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La surexploitation des ressources en eaux dans les milieux oasiens cas de l’oasis de Tighmert au Sud-Est de Guelmim

 

La surexploitation des ressources en eaux dans les milieux oasiens cas de l’oasis de Tighmert au Sud-Est de Guelmim

L’eau et sa gestion constitue le problème majeur qui conditionne l’avenir des oasis marocains, et ce indépendamment des aléas climatiques qui deviennent un problème structurel à défier. Ces zones abritent encore une proportion importante de la population au sud, sud-est et sud ouest du Maroc, et pratiquent des activités consommatrices de l’eau. En plus de l’activité agricole, les oasis se voient aujourd’hui développer d’autres activités, en l’occurrence le tourisme et les services socio-économiques de l’Etat. L’irrigation est un mode clé de mise en valeur pour les oasis. Le principe de base et l’idée de départ reposent sur la nécessité d’une gestion optimale des ressources en eau, devant le constat qui est celui de la baisse des disponibilités et le gâchis de l’eau par des techniques de prélèvement et d’irrigation.

Dans ces milieux oasiens où le contexte climatique et hydrologique est des plus sensibles, en raison des irrégularités de disponibilité en eau dans le temps et dans l’espace, la maîtrise de l’eau revêt un caractère vital.

Les ressources naturelles dans les oasis du Sud-Ouest du Maroc se trouvent aujourd’hui dans une phase de surexploitation des eaux souterraines. En effet, en plus de l’explosion démographique et la pression successive des activités économiques, les conditions climatiques et l’absence d’une stratégie de protection et de conservation des palmeraies ont engendré des dégradations sévères touchant en même temps les ressources en eau, le palmier et le paysage local.

Dans les oasis la surexploitation des ressources en eau pose aujourd’hui le problème de pérennité de ces ressources dans un contexte marqué par la rareté de cette ressource, la diminution des débits des eaux de surfaces liée aux aléas climatiques et aux prélèvements successifs. S’ajoutent également d’autres causes concernent l’introduction de nouvelles techniques telle l’exploitation par pompage qui entraîne de forts rabattements d’eaux souterraines surtout pour l’agriculture (par le biais des motopompes puissants). La découverte par les touristes et les étrangers du charme et du paysage authentique des oasis du sud marocaine, a participé à l’apparition de l’activité touristique dans ces régions. Dans les oasis de Guelmim, on assiste aujourd’hui, à un événement nouveau celui de l’arrivé des étrangers européens pour s’installer dans ces oasis. Les nouveaux arrivants préfèrent acheter des anciennes maisons chez les propriétaires locaux. Ces derniers choisissent, par la suite, de quitter les oasis pour vivre dans la ville.

Les oasis de la région de Guelmin sont, à l’instar de celles des autres régions, confrontées aujourd’hui à plusieurs crises, les menaçant jusque dans leur existence.

  •   La crise de l’eau, engendrée par les dégradations du climat, et le recours au pompage de la nappe, a comme conséquence l’épuisement de cette dernière et l’abandon de centaines d’hectares de palmeraie. ( 
  •   La crise du palmier, due au vieillissement des plants (à peine 40% d’arbres en âge de production) et à des conduites peu optimisées mène à des productions médiocres, gangrenées qui plus est par l’occurrence du Bayoud et de la Pyrale, la salinisation des sols, l’érosion sous sa forme éolienne (ensablement) et hydrique ainsi que la pollution.
  •   La crise agricole, initiée par le morcellement extrême des parcelles issues des partages de succession, se traduisant par une baisse continue de la SAU en termes de superficie et production, est aggravée par la densification humaine, de certaines oasis pouvant atteindre 700 habitants/km2. De plus, l’agriculture oasienne a récemment été réorientée vers de nouvelles productions qui se sont vite avérées faiblement rémunératrices et peu adaptées aux limitations d’eau.
  •   La crise sociale, avec la disparition du système basé jadis sur la gestion communautaire des ressources, la culture participative, la discipline et la solidarité, au profit de l’individualisme apporté par la modernité, le développement démographique brutal et l’émigration des forces vives ne s’inscrivant plus dans une dynamique de développement du patrimoine phœnicicole.
  •   La crise territoriale, où l’oasis abandonnée n’est plus en mesure d’assurer son rôle ancestral de préservation de richesses patrimoniales, matérielles et immatérielles d’un espace beaucoup plus grand que son périmètre géographique. Les oasis de Guelmim se voient aujourd’hui en plein mutations et transformations. Ces mutations risquent de provoquer des dysfonctionnements dans les systèmes socio-économique, écologique et territoriale que connaissent ces oasis. Quelques soient les causes et la nature de ces mutations, le problème qui se posera dans le future c’est le déficit hydrique dans ces zones. Ce déficit engendrera par la suite la disparition de cette organisation traditionnelle qui a toujours réussi à répartir l’utilisation de l’eau selon des droits et des coutumes.

D’où l’enjeu et le problème de satisfaire en même temps les demandes des nouveaux consommateurs dans un contexte marqué par l’aridité, la pénurie et la surexploitation des eaux souterraines. Et d’une autre part, la protection et la préservation du patrimoine oasien. La question de l’eau est centrale dans cette recherche car elle entraîne des effets territoriaux lourds ; elle remet même en cause l’existence de ces espaces. Les ressources en eau – l’ensemble des possibilités hydriques qui peuvent être mises en œuvre – sont limitées : la maîtrise et la valorisation de l’eau est un impératif. L’existence des palmeraies est conditionnée par la durabilité des sources d’eaux et du potentiel souterraine. Or le rythme et les modes d’exploitation (des eaux souterraines) actuel à l’intérieur et aux alentours des oasis risquent de compromettre la durabilité de ces sources. D’où la nécessité d’examiner et de diagnostiquer les mécanismes du schéma de distribution et d’exploitation de l’eau, en relevant ses faiblesses d’application et les limites auxquelles il conduit, à travers les formes et les modes d’utilisation ainsi que l’organisation ancienne et actuelle d’exploitation. Est-ce que l’exploitation actuelle des eaux souterraines dans les oasis engendrera t-elle des tensions et des conflits à venir relatifs à l’usage ? L’inadéquation grandissante entre les besoins en eau croissants et des ressources conventionnelles limitées sera t- elle génératrice de problèmes aggravés et de conflits d’usage que la gestion des eaux aura pour objectif de résoudre ?

Le bilan hydraulique réalisé à partir de l’étude « Actualisation de l’étude du Schéma d’Aménagement Intégré des Ressources en Eau du bassin de Guelmim » en octobre 2006, a montré que l’estimation de la recharge de la nappe de Guelmim fait apparaître un déséquilibre de la ressource du fait des prélèvements, très supérieurs à la recharge naturelle.

L’oasis de Tighmert relevant de la commune rurale d’Asrir aujourd’hui en pleines mutations. Ces mutations touchent à la fois l’espace, les ressources, la population et le patrimoine naturel et culturel. En plus de l’activité agricole, les oasis se voient aujourd’hui développer d’autres activités, en l’occurrence le tourisme et les services socio-économiques de l’Etat. En outre, les pratiques traditionnelles qui ont assuré la gestion de l’espace et des ressources dans ces oasis, se trouvent aujourd’hui menacées par ces mutations. L’irrigation est un mode clé de mise en valeur des oasis. Il y a aujourd’hui deux types d’irrigation. L’ancien mode traditionnel qui existe toujours. Ce mode basé essentiellement sur la gestion coutumière du droit à l’eau de l’irrigation. Ce mode d’irrigation avec tout le patrimoine et le savoir faire qui l’accompagne, se pratique seulement à l’intérieur des oasis. Le deuxième mode très récent, se base sur les nouvelles techniques de pompage des eaux souterraines.

Ces nouvelles pratiques s’exercent à l’intérieur et à l’extérieur des oasis. En effet sur les zones d’épandage on constate l’installation de nouvelles exploitations modernes utilisant des techniques d’irrigation de pompages et se spécialisant dans des cultures très consommatrices de l’eau. En effet, l’état des lieux actuel de ces oasis souffrent d’un ensemble de problèmes liés à la dégradation des ressources naturelles. Ces oasis exploitent essentiellement le potentiel des eaux souterraines conservées dans les couches géologiques depuis des millions d’années. La baisse des disponibilités se pose avec gravité et nécessite une meilleure efficacité des modes d’exploitation de l’eau.

Situées au Sud-Est de la ville de Guelmim (12 km). Ces oasis constituent un écosystème très diversifié dans une zone subaride. Elles se caractérisent par un étage arboricole dense constitué essentiellement par le palmier dattier qui offre un micro climat pour des cultures sous jacentes. Ces palmeraies continuent toujours d’exister grâce à une population qui n’a jamais cru à l’exode rurale et grâce également aux infrastructures importantes implantées par l’Etat durant les deux dernières décennies. Ces oasis bénéficient toujours d’un approvisionnement en eau appréciable, avec de nombreuses résurgences de nappe.

Selon le RGPH 2004, la population de la commune d’Asrir s’élève à plus de 3715 habitants. Seule la palmeraie de Tighmerte constitue les 2/3 de la commune. Le taux d’activité dans cette commune rurale est de 27,7 % (la moyenne nationale est de 35.9%) et le taux d’analphabétisme est de 41.7% (la moyenne nationale est de 43.0%). Les palmeraies sont sous forme d’une bande continue du nord vers le sud, qui longe le cours d’eau essentiel dans cette zone à savoir oued Ouarguenoun. Les palmeraies se trouvent dans la vallée de Seyad-Noun, entre le Jbel-Bani Guir, Taissa, Massif géorgien et précambrien sous forme d’une feija externe large de 5Kms en moyenne.

La palmeraie est constituée d’un ensemble de douars continu dans l’espace, mais divisés en groupes ethniques basés essentiellement sur l’appartenance de tel ou tel fils du fondateur (l’ancêtre) qui s’est sédentarisé dans la zone et qui fait partie de la grande tribu dans la région Azouafid. Les principaux douars qui constituent cette palmeraie en suivant le cours d’eau de l’amont vers l’aval sont : AIT BAKKOU, TAOURIRT, AIT MASSOUD, AIT MHAMD, AIT AL KHANOUSS et ASRIR.

Ces oasis offrent un environnement de grande qualité, elles connaissent une fréquentation importante des touristes.

En effet, ces oasis existent parce qu’il y est des sources d’eaux anciennes qui continuent à alimenter ces oasis en eau. L’utilisation des eaux des sources se fait de manière quasi-systématique selon les règles coutumières établies entre les différents douars.

Les oasis font partie d’une zone aride caractérisée par une pénurie de précipitations et la dominance pendant une longue période de l’année des vents de Chergui (secs) qui soufflent et détruisent toute forme de culture de bour.

A l’intérieur des palmeraies, se développe une activité agricole vivrière (fourragère et maraîchère), qui bénéfice de l’étage arboricole des palmiers dattiers offrant ainsi un micro climat propice. Et en dehors des palmeraies des fermes qui utilisent des techniques de pompages d’eau se multiplient depuis plus d’une dizaine d’années. Ces fermes installées sur des anciens terrains de bours délaissés par les propriétaires locaux suite à la sécheresse, constituent aujourd’hui une activité principale de l’agriculture.

Ainsi, les nouveaux fermiers trouvent des terrains à louer facilement et des ressources en eau souterraines (nappe phréatique très riche difficile à renouveler.) Le rythme d’exploitation, les techniques utilisées en irrigation et la succession des années de sécheresse posent le problème de la durabilité des ressources en eau souterraines dans cette zone et qui conditionnent l’existence même des oasis. Carte Situation des palmeraies par rapport au centre urbain de Guelmim

Ces fermes, dont les propriétaires sont principalement des agriculteurs originaires de Sous Massa, ont été obligé de quitter leurs propres exploitations suite aux chutes successives du niveau piézométrique de la nappe de Souss Massa.

L’exploitation de ces terres aurait – certes -effectivement des conséquences positives sur l’économie locale surtout par les produits agricoles de haute qualité (Maraîchères, Melon, pastèque etc..).

Le recours libre à l’exploitation des eaux souterraines par le pompage dans les oasis, pose le problème de la durabilité des sources traditionnelles qui alimentent ces oasis. Généralement situées dans des zones à climat aride, où la ressource en eau alternative fait défaut, les eaux fossiles ne doivent, par exemple, être utilisées que pour l’approvisionnement en eau potable ou la persistance de l’écosystème locale. Or, l’exploitation massive de ces eaux non renouvelables, « eaux fossiles », constituées par des eaux d’infiltration très anciennes sous des conditions climatiques et morphologiques différentes des conditions actuelles, risque de mettre en cause l’existence de ces sources locales.

Les palmeraies en question se trouvent d’ores est déjà menacées par la disparition des sources qui constituent le facteur principal de la sédentarisation de la population dans cette zone. La disparition de celle-ci engendrera d’autres problèmes d’ordre écologique, sociologique et économique. La diminution des apports et débits des sources engendrera t-elle des conflits relatifs au droit à l’eau entre les douars et les nouveaux utilisateurs ?.

auteur : Kharbouchi Ali (Géographe chercheur )

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