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LA QUESTION DE L’ENVIRONNEMENT AU SEIN DU SYSTEME EDUCATIF MAROCAIN

 

La question de l’environnement au sein du système éducatif marocain est le thème sur lequel porte ma recherche dans le cadre d’un mémoire de fin d’études de master en droit public, soutenu publiquement le 14/09/2012 au siège de la Faculté de Droit de Meknès et dont la présente contribution en constitue le résumé.

En effet, ce travail s’inscrit dans un double contexte. D’abord sur le plan international, la communauté internationale a fini par avoir la conviction que parmi les solutions potentielles de la crise écologique qui envahit le monde d’aujourd’hui, figure l’éducation relative à l’environnement en tant que processus capable d’inculquer aux jeunes un nouveau mode de vie compatible avec la protection et la valorisation de l’environnement.

Ensuite, sur le plan national, le Maroc, depuis la conférence de Stockholm en 1972, n’a pas raté aucun sommet ou conférence sur l’environnement et le développement durable et a en ratifié toutes les déclarations. Comme de nombreuses mesures depuis cette date ont vu le jour dans le cadre d’une stratégie nationale composée des cinq axes suivants:

1.     La mise en place d’une banque de données dynamique permettant l’observation de l’environnement à l’échelle du pays.

2.     Le renforcement du cadre juridique et institutionnel, afin d’assurer l’efficacité de la politique nationale en matière de l’environnement.

3.     La mise en place des mesures incitatives et financières basées sur un partenariat participatif.

4.     La promotion de la sensibilisation et de l’éducation afin d’assoir une éthique environnementale au niveau de toutes les composantes de la société civile.

5.     Le renforcement de la coopération bilatérale et multilatérale en matière d’environnement afin d’assurer un transfert du savoir-faire et de concrétiser les engagements du Maroc à l’échelle international.

D’autres événements caractérisent le contexte national; c’est le cas de la constitutionnalisation, pour la première fois au Maroc, de l’environnement. Désormais le droit à un environnement saint est protégé par la constitution de 2011 et l’adoption de la charte nationale de l’environnement et du développement durable. Egalement le Maroc se prépare pour organiser le 5ème forum planèt’ERE et le 7ème congrès mondial de l’éducation relative à l’environnement, qui auront lieu tout les deux à Marrakech respectivement    du 2 au 9 juin et du 9 au 14 juin de l’année en cours. Sans oublier bien sûr le progrès qu’il réalise en matière de l’économie verte.

La réalisation de ce travail est basée sur une expérience de nombreuses années  de travail en tant qu’éducateur, les résultats d’observation empirique accumulés après une enquête auprès d’un échantillon du capital humain du milieu scolaire soit 100 directeurs, 300 enseignants et 400 apprenants, des visites que j’ai effectuées à un nombre d’écoles urbaines et rurales. Cette enquête consistait à poser à ces acteurs un certain nombre de questions dont les réponses m’ont permis de comprendre comment ils conçoivent le concept de l’environnement dans leur représentations et de cerner la quasi-totalité des obstacles entravant la prolifération d’une conscience écologique dans l’école en particulier et la société marocaine en général. Le présent travail est basé également sur la lecture des documents pédagogiques officiels notamment la charte nationale de l’éducation et de la formation (CNEF), le livre blanc, un nombre important de circulaires et directives se rapportant à l’éducation relative à l’environnement et plus particulièrement la lecture de tous les programmes scolaires proposés verticalement horizontalement à tous les niveaux scolaires et sur les données d’études, les résultats de conférences ou de colloques internationaux et les productions de l’UNESCO, du PNUE et d’autres spécialistes en la matière.

 Partant de ce contexte, l’objectif de cette recherche s’articule autour de la volonté de comprendre quelle place est accordée à l’éducation relative à l’environnement au sein du système éducatif marocain (SEM)? Et comment la question de l’environnement est introduite quantitativement et qualitativement, au sein des curricula, après la nouvelle réforme de l’an 2000 ? Et selon quelle stratégie l’école marocaine contribue à la prolifération d’une conscience écologique, chez l’enfant, l’homme de demain, basée sur le respect de l’environnement, le partage équitable et l’utilisation responsable des ressources naturelles ? Comme elle vise à proposer quelques suggestions dans le but de dépasser les freins entravant le développement de cette dimension essentielle de l’éducation fondamentale, érigée en en crédo ailleurs, dans notre système éducatif notamment formel. 

Ainsi, dans une première partie la présente recherche dresse un état des lieux de l’éducation relative à l’environnement en particulier et de l’environnement en général dans le système éducatif marocain, selon une approche descendante partant des politiques décrites par les responsables  passant par les curricula et arrivant au milieu scolaire.

La deuxième partie est consacrée à la discussion des résultats accumulés lors de la première partie et à l’évaluation de l’efficacité de l’éducation relative à l’environnement dans le système éducatif marocain tel qu’elle est introduite dans celui-ci, tout en proposant quelques suggestions pour faire face au freins qui entravent son développement dans l’école marocaine et dans le but de faire de celle-ci une locomotive du développement durable.

Ainsi, au cours de cette recherche j’ai pu constater que nul ne peut nier l’existence de l’éducation relative à l’environnement dans le système éducatif marocain et l’ensemble d’actions et  programmes lancés par le ministère suite à son initiative soit dans un cadre partenarial avec d’autres acteurs  et le contenu des programmes scolaires des matières (contenus ou outils) en est la preuve, et que son développement peut solidement profiter de certains atouts dont dispose notre pays : richesse écologique, intervenants multiples, personnel et population cible motivés de s’engager en éducation relative à l’environnement, enracinement de la protection et le respect de l’environnement dans les enseignements religieux et culturels de la société marocaine.

Cependant, l’enquête et les visites ont révélé que le système éducatif marocain souffre de beaucoup d’insuffisances. D’abord, au niveau du discours officiel, il importe de signaler que l’introduction de l’éducation relative à l’environnement dans notre système éducative est l’apanage des circulaires et des directives comme elle dépende entièrement de la volonté des éducateurs. Au moment où ce même concept est entièrement absent dans le texte de la charte nationale pour l’éducation et la formation, alors que le concept de l’environnement n’est y dit qu’une seule fois tout en faisant allusion à l’entourage socioéconomique de l’école et non à l’environnement objet de ce travail.

Ensuit, au niveau du milieu scolaire. Rappelons que celui-ci est un système complexe où cohabitent l’institutionnel, l’humain et le curriculaire.

Ainsi,

·        Sur le plan institutionnel, incarné par l’institution scolaire, les disparités entre l’école urbaine et l’école rurale sont flagrantes notamment au niveau des infrastructures, des équipements, des moyens pédagogiques…Ce qui laisse dire que les écoles marocaines ne sont pas toutes écologiques et que certaines écoles rurales n’ont de l’école que le nom.

·        Sur le plan humain, représenté par le personnel et les apprenants, l’enquête a révélé l’existence d’un manque flagrant de formation et d’information en matière de l’environnement comme on a pu constater qu’il y a chez les acteurs du milieu scolaire une confusion entre environnement et nature. Néanmoins, nombreux sont les éducateurs et les apprenants qui ont exprimé leur volonté de s’engager dans le domaine de l’éducation relative à l’environnement.

·        Sur le plan curriculaire, rappelons que le Maroc a opté pour l’approche du manuel régional. Da ce fait, pour chaque matière, les responsables locaux peuvent choisir un manuel parmi au moins quatre titres. La méthodologie de ce travail consiste à choisir aléatoirement un titre par matière. Ainsi la lecture verticale et horizontale des manuels scolaires a montré que ces derniers sont effectivement porteurs d’éducation relative à l’environnement. Cependant, les thèmes écologiques sont y distribués d’une manière inappropriée engendrant d’une part leur cloisonnement du fait qu’il n’y a pas de connexion ou de complémentarité verticales et horizontales entre les matières et d’autre part les redondances dans la mesure où certains thèmes ont eu de la chance pour être traité plusieurs fois, en passant d’un niveau à l’autre et même dans le même niveau, que d’autres.

 La lecture de ces manuels a montré en outre que les thèmes écologiques sont y introduits selon une approche encyclopédique passive considérant l’apprenant une entité incapable de produire ou de participer à la production de la connaissance.     

La vérification de l’efficacité de l’éducation relative à l’environnement dans notre système éducatif se heurte au manque d’un système d’indicateurs d’évaluation scientifiquement établi. De ce fait cette opération dans ce travail se base entièrement sur les résultats de l’observation empirique accumulés lors de l’enquête, des visites des institutions scolaires et de la lecture des documents pédagogiques officiels.

Ainsi, on peut dire que si l’éducation relative à l’environnement tel qu’elle est conçue universellement cherche la réalisation de cinq objectifs, allant de la simple prise de conscience passant par la connaissance, l’état de l’esprit et la compétence arrivant à la stimulation chez l’apprenant la volonté de participer à la résolution de la crise écologique, la manière dont elle est introduite dans le système éducatif marocain ne permet que la simple sensibilisation des élèves à un certain nombre de thèmes environnementaux sans être capable de les emmener à changer leurs comportements et les styles de vie vers un nouveau mode compatible avec la préservation et la protection de l’environnement.

Cette déficience est le résultat logique d’un manque de volonté chez les décideurs au sommet de notre système éducatif pour institutionnaliser cette dimension éducationnelle via une stratégie impliquant tous les acteurs, d’un cloisonnement des programmes scolaires, d’un manque de personnel formé et informé en la matière et d’écoles écologiques au vrai sens du mot…

Pour combler ces lacunes et en vue de développer l’éducation relative à l’environnement dans l’école marocaine je clos cette recherche par la proposition de quelques pistes. En effet, au niveau de l’action ministérielle je propose de mettre en œuvre une stratégie d’intégration  à l’instar d’autres pays comme la France par exemple en commençant par  l’introduction de l’éducation relative à l’environnement dans les cursus des formations, initiale et continue, des enseignants , de remanier les curricula à la lumière des exigences de l’éducation relative à l’environnement notamment la réalisation de ses objectifs, d’opter pour des méthodologies actives centrées sur l’apprenant, de renforcer la complémentarité entre les programmes afin de les décloisonner, de s’ouvrir sur l’université en encourageant la recherche académique en la matière.

Quant au milieu scolaire, je propose de commencer par  remettre à niveau, environnementalement parlant, l’école marocaine, notamment rurale, et d’encourager l’action dans le cadre de réseaux et le partenariat entre l’école et les autres acteurs de l’éducation relative à l’environnement dans la mesure où c’est le partenariat qui permet le mieux au milieu scolaire de s’ouvrir sur son environnement et de créer la société éducative.