Accueil / Non classé / Journée mondiale Alzheimer : Lundi 21 Septembre

Journée mondiale Alzheimer : Lundi 21 Septembre

 

Auteur : Pr. HABIL Aliouhammou

 

Lundi 21 Septembre, journée mondiale Alzheimer, mobilisons-nous contre l’oubli

La maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées entraînent une dépendance de la personne malade qui est comparable à celle rencontrée dans les handicaps les plus lourds. L’investissement de l’aidant principal est le seul moyen d’accompagner la personne malade en perte d’autonomie. L’aidant principal, généralement le conjoint ou un enfant, consacre ainsi au minimum cinq heures par jour à l’accompagnement de la personne malade et dix sept heures et demie par jour au maximum.

Les aidants familiaux sont confrontés à une quadruple charge affective, psychologique, physique et financière dans l’accompagnement des personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer ou par une maladie apparentée.

–  La charge affective résulte de l’altération de l’identité de la personne malade. L’entourage doit faire le deuil de la relation antérieure à la personne aimée et accepter l’évolution du lien et la redistribution des rôles familiaux au cours de la maladie.

–  La charge psychologique est liée au stress résultant de la vigilance permanente et de l’accumulation des tâches. Elle est renforcée par la crainte des aidants familiaux de ne plus pouvoir assumer leur rôle pour des raisons physiques, psychologiques ou financières. Le stress peut alors générer des pathologies réactionnelles telles que la dépression, l’hypertension artérielle, la dénutrition ou les troubles du sommeil.

–  L’épuisement physique résulte de la mobilisation permanente de l’attention de l’aidant principal et de l’assistance physique qui conduit 82,3% des aidants à exprimer leur fatigue. L’assistance à la personne malade peut même conduire à des problèmes médicaux dans 19% des cas et à une consommation plus importante de médicaments dans 26,5% des cas.

La maladie d’Alzheimer, est en augmentation constante au Maroc. Les explications de Mustapha El Alaoui Faris, professeur de neurologie à l’hôpital des spécialités, CHU de Rabat.

L’Alzheimer, une maladie méconnue

Propos recueillis par Jaouhar Lamguili

– Maroc Hebdo International : C’est quoi, la maladie d’Alzheimer ?

Pr. El Alaoui Faris : La maladie d’Alzheimer est une maladie neurologique dégénérative évolutive qui affecte le cerveau et provoque des troubles de la mémoire, du langage et des fonctions intellectuelles ; elle touche essentiellement les sujets âgés de plus de 65 ans.

– MHI : Comment évolue cette maladie au Maroc ?

Pr. El Alaoui Faris : Au Maroc, d’après l’expérience du Centre de mémoire de l’hôpital des Spécialités de Rabat, la maladie d’Alzheimer est la première cause de démence chez les patients marocains. Etant donné le vieillissement d’une partie de la population (5% de la population sera âgée de 65 ans et plus en 2020), il faudrait s’attendre à une augmentation prochaine du nombre de sujets atteints au Maroc.

– MHI : Quels sont les problèmes posés par la maladie d’Alzheimer au Maroc ?

Pr. El Alaoui Faris : Au Maroc, la maladie d’Alzheimer reste largement méconnue du grand public et nettement sous médicalisée. Pourtant, elle constitue un problème non seulement médical, mais aussi social. Elle doit être diagnostiquée le plus tôt possible afin de faire profiter les patients des nouveaux médicaments, qui permettent de stabiliser, voire d’améliorer la maladie. Par ailleurs, un diagnostic précoce permet d’éviter des complications qui peuvent être dramatiques, comme des accidents de voiture dus aux troubles de l’attention, ou des accidents domestiques (oubli du gaz par exemple).

– MHI : Que faut-il faire pour faire face au développement de la maladie au Maroc ?

Pr. El Alaoui Faris : Il devient urgent de développer un programme intégré de prise en charge de ces patients. Ce programme devrait concerner la formation du personnel soignant (neurologues, gériatres, psychiatres, médecins généralistes, psychologues, orthophonistes et assistantes sociales), la création de centres de la mémoire pour le diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer, de même qu’une réflexion portant sur le type de prise en charge médicale et socio-familiale adaptée au contexte socio-culturel de notre pays et aux moyens économiques susceptibles d’être alloués à la prise en charge de ces malades.

– MHI : Quels sont les troubles provoqués par la maladie d’Alzheimer ?

Pr. El Alaoui Faris : La maladie d’Alzheimer affecte les capacités mentales et physiques, les émotions, et les comportements de la vie du malade. D’abord, elle affecte les capacités mentales (les capacités de se souvenir, de communiquer, de comprendre et de penser seront touchées par la maladie). Il y aura confusion et perte de mémoire, d’abord pour des événements récents, puis par la suite pour des événements plus lointains. La capacité de prendre des décisions sera réduite. La personne aura de plus en plus de difficultés à accomplir ou à se souvenir des tâches simples. La maladie a, également, des incidents sur les émotions et l’humeur de la personne. En effet, le malade peut manquer d’intérêt et cesser de pratiquer des loisirs ou des activités qu’il aimait auparavant. Il peut ne plus être capable de maîtriser son humeur et ses émotions, voire être déprimé dans certains cas. De même, le patient peut avoir des troubles du comportement, des idées délirantes, des hallucinations, des moments d’agitation, des troubles du sommeil et de l’appétit. Au stade terminal, la maladie peut affecter la coordination des gestes, la marche et l’équilibre. Avec l’évolution, on observe un déclin physique graduel.

– MHI : Quels sont ses différentes causes ?

Pr. El Alaoui Faris : La cause spécifique de la maladie d’Alzheimer demeure inconnue. Cependant certains facteurs de risque sont associés à la maladie, parmi lesquels l’âge et les antécédents familiaux. Concernant l’âge, il est le principal facteur de risque de la maladie d’Alzheimer. Mais certaines personnes peuvent débuter la maladie à un âge plus précoce. Aussi, Il a été démontré qu’une hypertension artérielle, un diabète, des hypercholestérolémies mal soignées constituent un réel risque de développer la maladie d’Alzheimer. Enfin, Les personnes qui ont un parent atteint de la maladie d’Alzheimer courent plus de risques de développer la maladie que celles qui n’ont aucun cas dans leur famille.

– MHI : Quels sont généralement les traitements prévus pour cette maladie ?

Pr. El Alaoui Faris : Il n’existe aucun traitement curatif de la maladie d’Alzheimer, cependant certains traitements peuvent ralentir son évolution. Les médicaments anticholinestérasiques utilisés spécialement dans la maladie d’Alzheimer sont efficaces essentiellement au début de la maladie. Ils peuvent alléger certains symptômes tels que les pertes de mémoire ou les troubles psycho-comportementaux. Ces médicaments sont coûteux (environ 1.000 dirhams par mois) et sont pris en charge par l’assurance maladie obligatoire.

– MHI : Quelles seront vos recommandations pour les malades et leurs familles ?

Pr. El Alaoui Faris : Il est important que la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer continue à avoir des activités pour améliorer sa qualité de vie, par exemple des tâches ménagères, des loisirs, des rencontres avec la famille et les amis…. Les personnes atteintes ont besoin d’être valorisées, ont besoin de compagnie et de poursuivre aussi longtemps que possible une vie active et autonome. Pour vivre avec la maladie, il est important pour le patient de s’informer sur la maladie et son évolution, d’expliquer sa maladie à son entourage, demander de l’aide autour de soi, planifier l’avenir. Pour prendre en charge un patient atteint de la maladie d’Alzheimer, la famille doit apprendre le plus possible sur la maladie et faire suivre régulièrement le patient par un médecin afin d’adapter les traitements et de contrôler son état de santé générale. La famille (l’aidant principal en particulier : conjoint, enfant, etc…) doit parler au médecin des difficultés qu’elle rencontre dans la prise en charge quotidienne de ce patient qui a perdu son autonomie.

– MHI : Quel conseil donnez-vous à la population pour un diagnostic précoce de la maladie ?

Pr. El Alaoui Faris : Il est souhaitable de consulter un médecin si vous présentez des pertes de mémoire qui gênent les activités quotidiennes. Par exemple, vous oubliez fréquemment des choses et vous n’arrivez pas à vous en souvenir plus tard, particulièrement des événements qui se sont produits récemment. Aussi, si vous avez des difficultés à exécuter des tâches familières accomplies toute votre vie. Aussi le changement d’humeur : vous changez d’humeur très rapidement, par exemple, du calme aux pleurs et à la colère, sans raison apparente. Vous êtes parfois renfermé et méfiant, ou irritable et anxieux ou vous devenez passif et vous avez besoin de beaucoup d’encouragements pour prendre part à votre travail et activités.

– MHI : Comment se prévenir de cette maladie ?

Pr. El Alaoui Faris : Il a été démontré que l’activité physique (sport, marche quotidienne), l’activité intellectuelle (lecture, mots croisés, jeux de société,..), les loisirs, une bonne intégration sociale, une alimentation équilibrée comportant en particulier des fruits, des légumes, du poisson peuvent prévenir et réduire le risque d’avoir une maladie d’Alzheimer. Par ailleurs, le dépistage et les prise en charge corrects des facteurs de risques vasculaires (hypertension artérielle, diabète, cholestérol) permettent également de réduire la fréquence de la maladie d’Alzheimer.

 

À propos Responsable de publication