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Indescriptible calvaire de clandestins subsahariens au Maroc

 

Auteur : Khalid Barka

 

Il reste encore beaucoup à faire pour que les langues des victimes des méfaits de l’immigration clandestine se délient et déchirent le voile opaque qui recouvre “délibérément” cette violence insidieuse.

Dans leurs déclarations timides empreintes d’amertume et de regret aux médias, les Subsahariens, armés d’un courage hors du commun, n’hésitent pas à narrer leur périple de milliers de kilomètres pour fuir la guerre ou la misère en caressant le rêve européen qui se brise souvent sur le grillage électrique de Ceuta et Melilla.

Ils endurent une torture aussi visible qu’invisible, dont les marques s’inscrivent au plus profond des corps et des âmes.

A les voir sur les écrans de télévision, on réalise aussitôt le calvaire qu’ils ont subi et enduré lors de leur périple en espérant effleurer du bout des doigts le rêve européen même s’il est entouré de barbelés hauts de six mètres.

Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles situées au nord du Maroc, ont connu dernièrement des drames lors des assauts lancés par des clandestins subsahariens contre les grillages électriques qui les entourent pour pouvoir s’offrir une place en terre européenne.

Malheureusement, ils ont fait l’objet d’une violence qui modèle, formate, isole et rend fou… Telles sont quelques unes des souffrances et des ultimes détresses rencontrées par ces immigrés illégaux qui ont choisi d’aller jusqu’au bout de leur aventure et leurs tentatives de suicide parfois réussies.

Pourtant, le traitement réservé ces dernières semaines aux émigrants africains clandestins tentant de rejoindre depuis le Maroc, Ceuta et Melilla, n’ont suscité que le mutisme de leurs gouvernements respectifs et peu de réactions des médias locaux.

Quatorze émigrants sont morts, certains tués par balles, lors d’assauts collectifs contre les enclaves. Selon des sources bien informées, les autorités marocaines ont expulsé manu-militari vers le désert plusieurs centaines d’entre eux.

A l’exception du rapatriement d’un millier de Nigériens en 2003, les autorités marocaines se contentent habituellement de relâcher les migrants dans le désert, à la frontière algérienne, en dépit des dénonciations des organisations humanitaires.

Pourtant, l’axe Madrid-Rabat et quelques ponts aussi bien aériens que diplomatiques viennent d’être construits entre le royaume alaouite d’une part et le Sénégal et le Mali d’autre part.

Les ressortissants de ces deux pays, majoritairement clandestins en terre chérifienne, viennent d’être expulsés en présence des ministres qui président à leur destinées.

Après cette mesure d’expulsion, dont le Maroc subira à lui seul, le coût de près de 120 millions d’euros, des dizaines d’illégaux subsahariens cachés depuis de nombreuses semaines dans les forêts du Nord marocain, affluaient mardi vers la ville d’Oujda, près de la frontière algérienne, pour rentrer en avion chez eux, renonçant à leur rêve impossible de gagner l’Europe en quête d’une vie meilleure.

Autrefois ville paisible, Oujda est devenue une plaque tournante des émigrants ayant échoué à s’infiltrer en Espagne et qui veulent désormais rentrer chez eux, car la situation est devenue difficile dans les forêts marocaines de Tétouan et de Nador, placées désormais sous le renforcement du dispositif des forces de l’ordre marocaines.

Deux vols de Royal Air Maroc devaient rapatrier ce mardi soir près de 550 personnes, dont 140 Sénégalais et environ 400 Maliens. Une situation qui a été à l’origine de la tenue mardi à Rabat d’un sommet maroco-espagnol au terme duquel les chefs de la diplomatie des deux pays les plus concernés par ce phénomène, ont solennellement appelé à une conférence euro-africaine regroupant tous les pays touchés par l’immigration.

Ainsi, pour Rabat l’immigration clandestine ne se limite pas au seul champ marocain ou encore à la seule équation Maroc-Espagne, mais il s’agit plutôt d’une question “épineuse” relevant d’une responsabilité “partagée” et autour de laquelle le royaume alaouite entretient “un dialogue suivi” avec l’Europe et ses Etats membres.

Si actuellement tout le monde au sens “alter-mondialiste” du terme connaît les tenants et les aboutissants d’un phénomène structurel, global et complexe, même à l’échelle de l’ONU, il n’en demeure pas moins que ses origines sont en relation avec la situation de pauvreté et parfois d’instabilité qui prévaut malheureusement toujours en Afrique.

 

Khalid Barka, correspondant de PANAPRESS au Maroc