Le savoir faire est la clé ; des techniques simples et utiles comme la transformation, le packaging et le marketing des produits agricoles ou de pêche, les techniques de purification de l’eau, les techniques des premiers secours, les techniques de conservation, de maintenance des puits et des fosses sceptiques, les techniques de vente, de comptabilité simple, d’exploitation durable des arbres et des forêts toutes ces techniques et d’autres ne demandent pas une technologie sophistiquée et sont faciles à connaître et à transmettre.

Si on y ajoute des techniques soft, comme la communication, la gestion des réunions, la résolution des conflits, la mobilisation, le travail en équipe, la prise de décisions etc. on obtiendra tout un éventail d’outils pratiques et faciles à assimiler mais qui feraient toute la différence dans la vie de la population.

Mais ceci n’est que du point de vue de l’offre ; il faut que la demande émane de la population elle-même. Impliquer la population dans la détermination des besoins et les moyens qui doivent être mis en place pour les satisfaire est indispensable pour la réussite du développement. La population dispose d’une connaissance assez poussée de ce dont elle a besoin et le meilleur moyen d’y répondre. Aller à l’encontre des désirs de la population produirait un développement aliénant et donc non durable. La lutte contre l’habitat insalubre et contre l’analphabétisme (surtout celui des femmes) connaissent du succès parce que les activités dans ces domaines répondent à des besoins importants chez la population.

Cependant, la participation des bénéficiaires ne doit pas se limiter à la détermination des besoins mais également à la mise en place, la gestion et l’évaluation des projets de développement. La participation n’est pas un luxe, mais une nécessité : les autorités locales, les élus et les services extérieurs ne peuvent jamais se substituer aux populations concernées. Ils doivent abandonner l’idée qu’ils savent ce que la population veut ».

Mais la participation n’est jamais chose facile. Il faut d’abord regagner la confiance des bénéficiaires potentiels, chose assez compliquée étant donné une longue tradition de promesses non tenues de la part des élus locaux, régionaux et parlementaires. Le processus d’élaboration du consensus autour de projets qui peuvent induire le changement dans un contexte de rivalités demande du temps et de l’expérience.

Le plus souvent, il s’agit de travailler progressivement avec les « convaincus » autour de projets pilotes et approcher petit à petit les « récalcitrants ». Il faut chercher le moment où la dynamique est enclenchée et la population devient alors prête à assumer le processus elle-même. C’est à ce moment- là que le rôle du bailleur de fonds, du gouvernement, du militant devient pur assistance technique et accompagnement.

Pour conclure, l’essentiel dans le travail de développement est que les acteurs concernés s’approprient les méthodes, les techniques, les procédés et les bonnes pratiques proposées. Ce processus d’“ownership” est la clé de la durabilité du travail de développement humain.

Une stratégie de développement (et/ou de coopération) n’est jamais complète si elle ne prend pas en considération l’aspect pérennisation. Réfléchir sur la durabilité de l’intervention ne garantit pas seulement un plan de sortie pour le gouvernement ou le bailleur de fonds mais également sur la possibilité d’avoir un impact porteur de changement et créateur de dynamique socio-économique.

Lahcen Haddad, PhD 
Expert international en planification et management stratégique 
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