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Impact des Changements Climatiques sur la faune et la flore des Oasis du Haut Atlas Oriental : Floraison des Amandiers en plein hiver

La question de l’impact des changements climatiques constitue, ces dernières années, une source de préoccupation pour un très grand nombre de pays en voie de Développement à travers ses répercussions sur leur économie et leur environnement. Si l’appel de Paris, lors de la COP21, affirme l’engagement ferme de tous les acteurs du monde entier en faveur d’un climat sûr et stable dans lequel l’élévation de la température soit limitée à moins de  2degrés Celsius, les conséquences du réchauffement planétaire continuent de se faire sentir par les populations du Haut Atlas Oriental Marocain.

Hiver doux et Cycle de végétation perturbé.

Les agriculteurs du Haut Atlas Oriental s’inquiètent non seulement par le retard des précipitations mais aussi à cause d’une saison  jugée par tous les habitants des Oasis, de montagnes et de plaines, comme étant un « hiver doux ».  Suite à l’ensoleillement que connait la région en cette période hivernale, Il fait relativement chaud pendant la journée et froid pendant la nuit avec des écarts thermiques dépassant parfois les Vingt degrés Celsius dans quelques zones.

Cette chaleur qui sévit, en ces moments, dans les zones de montagne du Sud Est du Royaume a fait que les taux d’attaque de froid occasionnant d’habitude, en hiver, des pneumopathies, bronchites, grippes…etc, surtout auprès des enfants et des vieux, ont beaucoup chuté en comparaison avec des années froides et humides. Au lieu de recevoir la neige comme d’habitue au mois de Janvier, les montagnes d’Imilchil ont connu la chute de quelques millimètres de pluies.

Cette augmentation de température journalière, non habituelle, aura toutefois des répercussions négatives sur la production des amandes. En effet, la chaleur  a occasionné la floraison des amandiers au début de l’hiver et les vagues de froid ou les chutes de neige et de grêle qui pourraient se produire d’ici le mois de Mars vont détruire toutes ces fleurs prématurées. En principe les variétés précoces d’amandier fleurissent, en zones de montagne, à partir de fin janvier début février.

Les zones où des amandiers sont actuellement en pleine floraison relèvent des Communes rurales d’Amellago (Province Errachidia) située à une Altitude de 1440m, les communes rurales d’Amougueur et de Gourrama (Province de Midelt) situées respectivement à 1560m et1360m d’altitude. La floraison a commencé selon quelques agriculteurs rencontrés sur le terrain vers le 22 Décembre 2015.

Par ailleurs, il y’a lieu de signaler également que des bourgeons végétatifs ouverts avec ébauches foliaires  ont été observés, le 3 Janvier courant, dans des vignes au Village Ait Youssef (Commune Rurale Elkheng, Province d’Errachidia). Cette chaleur anormale n’a pas épargné des plantes pastorales en zones de montagne dont quelques unes ont déjà fleuri au lieu d’attendre le mois de Mars. Assou Moujane, berger au village d’Igli relevant du Cercle d’Imilchil, m’expliqua que la nature commence à perdre les repères en me parlant de cet hiver doux et en me montrant une plante pastorale, Talzazet (Hertia marrocana), en pleine floraison, près du ravin «Ighiz N’ouhrouy ».

Ce même phénomène de floraison prématurée de quelques plantes spontanées et cultivées notamment les amandiers s’est produit il y’a exactement cinq ans. (voir mon article au site : http://www.inra.org.ma/docs/webactualit%C3%A9s77.pdf ou bien http://www.fellah-trade.com/fr/info-filiere/actualites-maroc/article?id=2082). Les fleurs d’amandier très sensibles au froid ne pourraient pas s’échapper au gel et au  vent froid d’hiver et la production des amandes de cette année sera, sans le moindre doute, très affectée.

Des oiseux déboussolés à cause des changements climatiques

La région du Haut Atlas oriental du Royaume dont une grande partie a été reconnue par l’UNESCO comme « Réserve de Biosphère des Oasis du Sud Marocain » recèle des potentialités extrêmement intéressantes en termes de biodiversité animales et végétales. Parmi ces richesses figurent les oiseaux qui attirent chaque année des ornithologues et des touristes passionnés.

Au lieu d’aller passer l’hiver dans des pays chauds d’Afrique de l’Ouest, plusieurs cigognes blanches (Cicogna cicogna) ont été observées au mois de Décembre dans la région du Haut Atlas Oriental. Le couple de cigogne blanche observé le Samedi 9 Janvier 2016 au sommet de la Kasbah de Baamti Athmane à Imilchil a préféré passer l’hiver en montagne, à une altitude de 2250mètres, puisqu’il ne fait pas trop froid comme d’habitude. La présence de cette espèce migratrice à Imilchil   témoigne bien d’un hiver doux.

De même plusieurs couples de tourterelles des bois  (Streptopelia turtur) ont été observés dans les Oasis du Sud Est du Maroc aux mois de Décembre2015 et Janvier 2016. Cette espèce observée il y’a trois jours au Village Ait Youssef (Commune rurale Elkheng Province Errachidia) se distingue bien de sa proche parente la Tourterelle turque (Streptopelia decaocto) ayant envahi les territoires oasiens il y’a une dizaine d’années. Au vol elle s’en distingue aisément par un vol plus rapide et plus svelte, ainsi que par le contraste entre le ventre blanc et les sous alaires à dominante grise.

La tourterelle des bois qui est une espèce granivore hiverne normalement au sud du Sahara Marocain dans la zone sahélienne. Elle arrive dans nos oasis au mois d’Avril et quitte les oasis au mois de septembre, au plus tard début Octobre.

La nature avait donc trahit ces espèces d’oiseaux migrateurs à cause du déséquilibre écologique que connaissent les Oasis du Haut Atlas Oriental qui subissent les conséquences des changements climatiques.

Ressources pastorales

Les changements climatiques ont beaucoup influencé les dynamiques territoriales et le mode de gestion des ressources pastorales. Le manque des précipitations a rendu la vie difficile pour les éleveurs transhumants des tribus des Ait Seghrouchène,  Ait Hdidou, Ait Morghad et Ait Atta sillonnant les montagnes du Haut Atlas Oriental. En effet, le couvert végétal des terrains de pâturage, base d’alimentation du cheptel ovin, caprin et camelin a été fortement touché par la sécheresse que connait la région depuis plusieurs mois. Pour nourrir leurs cheptels, les éleveurs se retrouvent dans l’obligation d’acheter l’aliment de bétail notamment l’orge dont le prix dépasse actuellement 310Dh le quintal !!

Les nomades Ait Hdidou ont quitté les montagnes d’Imilchil à destination des régions de Figuig et Errachidia à la recherche des terrains de pâturage propices. La concentration des troupeaux dans des cuvettes présentant suffisamment d’herbes expose ces terrains au surpâturage et à l’érosion des sols. Des conflits entre tribus se manifestent également, de temps à autre, à cause de la rareté des ressources pastorales. C’était le cas des incidents qui se sont déroulés, au mois de décembre dernier,  dans la région de Bouarfa  où quelques bergers des  Ait brahim d’Imilchil ont été empêchés d’accéder aux parcours  par les éleveurs de l’oriental.

Errachidia le 9 Janvier 2016.

Hrou ABOUCHRIF

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