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Innovations et Transformations des Sociétés Pastorales au Maroc


Le contexte de zones pastorales, des territoires en pleines mutations.

La gestion de l’espace pastoral et de ces unités territoriales est liée à la mobilité et à d’autres fonctions au sein de ces sociétés, elle repose sur des mécanismes locaux de gestion et de régulation de l’accès à la ressource. En général et suivant des ampleurs différentes, on peut dire que ces zones ont été soumises à une désertification alarmante et de déséquilibres systémiques entre le pasteur, l’animal, les techniques d’élevage et le parcours. Les expériences contrastées entre plusieurs pays du Maghreb (la privatisation tel l’exemple de la Tunisie sur des isophyses inférieurs à 200 mm) ou les transactions du patrimoine collectif sur plusieurs générations dans certaines zones du Maroc (qui sont aussi dépendantes des politiques agraires nationales), soulignent le risque écologique qu’occasionnent des pratiques telles ; les mises en cultures, la réduction des espaces pâturables, et la dégradation de leur qualité par le changement de la composition des espèces végétales au sein de ce dernier. Ce qui influe sur le mode de vie et la viabilité de l’activité de production pastorale. Les mutations actuelles que subit l’espace pastoral interviennent au niveau des différentes composantes de cet espace. La désorganisation sociale et la diminution des solidarités horizontales au profit de celles mécaniques ont joué pleinement en faveur des déséquilibres entre groupes sociaux au profit de l’émergence d’une nouvelle catégorie d’acteurs. Ainsi l’exercice de l’activité d’élevage et le droit de jouissance des parcours reposent sur un cadre communautaire, sur une action collective dans un groupe de pasteurs unis par les liens territoriaux et d’appartenance à ancêtre commun. Le nom d’un groupe social a une valeur géographique et historique (J. Berque, structures sociales au niveau du Haut Atlas), le nouveau contexte de globalisation et de mondialisation couplé à une multitude de facteurs de risque, tel la sécheresse, a contribué à un désordre au niveau du groupe et constitue une menace face à ces bases. Sur des exemples de travaux effectués ou consultés, nos constats concernent les territoire suivants :

  •   Le territoire des Bni Guil, territoire du Projet PDPEO. 
  •   Le Moyen Atlas, foyer de dynamiques rurales spécifiques à la montagne marocaine. 
  •   Le cercle de Missour, particulièrement l’espace. approprié par la tribu des Oulad Khawas et l’apparition de nouvelles formes pratiques d’élevage.

Principaux constats

Les paquets techniques diffusés dans ces zones pastorales contribuent à modifier toutes les composantes de ce territoire, ils tendent à transformer les rapports entres les groupes sociaux ou entre ces derniers et les autres nouveaux acteurs institutionnels oeuvrant dans ces territoires. Ils agissent sur les bases du processus de territorialisation de ces sociétés pastorales, tels la mobilité, la structuration spatiale de leur territoire, l’évolution de la forme du groupe sociale. Depuis la colonisation et jusqu’à une période récente, l’Etat marocain a visé la modernisation de la paysannerie, ce processus se poursuit dans un cadre de mondialisation et d’intégration de cette production pastorale dans l’économie du marché. Dans ce nouveau contexte qui s’accompagne d’une paupérisation croissante des éleveurs (ces derniers sont largement au-delà du seuil de viabilité économique de leur activité) et de dégradation du support de cette population locale, aussi d’apparition de nouveaux acteurs institutionnels, jouant un certain rôle dans l’affaiblissement et le nivellement des rapports traditionnels, le développement dans ces zones reste conditionné par la création de nouvelles structures organisationnelles, l’apparition de rapports inédits et une gouvernance locale au niveau de ces territoires pastoraux.Sur la lumière des illustrations du sens de développement amorcé dans ces territoires, on déduit les grandes particularités de ces territoires pastoraux :

  •   Au sein de ces sociétés pastorales, il y a l’apparition dans le moyen terme, de nouvelles innovations, celle-ci constituent des stratégies de production adaptées aux conditions locales, ils concourent à la création d’une nouvelle forme de production pastorale et de rapport à l’espace, ces diverses stratégies constituent une réponse à un besoin, ils constituent par ailleurs un produit de l’histoire socio-économique.
  •   L’importance des mécanismes d’échanges d’information et de l’apprentissage cognitif dans la diffusion des innovations dans ces territoires : la création de réseaux de dialogue professionnel est indispensable pour véhiculer les nouvelles techniques de production entre les pionniers et autres catégories d’acteurs. Ce réseau dispose de morphologie très caractéristique dans ces zones, il est caractérisé par le rôle des « élites locales », les leaders et une densité des relations d’échanges locales, et profite de l’organisation sociale sur ces territoires sur laquelle il se greffe.
  •   Ces pasteurs détiennent une capacité d’adoption, d’intériorisation des nouvelles technologies et productions, leur adaptation au contexte local par les acteurs en réponse à un besoin et à une insatisfaction, ceci se fait moyennant des ajustements, une réorganisation, un aménagement préalable ou conséquent qui se fait collectivement moyennant une dynamique dans les pratiques sociales et coutumes liés à la gestion du patrimoine collective puis d’une façon individuelle et singulière à l’échelle du système exploitation famille.
  •   Les risques inhérents à l’innovation sont gérés par des stratégies qui visent la viabilité et la pérennité de l’unité de production, parmi ces stratégies anciennes, on note une expérimentation et un fractionnement de l’innovation, une minimisation des coûts d’investissement, celles spécifiques à ces sociétés sont liées à la mobilité et au maintien des complémentarités entre plusieurs unités territoriales. Dans le contexte des transformations de ces sociétés, l’innovation peut être adoptée et diffusée en vue de répondre à des stratégies anti-risques, en effet, les nouvelles conduites adaptatives d’élevage par l’apport de complément et une forte articulation des ventes au marché sont utilisées pour faire face à l’aléa du climat et du marché, à la sécheresse récurrente et la diminution de la contribution des parcours dans l’alimentation du cheptel,
  •   Néanmoins, l’absence d’information sur la volonté et la capacité d’absorption des techniciens du développement s’est manifestée par des projets et des actions individualisantes, diffusionnistes et coûteuses mais sans impact important. La nouvelle conscience, chez les agents de développement les amène dans les techniques de vulgarisation à faire appel à la sociométrie et aux aspects psychosociaux pour impliquer par exemples dans les groupes cibles des individus pionniers, un groupe appartenant à une même grappe ayant des relations plus denses ainsi que des agriculteurs de contacts dans le réseau social. Or, ce rôle du groupe professionnel local, des individus ayant un statut social particulier et une place importance dans la configuration socio spatiale du réseau, nous conduit à nous interroger sur la nature du changement induit, notamment dans l’organisation sociale et dans l’évolution du groupe social.
  •   Afin de combiner nos différents acquis et méthodes opérationnelles de travail, nous mobiliserons nos connaissances sur l’évolution des systèmes agraires et sur la place des innovations dans le développement rural pour mieux présenter l’exemple des études de cas qu’on aura à effectuer, et de mieux cerner les paramètres qui font la spécificité de chaque territoire étudié.

Pistes de recherche

Le développement des territoires pastoraux pose des questions nombreuses. L’apport de nouvelles innovations et de paquets techniques dans le cadre de projet développement ou dans un nouveau contexte marqué par plusieurs facteurs de risque et de conduites adaptatives, attire notre intention pour nous interroger sur les significations et le sens du développement dans ces espaces ruraux particuliers. Ces innovations techniques et organisationnelles peuvent être appréhendées dans un cadre plus global de changement social plus particulier dans ces espaces pastoraux singuliers. Ces changements survenus dans cette espace nous conduisent à prendre en considération la production de connaissance et de normes au sein du groupe social local, on note donc les pistes de recherche suivantes :

  •   Deux « point de vue », « formes de connaissances », deux ensembles de représentations, deux types de savoirs, de ceux qui reçoivent et font la réception de ces techniques et de ceux qui le véhiculent et le conçoivent, ces deux types de savoirs sont plus contrastés surtout dans les territoires pastoraux du Sud (De Sardan).
  •   De l’adaptation et le remaniement de l’innovation, ce greffage suppose une transformation et une réorganisation des rapports liés aux ressources et les pratiques collectives liées à leur gestion.
  •   De la contextualisation de ce processus, ce qui permet de mieux cerner son évolution dans le temps dans un groupe social, notamment dans l’évolution de l’objet technique, dans un groupe localisé.
  •   Des interactions entre les groupes sociaux par rapport aux enjeux que représente l’innovation, étant donné aussi que le territoire pastoral, peut être étudié en terme de pouvoir, de clivages, de solidarité, et d’interactions entre groupes sociaux, les élites locaux et les représentants de l’Etat à l’échelle locale.
  •   Du rôle des innovations – qui s’inscrivent parfois dans un nouveau registre (arboriculture) – sur la réorganisation des rapports sociaux liés à l’activité de production pastorale, ces innovations influent sur la redéfinition du métier d’éleveur. Par conséquent on s’interroge sur leur rôle du réseau professionnel d’acteur ou de chef de famille appartenant à une « communauté villageoise » sur la création de nouvelles catégories socioprofessionnelles, quelle sera donc l’effet de ce réseau bénéficiant de porteurs sociaux et de leader sur l’identité du pasteur, y t il plusieurs identités socioprofessionnelles ?

Auteur : Ifkar

 

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