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La Zone Humide de Oued Tahhadart : Potentialités, Contraintes et Opportunités de Développement du Tourisme Rural

 

Auteur : A. JAAFARI, Z.L. ARHZAF, D. AZIZI, Y.ARHZAF (Association SEEPOM) & C.SERRANO (Université des Sciences et Techniques du Languedoc de Montpellier II)

De par sa situation géographique, la diversité de ses paysages, sa culture, son histoire, le Maroc dispose de potentialités réelles dont la valorisation bien planifiée pourrait contribuer à la promotion du tourisme rural dans la plupart de ses régions et à l’amélioration des conditions de vie des populations tout en préservant le patrimoine naturel et culturel marocain ainsi que l’environnement. D’une part, le Maroc est un pays riche en milieux naturels (déserts, montagnes, plaines, côtes) et en biodiversité avec un taux d’endémisme de 20%. Au niveau du bassin méditerranéen, la biodiversité marocaine occupe la seconde place après celle de la région Anatolienne (Turquie). D’autre part, ce pays présente des richesses culturelles et des traditions d’accueil inégalées lui conférant des opportunités pour promouvoir et développer le tourisme rural.

Malgré ces potentialités, le tourisme rural reste peu développé au Maroc. En effet, ce type de tourisme n’attire qu’environ 150 milles personnes par an sur 150 millions de touristes étrangers qui optent pour le tourisme rural à l’échelle mondiale. Récemment, la politique marocaine réserve une attention particulière à ce genre de tourisme comme étant une composante de sa stratégie nationale visant à accueillir 10 millions de touristes à l’horizon de l’année 2010, et une alternative économique pour les populations rurales notamment celles vivant dans des conditions de pauvreté. Les programmes de tourisme en milieu rural pourraient être des projets éligibles aux subventions de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) proclamée par sa Majesté le Roi Mohammed VI en mai 2005.

Au Maroc, les zones humides offrent des opportunités pour un tourisme rural de qualité. C’est dans ce cadre que l’Association d’Education Environnementale et de Protection des Oiseaux au Maroc (SEEPOM) et l’Université des Sciences et Techniques de Montpellier ont réalisé une étude pour inventorier les potentialités de la zone humide de Oued Tahhadart et établir des propositions pour leur valorisation dans une optique de mettre en place des projets de tourisme rural dans cette zone.

La zone humide de Oued Tahadart s’étend sur une superficie de 14.000 ha au Nord-Ouest du Maroc. Elle est classée Site d’Intérêt Biologique et Ecologique (SIBE) en 1996 et par la suite Site Ramsar en 2005. Cette zone dotée d’une richesse culturelle et naturelle importante se caractérise par son emplacement géographique stratégique. Le SIBE est bien situé sur l’axe de Tanger – Casablanca et il n’est pas loin des frontières nord du Maroc.

En terme de biodiversité, la zone présente une richesse particulière en matière d’avifaune souvent d’importance mondiale. En plus de la multitude des espèces d’oiseaux observés au niveau du SIBE, la zone héberge les dernières populations de la grande outarde d’Afrique (Otis tarda). Actuellement, cette espèce d’oiseau qui constitue un atout potentiel pour attirer les touristes étrangers, particulièrement les amateurs de ‘‘birdwatching’’, est en situation critique. Des efforts nationaux et internationaux s’imposent pour éviter la disparition de la grande outarde marocaine. En plus de cette avifaune, le SIBE renferme aussi des espèces de poissons, de mammifères, de reptiles et d’insectes ainsi que des plantes médicinales.

En matière de la diversité paysagère, la zone dispose de différents types de milieux dont les principaux sont des terres occupées par des cultures ou des parcours, des vasières – sablières, des forêts, des milieux aquatiques et des dunes maritimes sableuses fixées.

Sur le plan culturel, la zone dispose de sites archéologiques et historiques (Aïn el Hammam, Zilil, mosquée de Hajrat Nhal). Les populations présentent des atouts en matière de communication et d’hospitalité. Elles souhaitent recevoir des touristes pour améliorer leurs revenus à condition qu’ils respectent leurs traditions, leur culture et le milieu naturel où ils vivent.

A l’opposé, la zone humide de Oued Tahhadart manque d’infrastructures de base pour un tourisme rural durable notamment les structures d’accueil, les gîtes, les sentiers, les plateformes de ‘‘birdiwaching’’ et un système d’assainissement et de gestion de déchets.

Le développement du tourisme rural dans la zone humide de Oued Tahhadart devra être conçu d’une manière responsable et selon une approche de participation communautaire et de protection de l’environnement. Ce type de tourisme devra être un moyen de promouvoir le développement local ; d’améliorer les conditions de vie des paysans, de sauvegarder les zones naturelles et culturelles, et de préserver la biodiversité. Dans ce sens, les actions suivantes s’imposent : 
-  La création d’un réseau d‘ échange d’information impliquant tous les acteurs, 
-  L’aménagement du SIBE et la mise en place d’une infrastructure d’accueil (gîtes, sentiers, panneaux signalétiques, plateformes pour l’observation de la faune et des paysages, etc.), 
-  L’instauration des circuits touristiques, 
-  L’octroi des facilités pour la création d’entreprises locales, 
-  L’établissement des études d’impact de l’industrie de tourisme sur l’environnement, 
-  La mise en place de programmes d’éducation et de sensibilisation des citoyens sur l’importance de la promotion du tourisme rural solidaire et sur les bonnes pratiques environnementales visant à minimiser les effets négatifs sur le SIBE et sur les populations locales lors des visites (dérangement de la faune, chasse illégale, pollution, feu, dégradation des sites archéologiques, dérangement de la population locale, atteinte aux valeurs traditionnelles et éthiques, etc.), 
-  La mise en place d’un programme de transfert du savoir (renforcement des capacités de la société civile, formation des populations et des guides), 
-  La promotion du tourisme rural dans le SIBE par la publicité et le marketing, 
-  L’implication des populations locales dans la gestion du SIBE et dans l’organisation de tourisme rural (hébergement, restauration, guidage, locations de moyens de transport, petit commerce, produits de terroir, etc.), 
-  La valorisation des produits de terroir à forte valeur ajoutée comme les produits agricoles biologiques et artisanaux, 
-  La remise en état des sites archéologiques du SIBE. 
-  La création de projets de mise en valeur de l’environnement, entre autres la réhabilitation de la grande outarde et la mise en place d’un mécanisme de gestion des déchets, 
-  L’encouragement des acteurs économiques pour la promotion du tourisme rural et solidaire à destination du SIBE.

En résumé, le tourisme rural pourrait représenter une réelle alternative économique pour la zone humide de Oued Tahhadart. S’il est bien planifié, cette forme de tourisme créera des opportunités économiques tant sur le plan local que sur le plan national sans compromettre les valeurs traditionnelles des communautés et les ressources naturelles et culturelles.

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