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Le clavardage

Auteur : bachir ben seddiq

LE CLAVARDAGE.

La culture livresque fait bien partie désormais du passé pour nos jeunes élèves. Le livre ou d’autres formes d’écrit font référence à tout ce qui est effort et contrainte : Programmes, devoirs, chapitres à lire, recherches imposées par les enseignants, …

En l’absence d’une lecture plaisir en général l’écart se creuse de plus en plus par rapport à l’écrit. En échange, à la recherche du moindre effort, nos apprenants partisans de la culture du zapping se créent d’autres modes de s’ouvrir sur le monde et de communiquer et qui ne passent pas sans dégâts.

Le respect des normes de la langue française se trouve négligé et la langue française mutilée. Une panoplie de moyens captivants d’information et de communication inépuisables s’offre à eux comme l’Internet et les échanges, la messagerie et le courriel sans oublier la messagerie via les téléphones portables. Cependant il faudrait savoir s’en servir intelligemment et reconnaître les dangers potentiels qui qu’y sont liés. En effet nous assistons chez nos jeunes élèves à la naissance d’un phénomène qui devient très populaire et que tout le monde connaît sous le nom du ‘chat’ ou le ‘clavardage’. Il conviendrait dans un premier lieu de définir cette notion afin de généraliser l’information et de normaliser notre terminologie quant à cette messagerie instantanée. « Les termes clavardage, bavardage clavier et cyberbavardage auront été proposés par l’office québécois de la langue française en octobre 97, pour désigner cette notion, clavardage est un mot — valise formé à partir des mots clavier et bavardage, cyber bavardage présente l’avantage de nous situer immédiatement dans le contexte du cyberespace.

Le terme ’causette’ a été adopté, en mars 1999, par la commission générale de terminologie et de néologie de France.

En raison d’une concurrence inutile avec clavardage, tellement adopté par un grand nombre d’usagers du Québec et de la francophonie des termes ’tchat’ adaptation d’un emprunt direct à l’anglais et ’chatche’ mot d’origine espagnole signifiant parler abondamment n’ont pas été retenus pour désigner cette notion » Grand dictionnaire. Pour jeter plus de lumière sur ce genre de communication, nous avons sélectionné l’exemple de deux élèves du secondaire qualifiant, il s’agit de HICHAM et de AYOUB :

HICHAM : slt ay

AYOUB : slt

HICAM : ccv

AYOUB : cv

HICHAM : koi 29

AYOUB : dir micro dir

HICHAM : micro walo

AYOUB : t f t ?

HICHAM : n. on l fra 2 main

AYOUB : je vais le faire m prof fchkal.

 

Traduction intelligible :

H : salut ayoub

A : salut

H : comment ça va

A : ça va

H : quoi de neuf ?

A : dir micro (utilise ton micro)

H : non, je n’ai pas de micro

A : est-ce que tu as fait le devoir ?

H : non, on le fera demain

A : je vais le faire maintenant parce que le professeur ne me le pardonnera pas.

Nous remarquons donc la consommation rapide de mots, espace réduit dans la petite case qui permet de répondre ou d’interpeller les interlocuteurs, invention de mots nouveaux, combinaison de l’arabe et du français. Il s’agit donc de l’étiquette du clavardage- la traduction toute jeune et maintenant acceptée même par les internautes adultes.

Dans cette perspective, nous avons essayé de recueillir le témoignage de l’un de ces interlocuteurs lycéens : « moi, je pense que le chat c’est bien, car ça permet de rencontrer beaucoup de gens en si peu de temps. Je communique avec mes amis comme je veux, on parle de tous et de rien… Malheureusement, ce n’est pas le vrai français, on mélange arabe, français et parfois berbère cela ne plaît pas beaucoup à mon père qui est prof de français » Pour reprendre l’expression « cela n’est pas le vrai français » en effet, les mots sont tronqués, orthographe non respectée, avalanche de termes en ‘franarabe’ ou « aransiya », il semble que la parole n’occupe pas une place importante dans l’univers de nos jeunes. La crainte serait que ces moyens, en principe, en mesure d’encourager l’écriture, pourraient être reproduits un peu partout de la même manière

Sans aucune cohérence ni respect du code linguistique de la langue française. Quand nous essayons de voir du côté des enseignants pour recueillir leurs impressions à ce sujet ils se contentent de répéter presque à l’unanimité « c’est encore une nouvelle réalité, nos élèves ont donné leur langue au chat ».

Pour soutenir nos apprenants à renouer avec la langue française tout en exerçant leurs activités préférées du chat ou du clavardage .Il faudrait œuvrer dans le sens d’ une reconsidération de l’ écrit en général et le livre en particulier .On pourrait penser à la création d’ateliers de lecture et d’écriture au sein des établissements scolaires sous forme de projets d’établissement, concevoir et élaborer un plan d’action de l’écrit destinés aux jeunes lecteurs en tentant de varier les formes :livres,revues,journaux et magazines sur le plan régional et national. Mais de tels projets ne verraient le jour que s’il y a une vraie volonté de la part des décideurs, des autorités de l’éducation et des associations. Sans perdre de vue la contribution des maisons d’édition, des bibliothèques et des librairies qui devraient se porter au-devant de nombreux jeunes qui ne viennent pas spontanément à elles. Il faudrait créer et renforcer le dispositif de formation des animateurs spécifiques au domaine du livre et de la lecture, une tache dont se chargent les enseignants depuis toujours. Des initiatives venant de la presse écrite et audiovisuelle seraient les bienvenues pour offrir des tribunes régulières aux jeunes lecteurs et organiser en partenariat avec d’autres acteurs de la société des concours autour de la langue française écrite.

Bachir Ben seddiq

AMEF OUJDA.

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