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INDH : les défis de la mise en place des stratégies adéquates

L’ Initiative Nationale pour le Développement Humain (l’INDH) lancée par Sa Majesté le Roi en Mai 2005 est destinée à combler le retard que le Maroc affiche dans la réalisation des Objectifs du Millénaire tracés par les Nations Unis et auxquels le Maroc adhère entièrement.

Bien que la généralisation de l’éducation primaire et la promotion de l’égalité entre les sexes aient connu des progrès notoires, le Maroc accuse toujours du retard dans les domaines de la réduction de la pauvreté extrême, le combat contre le sida, la réduction de la mortalité des enfants, la promotion de la santé maternelle, et la durabilité des ressources environnementales.

Même dans le domaine de l’éducation, les questions de la qualité et la responsabilisation de l’école quant aux résultats de ses élèves demeurent des dossiers qui nécessitent plus d’efforts et de volontarisme. La volonté politique de changement existe et les ressources matérielles semblent suivre (sauf peut-être pour les questions de l’environnement et le SIDA qui sont approchées d’une façon bien timide). Ce qui fait défaut se sont la gestion, le suivi rigoureux et la détermination des rôles et des responsabilités de tout un chacun.

On sait ce qu’on veut mais on ne sait pas comment y arriver. On trace des visions mais il semble qu’on ne dispose pas de bonnes stratégies pour y arriver. Et qui dit stratégie dit buts réalistes et réalisables bien clairs et sur lesquels tout le monde est d’accord ; des résultats intermédiaires mesurables ; des indicateurs vérifiables ; des activités susceptibles de réaliser les résultas escomptés ; un suivi régulier et rigoureux ; une capacité à rectifier le tir rapidement ; des équipes bien soudées qui font le travail et le suivi ; un travail de communication efficace avec les parties prenantes et les bénéficiaires directs et indirects ; une analyse profonde des attentes des acteurs ; une mobilisation de tous les acteurs en faveur des projets etc.

Le problème est qu’on sache tout cela mais d’une façon théorique ; on ne dispose pas du savoir-faire nécessaire pour le mettre en place. Que faire alors ? Il me semble que la première chose à faire est de définir exactement ce qu’on veut réaliser : que veut-on dire par pauvreté ? Le manque d’eau potable, la difficulté d’accès à la santé, l’habitat insalubre, l’analphabétisme, et le gain de moins d’un dollar par jour. Si on est d’accord qu’une personne pauvre est celle qui souffre de tous ces manques, on demande ensuite si on est en mesure de changer la situation pour les cinq à six millions de marocains qui répondent à ces critères en trois années.

Si on ne l’est pas, on doit se demander quels sont les domaines prioritaires. L’habitat insalubre et la lutte contre l’analphabétisme figurent déjà dans la politique gouvernementale pré-INDH.

Restent l’accès aux soins, à l’eau potable et la génération de plus de revenus pour la population dont le revenu est inférieur à un dollar. Mais est-ce qu’on peut changer la situation pour tout le monde en même temps ? Pourquoi ne pas dire pour 50% de la population pauvre ? On peut même aller plus loin et dire, 60% (à titre d’exemple) de cette population doivent être des femmes vu que la majorité des pauvres sont des femmes. Si on fait ce travail, on aura un objectif réalisable sur 3 ou 4 ans.

Après avoir fait ce travail de réflexion stratégique, on doit se demander comment arriver à ce but, que faut -il faire pour y arriver ? Qu’est ce qui nous empêche de réaliser l’accès à la santé, l’accès à l’eau potable et la génération des revenus pour les couches défavorisées ? On peut citer, le manque de compétences des acteurs locaux (élus, ONG et autorités), la corruption, le manque de mobilisation de la population locale, la question du suivi, la détermination des responsabilités, la bureaucratie et le manque de communication.

Sans un changement radical dans ces domaines, on ne peut arriver rapidement aux résultats, même avec toute la volonté du monde. Des secteurs comme l’habitat, le tourisme, les routes, et l’investissement ont montré que la situation n’est pas fatalement inchangeable. Mais il faut être prêt à bousculer les vielles habitudes et tenir tout un chacun comptable de ses actes et ses rôles. Si on inverse ces problèmes, on obtient des résultats : capacitation des acteurs, réduction de la corruption, amélioration de la communication, mobilisation de la population, etc.

Ces changements sont des pré requis et ne sont pas des fins en eux-mêmes. Ils préparent le terrain pour faire le vrai travail de développement humain. Mais ils doivent figurer dans les stratégies régionales en question. Sinon, c’est comme si on prétend que le problème n’existe pas alors qu’il est déterminant. Ceci ne veut pas dire qu’on doit attendre qu’on règle ces problèmes avant d’entamer le vrai travail de développement humain. Les deux vont en parallèle. La relation est beaucoup plus causale que chronologique. Le travail de développement humain per se doit se faire avec autant d’imagination et de rigueur qu’on le peut.

Les questions à se poser par exemple dans le cas de la santé sont : Que veut-on dire par accès aux soins ? Comment le reconnaît-on si on le voit ? Quel est le moyen le plus efficace et économique d’ y parvenir ? Comment assurer la durabilité de cet accès ? Quelles actions peuvent nous aider à arriver au résultat escompté dans peu de temps et avec le minimum des moyens ? Qui va faire quoi ? Quel moyen de feedback ? Etc.

Quand on définit exactement ce qu’on veut dire par les résultats escomptés à chaque niveau on définira plus facilement les indicateurs qui nous diront si nous sommes en train de réaliser les objectifs ou non. Les indicateurs sont notre tableau de bord. Ils doivent être directs, quantifiables et pas onéreux surtout au niveau de la collecte des données.

L’INDH est une initiative louable et susceptible d’aider le Maroc à améliorer son classement non honorable parmi les 177 pays concernés par le rapport du PNUD. Mais l’INDH est la vision et n’est pas une stratégie en elle-même. Il nous incombe maintenant de dessiner des stratégies réalistes et réalisables et gérées d’une façon rigoureuse, responsable, et efficace.

Il nous incombe maintenant de dire qui va faire quoi et quand il est temps de donner des comptes. Il nous incombe d’oeuvrer d’une façon intelligente pour réaliser la vision voulue par Sa Majesté et applaudie par le peuple marocain.

LAHCEN HADDAD, PHD est expert en management et planification stratégiques. [email protected]

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