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La démarche de l’ “Agenda 21 Local”

 

Introduction

I – Objectifs et essai de définition

II – Consistance

III – Conditions de lancement du processus et l’espace à couvrir

Conclusion

Auteur : Lhou Baouan

Vers les années soixante-dix et sous la pression de nombreux problèmes écologiques, les questions de la préservation de l’environnement de la planète se sont posées avec plus d’acuité. Depuis, les contacts, les réunions et les négociations se sont succédés sur la scène internationale pour trouver certaines solutions. Le processus ainsi déclenché, a conduit à l’organisation du sommet de Rio de Janero, à l’adoption de l’Agenda 21 (programme international d’action pour le vingt et unième siècle) et au lancement de plusieurs travaux mondiaux visant la résolution de nombreux problèmes de l’environnement global.

Introduction

Vers les années soixante-dix et sous la pression de nombreux problèmes écologiques, les questions de la préservation de l’environnement de la planète se sont posées avec plus d’acuité. Depuis, les contacts, les réunions et les négociations se sont succédés sur la scène internationale pour trouver certaines solutions. Le processus ainsi déclenché, a conduit à l’organisation du sommet de Rio de Janero, à l’adoption de l’Agenda 21 (programme international d’action pour le vingt et unième siècle) et au lancement de plusieurs travaux mondiaux visant la résolution de nombreux problèmes de l’environnement global.

Au niveau local, il est à signaler que l’Agenda 21 de Rio a expressement invité toutes les municipalités à rédiger et à mettre en œuvre des Agendas 21 Locaux. Ainsi, dans son chapitre 28, il a été précisé qu’ “il faudrait que toutes les collectivités locales instaurent un dialogue avec les habitants, les organisations locales et les entreprises privées afin d’adopter un programme Action 21 à l’échelon de la collectivité…”. Suite à cet appel, plusieurs collectivités locales à travers le monde notamment dans les pays développés ont lancé des processus propres pour le développement local durable (DLD).

Pour ce qui est de notre pays, paradoxalement au moment où l’actuelle charte prévoit dans ses articles 41 et 42 des initiatives identiques, il est à regretter que l’approche Agenda 21 Local soit presque inconnue. Ainsi, à part quelques initiatives lancées dans le cadre de la coopération internationale, on note la rareté des projets s’inscrivant dans cette logique. L’un des exemples les plus connus, est celui de l’Agenda 21 d’Essaouira initié par la coopération belge et qui a pu mobiliser les acteurs locaux pendant quelques années. D’autres projets sont actuellement financés par le PNUD notamment dans la région Sud du pays et les résultats seront bientôt connus.

I – Objectifs et essai de définition

L’objectif principal du processus “Agenda 21 Local” est la localisation du développement durable à travers l’amélioration de la qualité et du cadre de vie de la population et la mise en oeuvre de solutions adaptées et alternatives pour le DLD. La démarche consisterait à la reproduction au niveau local d’un processus semblable à celui qui a aboutit au sommet de Rio et aux initiatives qui l’ont suivi au niveau international.

A cet effet, il s’agit de lancer un processus participatif permettant aux acteurs d’un territoire non seulement de définir leurs propres objectifs, de concevoir une stratégie d’action pour le 21éme siècle, de prendre toutes les mesures nécessaires pour le DLD mais également de leur assurer la mise en œuvre progressive dans un cadre partenarial, consensuel et participatif.

L’Agenda 21 Local vise donc la mise en place d’une vision prospective, globale, intégrée et intersectorielle de la commune. C’est dans ce sens qu’il a pour ambition la prise en compte de la dimension environnementale dans toutes les actions locales, la mobilisation de tous les acteurs locaux concernés et le renforcement de leurs capacités et l’intégration des composantes économiques et sociales visant la lutte contre l’exclusion, la marginalisation et la pauvreté. C’est d’ailleurs dans ce cadre que cette approche rejoint l’INDH.

II – Consistance

En principe il revient aux acteurs de chaque collectivité locale le soin de déterminer le contenu de son propre projet du DLD, les Agendas 21 Locaux sont généralement basés sur les axes suivants :

  La connaissance de la situation environnementale de la commune en réalisant un diagnostic détaillé, tenant compte des forces et faiblesses du territoire, 

  La planification des actions et initiatives, la définition des choix et l’établissement des priorités, 

  La mise en œuvre des actions du DLD notamment les plus prioritaires. Les solutions à préconiser doivent être moins coûteuses et adaptées au contexte local et ayant un caractère novateur, simple et démonstratif. Les actions doivent couvrir l’ensemble des aspects du développement durable tout en les axant sur la maximisation de leurs retombées économiques, sociales et de leurs effets démonstratifs.

Pour ce qui est de notre pays et étant donné les lacunes constatées au niveau de la gestion de l’environnement au niveau local, en plus des composantes citées ci-dessus, il est recommandé de recourir et selon les communes, au moins aux opérations suivantes :

  • 1. La Mobilisation des acteurs locaux

Il est nécessaire d’impliquer et de mobiliser le maximum possible d’acteurs locaux (autorités locales, élus, services extérieurs, régies et agences publiques, ONGs et toutes les forces vives de la commune) pour adhérer au processus. Il est aussi important de mobiliser tous les moyens possibles pour faire aboutir les initiatives y compris la promotion des chantiers de volontariat, la mobilisation du mouvement associatif, professionnel et syndical.

  • 2. L’amélioration de la gouvernance

Si la mise en œuvre d’un agenda 21 local est en elle-même une initiative de bonne gouvernance, le processus devrait introduire des novations et des modifications pour assurer une meilleure gestion du territoire concerné. La bonne gouvernance invite à la mise en place d’un nouvel art de gestion, à trouver de nouvelles façons de fonctionner en relation avec tous les autres acteurs, à inventer de nouveaux partenariats et à apporter des changements organisationnels, procédurales et institutionnels. Elle permet aussi une nouvelle manière de poser les questions, de réfléchir, de proposer et de décider.

  • 3. Le renforcement des capacités

Il a été constaté qu’au Maroc la défaillance dans ce domaine constitue un grand obstacle à une gestion efficace et durable des services locaux. Il consiste à augmenter les compétences, à améliorer les connaissances et les capacités de gestion de l’environnement et la prise en compte des principes du DLD par l’ensemble des acteurs locaux.

Il est à noter que la formation, la sensibilisation et l’information sont déterminantes dans le renforcement des capacités locales en matière de gestion de l’environnement. C’est pourquoi le processus doit être une occasion pour procéder au lancement d’activités dans ces domaines à l’intention de tous les groupes de la communauté locale.

  • III – Conditions de lancement du processus et l’espace à couvrir

Tout d’abord le processus doit être adapté aux spécificités culturelles, historiques, institutionnelles, économiques, écologiques du pays et de la collectivité locale concernée.

Au Maroc, si les autorités locales devraient lancer, coordonner et piloter le processus, l’absence jusqu’à présent d’initiatives émanant des collectivités locales, milite pour une action de mobilisation et d’encouragement émanant du niveau central. Les services centraux concernés doivent donc entreprendre toutes les démarches nécessaires pour encourager les collectivités locales à recourir à cet outil de gestion et de management durable.

Le Département chargé de l’Environnement, la Direction Générale des Collectivités Locales et le Ministère délégué auprès du Premier Ministre chargé du Logement et de l’Urbanisme qui sont les services les plus concernés par cette question devraient insuffler le dynamisme nécessaire aux autres acteurs nationaux et locaux afin de diffuser cette approche, concevoir un cadre national pour la mise en œuvre des démarches agendas 21 locaux et capitaliser les expériences au niveau international.

Au niveau des communes qui se lancent dans le processus, tous les acteurs de la collectivité doivent être impliqués dans le processus dès son lancement et le long de ses différentes étapes. Ces derniers doivent s’engager préalablement à assumer leur part de responsabilité en apportant les modifications nécessaires à leurs programmes et en mobilisant leurs ressources propres pour participer au processus. La recherche du soutien en dehors de la collectivité est nécessaire pour appuyer une éventuelle multiplication des initiatives.

Sur un autre plan, le lancement d’un Agenda 21 Local impose l’élaboration d’une plate forme évolutive comportant l’approche et la méthodologie à adopter, un planning des activités et travaux et des structures de mise en œuvre pilotées par un médiateur professionnel.

Pour ce qui est de l’espace à couvrir, logiquement, tout espace de vie peut être l’objet d’un processus agenda 21. Toutefois, il faut recourir à un territoire adéquat, combinant la prise en compte des logiques environnementales avec les limites territoriales de la prise de décision, afin d’optimiser les résultats et les impacts positifs du processus. Aussi, pour le cas marocain, on peut concevoir des agendas 21 locaux pour le niveau régional et provincial et principalement pour l’échelon communal.

Conclusion

Tout processus Agenda 21 Local doit aboutir à la mise en place de conditions nécessaires au DLD, à la pérennité de l’intégration de l’environnement dans toutes les actions locales et à la mise en place de structures veillant sur le DLD de la localité. Le lancement des Agendas 21 Locaux, doit permettre le renforcement des efforts en cours en matière du développement local, de la décentralisation et de la déconcentration.

Il est à noter que l’élaboration de documents en couleur sous l’intitulé “Agenda 21 Local” ne constituent pas vraiment un Agenda 21 Local. La réussite d’un projet de ce type se mesure par un ensemble d’indicateurs de performance notamment la dimension de la contribution des principaux intervenants surtout les décideurs à toutes les étapes du processus, l’importance des réalisations effectuées, l’ampleur des améliorations environnementales accomplies et des répercussions directes sur la qualité de vie, la consolidation des performances environnementales et le développement des compétences nécessaires à la gestion de l’environnement.

Il est à noter que l’approche agenda 21 s’avère d’une grande utilité pour l’INDH, dans la mesure où elle va permettre le lancement d’un dialogue systématique entre les différents intervenants permettant ainsi la mise en œuvre des principes de la participation, de la consultation, de la concertation, de la sensibilisation. Dans ce sens, la mise œuvre de tout agenda 21 local doit nécessairement comporter une composante INDH et les communes bénéficiaires de cette initiative doivent intégrer un volet DLD.

Lhou Baouan : Président de l’Association Marocaine des Aménagistes Urbanistes. 

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