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La transition, une promesse de croissance ?

 

D’après les indicateurs de bonheur personnel (article en anglais), les Bulgares seraient le peuple le plus triste du monde, à l’inverse des Polonais qui, quelque part entre les Canadiens et les Japonais, sont plutôt contents de leur sort.

Ce qui différencie de loin la Bulgarie de la Pologne, c’est leur évolution depuis 1989. Dans les premières années de la transition, les deux pays ont connu un déclin de leur revenu, avant de voir leurs trajectoires de croissance diverger : le PIB réel de la Pologne a plus que doublé entre 1990 et 2010 – soit un résultat bien supérieur à la moyenne des pays à revenu intermédiaire qui se situe autour de 85 % -, tandis que le PIB bulgare n’a augmenté que de 52 % sur la même période. En Pologne, la lutte contre la corruption a progressé de 30 % entre 2000 et 2010 (période pour laquelle Transparency International dispose de données) alors que la situation est restée inchangée en Bulgarie. Ces deux expériences contrastées montrent bien que la transition vers un nouveau régime politique est une occasion, mais en aucun cas une garantie, d’améliorer les choses.

Bon nombre de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) se sont engagés dans une transition ayant pour objectif d’instaurer des gouvernements plus ouverts et plus responsables. Comme les Européens de l’Est et d’autres avant eux, ils vont se heurter à court terme aux difficultés liées à l’interruption de l’activité économique et à l’attentisme des investisseurs face à une situation incertaine. Les données issues de 47 expériences récentes de transition montrent que la croissance recule en moyenne de 3 à 4 points de pourcentage pendant cette phase. Mais, et c’est une bonne nouvelle, ce recul tend à être passager, le fléchissement ne durant qu’un an avant que l’économie ne renoue avec ses niveaux d’avant la transition, voire qu’elle ne les dépasse. Notre dernier rapport sur les perspectives de développement économique dans la région MENA table sur un repli de la croissance du même ordre par rapport aux prévisions antérieures dans le cas de l’Égypte et de la Tunisie, deux pays qui entament leur processus de transition. La progression du revenu devrait aussi régresser dans certains autres pays de la région confrontés à des troubles et des incertitudes persistants.

Dans ce contexte de baisse du niveau de revenu, la protection sociale revêt pour les populations pauvres une importance encore plus capitale. Les politiques sociales protègent les plus démunis tout en entretenant le soutien aux réformes. Ainsi en Pologne, les prestations sociales ont augmenté de 10 à 20 % du PIB pendant les quatre premières années de la transition. Comme le souligne le rapport, on retrouve aujourd’hui une pareille extension des mesures sociales dans les pays du Moyen-Orient : augmentation des transferts aux pauvres, lancement de chantiers publics intensifs en main-d’œuvre, développement des programmes de formation, réductions d’impôts… Mais, et c’est là un motif d’inquiétude, certaines de ces politiques risquent d’avoir un effet de distorsion. C’est le cas du gonflement de la fonction publique et des subventions massives à l’alimentation et à l’énergie, qui ne ciblent pas les plus démunis et seront à la fois coûteux et difficiles à démanteler, ou encore des augmentations de salaires dans le secteur public qui risquent d’aggraver le chômage. Si certaines de ces dispositions peuvent être souhaitables pour des raisons non économiques, il est probable que le fait d’affecter des fonds à des mesures ponctuelles et ciblées constitue un moyen plus efficace d’utiliser des ressources disponibles limitées. Par ailleurs, le risque de voir certains pays recourir à des mesures sociales pour retarder les réformes, au lieu de susciter un soutien en leur faveur, constitue une autre source de préoccupation.

Avec la flambée des prix des produits de base, les pays de la région MENA sont en outre confrontés à une difficulté supplémentaire. Là, les similitudes sont probablement davantage à rechercher du côté de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal, sortis de la dictature dans les années 1970. De fait, à l’instar des prix alimentaires cette année, le choc pétrolier de 1973 a été l’un des facteurs déclencheurs de la chute du régime en Grèce. Le cours élevé des produits de base réveille le risque d’inflation, tandis que la hausse du prix des denrées menace l’alimentation des familles pauvres. La région MENA est le premier importateur de blé au monde ; par ailleurs, si beaucoup de pays de la région, exportateurs de pétrole, profitent de la hausse des cours, ils sont nombreux aussi à devoir l’importer. Le rapport de la Banque mondiale discute aussi des implications de cette flambée des prix pour la région et présente une nouvelle série d’estimations mesurant le degré de répercussion de la hausse des cours alimentaires mondiaux sur les prix intérieurs de chaque pays.

Le message du rapport est globalement le suivant : si la transition soulève de sérieux défis à court terme, elle offre aussi une occasion exceptionnelle d’enclencher un processus de croissance plus inclusive. Si l’on se reporte aux pays ayant expérimenté par le passé des transitions politiques similaires, on observe qu’après une courte période de fléchissement, la croissance se ressaisit et la gouvernance s’améliore – à des exceptions près, comme le révèlent les exemples contrastés de la Bulgarie et de la Pologne. Certains pays iront plus vite que d’autres. Espérons que les pays de la région MENA sauront saisir cette occasion et en faire bon usage.

Source : Banque mondiale

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