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Kyoto, peut-il endiguer le réchauffement climatique ?

  • 1.La crise de l’environnement : le réchauffement climatique
  • 2.Le protocole de Kyoto : aperçu historique
  • 3.La position nord-américaine
  • Conclusion
  • Par : Mohamed Nabil * 
  • Journaliste au Canada

 

La question environnementale occupe actuellement une place centrale dans les débats internationaux. Elle interpelle le plus les États et leur sécurité. Dans ce contexte, le réchauffement climatique par son ampleur et sa complexité, pose plusieurs points d’interrogation sur l’avenir de notre planète. Généralement, la protection de l’environnement est devenue un objectif apparemment partagé par l’ensemble de l’humanité. Ce travail vise à exploiter la position nord-américaine par rapport au protocole de Kyoto.

1.La crise de l’environnement : le réchauffement climatique

   La crise de l’environnement se manifeste sous plusieurs angles. Selon un rapport réalisé par 1100 scientifiques, dans trente ans, « 70% de la nature aura été détruite, un grand nombre d’espèces auront disparus et l’organisation sociale ne sera effondrée dans de nombreux pays du monde ». Les problèmes de réchauffement climatiques ont touché notre planète. Si cette dernière n’avait pas d’atmosphère, la température moyenne à la surface serait proche de -18 Cº. La majeure partie de l’énergie que nous recevons de soleil serait immédiatement renvoyée dans l’espace. En réalité, la température moyenne à la surface du globe est d’environ 15 Cº. Notre terre subit plusieurs variations de température durant sans existence. « Les changements climatiques sont un phénomène naturel et la terre a connu plusieurs périodes de réchauffement et de refroidissement depuis sa formation. Au cours des 800 000 dernières années, il semble que les températures extrêmes basses se soient produites à des intervalles d’environ 100 000 ans. (…) Actuellement, nous nous trouvons dans une période interglaciaire ».

Face à cette crise, les scientifiques ont essayé de formuler des théories pour expliquer les changements climatiques. Ils ont découvert que le réchauffement planétaire « pourrait être causé par des concentrations trop élevées de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ». Il est donc important de s’intéresser à ce problème et de se préparer aux différentes éventualités qui peuvent en découler.

2.Le protocole de Kyoto : aperçu historique

  •    Avant de parler du protocole de Kyoto, il faut mentionner quelques jalons historiques. Premièrement, Maurice Strong, fondateur du PNUE (Programme des États-Unis en environnement), qui était derrière les conférences de Stockholm et de Rio, déclare que « Stockholm était le premier à tenir compte des environnementalistes dont les politiques internes. La capacité des environnementalistes d’éveiller l’opinion publique leur donnait ensuite un rôle permanent dans la prise de décision ».
  •   En décembre 1997, 160 pays se sont réunis au Kyoto au Japon pour discuter des mesures pour faire face au réchauffement planétaire et pour signer le protocole sous l’égide de l’ONU. Contrairement à la Convention de Rio, « le protocole de Kyoto prévoit aussi des sanctions pour les États qui ne respectaient pas les dispositions de l’accord. Cependant, le texte ne précise pas les contraintes qui pourraient être imposées dans ce cas ».
  •   Deuxièmement, le protocole s’inscrit selon son deuxième article « dans le prolongement de la Convention de Rio – aussi appelée Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) – de 1992, qui avait pour but de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique ».
  •   Il est important de souligner l’attitude des États-Unis, qui représentent le plus grand producteur d’émission de gaz à effet de serre dans le monde et qui tiennent à leur « droit de polluer » en refusant de ratifier le protocole de Kyoto jugé opposé à la politique économique américaine.

3.La position nord-américaine

a)Le Canada

  •   La discussion de la position canadienne envers le protocole de Kyoto doit tenir compte à la relation canado-américaine. Plusieurs critiques et analystes considèrent les deux pays semblables malgré le développement de leurs institutions politiques qui demeurent différentes. En dépit de cette différence, le gouvernement canadien n’a pas démontré de volonté réelle dans le dossier des changements climatiques. Le Canada s’est plutôt aligné sur la position américaine. Dans ce contexte, il faut citer un geste parfaitement dépourvu d’élégance : « Certains premier ministres des provinces canadiennes anglaises ont profité d’un voyage de Monsieur Chrétien à Moscou, pour l’insister publiquement à abandonner le protocole de Kyoto, comme façon de rappeler lourdement aux interlocuteurs russes que le Canada demeure en toutes choses lié aux Etats-Unis, on pouvait difficilement faire pire ».
  •   Par contre, il ne faut nier le rôle du premier plan que le Canada a joué lors du Sommet de Rio 1992, notamment dans l’adoption de la Convention sur la diversité biologique. L’action canadienne internationale correspondait à une volonté marquée de placer les questions d’environnement en tête de l’ordre du jour politique nationale.
  •   En bref, la position canadienne sur le plan de la politique internationale pour protéger l’environnement est liée aux enjeux au niveau du Canada entre les provinces canadiennes, et plus particulièrement les provinces productives de gaz et de pétrole, comme l’Alberta, ou celles qui ont une part importante des industries manufacturières canadiennes, comme l’Ontario. En termes absolus, ce sont l’Alberta et l’Ontario, qui émettent le plus de gaz à effet de serre .
  •   On peut conclure que l’image environnementale canadienne est marquée par la lenteur et l’hésitation du gouvernement fédéral canadien pour adopter des politiques internes énergiques, et par ses récentes positions internationales dans le domaine des changements climatiques. Les enjeux et les problèmes nationaux compliquent la politique canadienne envers la crise du réchauffement climatique dans le monde.

b)Les Etats-Unis

  •   Nul ne peut nier la condamnation de la part de plusieurs observateurs et dirigeants politiques contre l’attitude des Etats-Unis sur le protocole de Kyoto. Sous la présidence de Bill Clinton, les Etats-Unis se sont engagés à signer le protocole, mais le Sénat s’y est opposé. « Avant de ratifier le protocole, le Sénat voulait avoir l’assurance que les engagements de réduction pouvait être tenus en recourrant sans limitation au mécanisme du marché et exigeait que les grands pays en développement comme l’Inde et la Chine s’engagent eux aussi à limiter leur émission ».
  •   La vraie question de l’avenir de la politique environnementale des Etats-Unis ne se pose donc pas qu’en termes politiques : elle se pose également en termes sociaux et culturels. La transition vers une politique écologique forte ne peut se faire sans une pression massive de la société civile américaine. La seule certitude que l’on puisse avancer, c’est qu’une évolution du rêve américain, et donc des politiques environnementales américaines, suppose un processus d’apprentissage de l’opinion publique. Dans ce sens, il faut tenir compte des dimensions objectives et subjectives, qui poussent le régime américain d’être opposé au protocole de Kyoto. Il y a plusieurs facteurs économiques, aux types de régime de politique publique, aux infrastructures et aux modes de vie. La position américaine est marquée par trois dimensions. Premièrement, la dimension de théorie des organisations qui confirme que les États-Unis ne peuvent mettre en œuvres des mesures fortes de réduction de G.E.S., car leur investissement dans un mode de vie très consommateur d’énergie, tant du point de vue des infrastructures physiques que culturelles, est devenu à toutes fins pratiques impossible à changer .
  •   La deuxième dimension est stratégique. Elle est liée à l’utilisation américaine d’énergie dans le monde. On sait que le continent américain utilise « deux fois plus d’énergie que l’Europe occidentale pour un niveau de vie comparable. On sait aussi que l’économie américaine utilise un peu plus d’énergie pour chaque unité de P.I.B. que plusieurs de ces concurrents industriels ». Il faut ajouter que les institutions politiques américaines favorisent la position américaine. « La forte séparation des pouvoirs entre les pouvoirs législatifs et exécutifs, voulue par les rédacteurs de la Constitution, empêche le législatif de déléguer une importante marge discrétionnaire au pouvoir exécutif ».
  •   Enfin, il y a la dimension des valeurs, des modes de vie et de la culture. Dans cet aspect, les autorités américaines refusent de mettre en question « le mode de vie américain, qui se profile de la forte utilisation de l’automobile. Selon les calculs officiels, le transport serait responsable d’environ 25% de la production de gaz à effet de serre, mais selon certains analystes, comme Luc Gagnon, cette proportion est très sous-estimée puisqu’elle ne compte pas les nombreuses dépenses énergétiques liées d’une façon ou d’une autre à l’automobile, à sa construction, et surtout aux dépenses énergétiques très fortes de la vie de banlieue, elle-même encouragée par l’automobile ».
  •   Actuellement, l’administration Bush a dénaturé les démarches scientifiques et déformé ou supprimé des conclusions scientifiques. Les Américains appliquent une logique qui reste incompréhensible : « Ils sont les plus grands émetteurs de G.E.S. du monde (20 tonnes de CO2 par habitant, par an, contre 10 tonnes par Allemand et 2,3 tonnes par Chinois) ». Les Américains font davantage preuve d’efficacité énergétique que les autres pays. Selon les statistiques de l’Agence internationale de l’énergie, « l’Américain émet 0,77 tonne de CO2 pour 90 dollars de PNB, alors qu’un Chinois en émet 3,54 tonnes pour le même montant. Autrement dit, les Américains font valoir que c’est l’inefficacité énergétique de certains pays qui met en péril l’atmosphère de la Terre, et non leur propre mode de vie ».
  •   Enfin, le débat sur le rejet de Kyoto par la nouvelle administration américaine démontre la dominance des normes en émergence sur les règles formelles du droit. Le simple fait d’avoir signé le protocole devant l’opinion publique internationale confirme que l’état de l’environnement dans le monde est catastrophique et que la majorité des États sont contre l’attitude américaine qui reste menaçante pour la survie des êtres humains.

Conclusion

  •    En somme, la position canadienne est liée aux Etats-Unis, si on prend en considération l’intégration commerciale entre les deux pays. Le sort du protocole de Kyoto demeure dépendant de la recherche scientifique, la société civile et des grandes puissances, comme l’Union européenne. Ce protocole « a été finalement sauvé lors de la conférence qui s’est tenue à Bonn du 16 au 27 juillet 2001, en dépit du retrait américain, et au grand contentement des défenseurs de l’environnement ». L’espèce humaine est en danger. De nombreuses personnalités cherchaient à faire prendre conscience, dans une déclaration présentée vendredi, 7 mai dernier à l’Unesco, sur des risques que font courir à l’espèce humaine. « Le cri d’alarme est lancé par des scientifiques aussi prestigieux que Jean Bernard, Jean-Pierre Changeux, Jean Dausset, François Jacob ou Luc Montagnier » . Malgré le bilan obscur de l’état de notre planète, l’esprit d’espoir demeure omniprésent. Maurice Strong considère que « Life without hope is a living death ». Bibliographie :

BROWN Paul, « 70% de la nature détruite en 2033. » , consulté le 18 mai 2004. 

RADIO CANADA, « Qu’est-ce que le réchauffement planétaire ? », consulté le 18 mai 2004. Ibid 

STRONG Maurice, « Where on earth are We Going ? », Toronto, Alfred A. Knopf, 2000, p. 132. 

RADIO CANADA, « Protocole de Kyoto 1997. », consulté le 18 mai 2004. 

BONIFACE Pascal, « Les guerres de demain. » Éditions du Seuil, Paris, 2001, p. 112. 

LAPLANTE Laurent, « Le Canada face au double défi de Kyoto. », consulté le 18 mai 2004. RADIO CANADA, « Protocole de Kyoto 1997. », Ibid, p. 215. 

L’Opinion , 25 mai 2004, Rabat, Maroc. STRONG Maurice, « Where on earth are We Going ? », Toronto, Alfred A. Knopf, 2000, p. 7.