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L’alphabétisation : Se former pour ne pas s’enfermer

 

L’alphabétisation : Se former pour ne pas s’enfermer

 

La lettre de la Coopération Française au Maroc N° 15 Juin 2004

Par Michel Jannin

Les adultes analphabètes représentent près de 10 millions de personnes au Maroc, dont environ 60% de femmes, et ce taux d’analphabétisme peut atteindre jusqu’à 80% en milieu rural. Les villes, avec l’extension rapide de leurs quartiers périphériques qu’on dirait sans limite, et où s’entassent les déracinés délogés des campagnes, n’échappent pas à ce phénomène.

Les pouvoirs publics, les collectivités locales, les associations de plus en plus nombreuses et les entreprises ont beaucoup de mal à inverser la tendance, malgré les efforts méritants et soutenus des acteurs. Pour reprendre les termes de la campagne nationale lancée dès 1995, la lutte contre l’analphabétisme est « l’affaire de tous ».

Toute la société, en effet, en souffre dans ses composantes culturelles, économiques et sociales. Des études, des évaluations, et des plans de lutte ont été lancés. Les ministères, les fondations, les organismes internationaux, les ONG marocaines et étrangères, les entreprises nationales et les académies ont apporté leur contribution, mais, il faut le reconnaître, il a manqué souvent une condition à la réussite des tous ces efforts : une formation solide des acteurs impliqués dans les projets de lutte contre l’analphabétisme.

Le principe de solidarité nationale et internationale est indispensable à cette entreprise, mais il ne suffit pas : la professionnalisation des acteurs est une autre clef de la réussite.

Le SCAC sur tous les fronts dans la lutte contre l’analphabétisme

C’est pourquoi le service de coopération et d’action culturelle a choisi d’appuyer, depuis 1998, des programmes de formation à tous les niveaux, aussi bien pour l’alphabétisation fonctionnelle en français destinée aux entreprises et aux organismes professionnels que pour l’alphabétisation en arabe.

Le projet de coopération pour la formation des cadres de la Direction de la Lutte Contre l’Analphabétisme a pris en 2004 une nouvelle orientation vers la consolidation du réseau dans les régions : formation d’évaluateurs, de planificateurs, de concepteurs et de gestionnaires de programmes au niveau national et régional.

Le programme d’appui aux entreprises nationales (AMITH, filiales de l’ONA…) est relayé de plus en plus par les Instituts français pour la formation de responsables porteurs de projets, de superviseurs, de coordinateurs, d’évaluateurs, et de formateurs.

Le plan de formation de formateurs en alphabétisation pour les Instituts a été lancé en 2001 : l’objectif est de rendre les Instituts capables de répondre aux demandes et aux besoins en formation des délégations, des associations et des entreprises. Ce plan de développement des compétences des Instituts trouve son application dans la multiplication des programmes de formation en alphabétisation par le réseau des institutes français d’animateurs en méthodologie et en andragogie.

Le réseau comporte 12 centres et compte aujourd’hui une trentaine de formateurs marocains, grâce à la formation continue animée par l’opérateur français « Énergies Alternatives » : séminaire en 2001, stage à Marseille en juillet 2002, suivi de 2 séminaires en 2003, et d’un séminaire en 2004. Une formation continue des responsables à l’ingénierie de formation et à l’analyse des demandes en entreprise a démarré en 2003, et devrait se poursuivre sur 2004/2005.

Parallèlement, le réseau a mis au point un référentiel de formation : le « Référentiel CLEF », véritable guide de la formation en alphabétisation, flexible et évolutif, tandis que, depuis 2003, les centres, de plus en plus autonomes en ressources, organisent eux-mêmes des formations ciblées pour les formateurs. Ces nouvelles compétences ont permis aux Instituts d’initier ou d’accompagner, en 2003/2004, de nombreux projets de formation en direction des associations porteuses de projet en alphabétisation et en direction des entreprises : environ 50 projets pour l’ensemble du réseau. Le service de Coopération et d’Action Culturelle et les 12 centres du réseau sont ainsi amenés à répondre à trois types de demande en formation : 
–  Une formation à la gestion de projet, spécialement pour les associations que nous appuyons, 
–  Une formation de formateurs ou d’animateurs en alphabétisation, 
–  Une formation-action dans laquelle les formateurs du réseau co-animent les programmes d’alphabétisation avec les futurs animateurs.

Former, mais pour quoi ?

La formation, dans le domaine professionnel spécialement, est une partie intégrante du projet : c’est le projet lui-même, qu’il soit national, régional, grand ou petit, qui dicte les besoins en formation et permet de définir les objectifs, les contenus, les supports, les modalités d’évaluation… Si le projet n’est pas clair, trop ambitieux ou pas assez en adéquation avec les réalités, les formations risquent de ne pas répondre aux besoins réels et peuvent même desservir le projet. Une formation-action présente l’avantage de rester en phase avec les finalités et les objectifs du projet, en même temps qu’elle garantit sa continuité.

Mais qu’est-ce que former un formateur en alphabétisation ? C’est d’abord le former à analyser les besoins des apprenants (tests de positionnement, tests de compétences, tests d’évaluation ou conduites d’entretiens sont élaborés à cette fin) et à trouver les réponses liées aux situations d’apprentissage ou de formation (programmes, contenus, supports, et tests).

Quelques journées de formation, préalables à la mise en place d’un programme d’alphabétisation et dispensées à des enseignants du secondaire, à des étudiants en lettres ou sciences ou à des formateurs techniques, ne peuvent suffire à répondre aux besoins réels en formation. La continuité dans le projet, dans les formations qui l’accompagnent, dans le suivi et les évaluations, est une condition nécessaire au succès d’un programme de lutte contre l’analphabétisme. De même, la reconnaissance de la formation (sa validation, l’ouverture vers un statut de formateurs et une carrière) est un facteur important d’efficacité.

Les résultats des actions d’alphabétisation ne se mesurent pas seulement sur le plan quantitatif. Nos projets de coopération restent modestes au regard des besoins immenses en formation, il n’empêche que la dynamique et l’impact qu’ils produisent, grâce à un souci de qualité, jouent leur rôle dans la lutte contre l’analphabétisme…

La lettre du SCAC :

http://www.ambafrance-ma.org/cooperation/lettre/lalettre_15.pdf

 

 

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