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Figuig – Seine-Saint-Denis : La société civile, au cœur de la coopération

Engagée depuis juin 2000, la coopération décentralisée entre la Ville de Figuig et le Conseil général de la Seine-Saint-Denis fait une place importante à la société civile d’ici et de là-bas. Si le protocole de coopération règle les conditions juridiques de cette coopération, il définit aussi les axes de travail et souligne l’importance de la participation des citoyens dans les projets. C’est dans ce domaine, en effet, que la coopération entre ces deux collectivités – qu’à priori tout sépare – trouve toute sa justification.

A l’heure où, dans le monde entier, les élus locaux débattent de la démocratie participative, s’interrogent sur le niveau des habitants aux scrutins et à la vie de leur cité, la ville de Figuig a la chance de compter avec une vie associative particulièrement riche. IL existe en effet plus de 40 associations : caisse des écoles, associations des habitants des 7 ksours pour le développement, association des parents d’élèves, des handicapés, des diabétiques … Cette implication importante de la population est le fruit de l’histoire de cette oasis où se mêlent tradition s ancestrales et réaction à l’isolement géographique mais aussi politique. Bien avant la création des collectivités locales, les habitants, par le biais des j’maas (assemblées représentant les habitants du ksar), ont pris l’habitude de régler ensemble leurs affaires.

Cette tradition s’est poursuivie avec l’implication, dans les années 90, des habitants dans les associations. Aujourd’hui existe un système qui laisse la place aux j’maas, aux associations, qui travaillent de conserve avec le Conseil municipal. Les échanges, les débats sont fréquents et il n’est pas rare, dans certains quartiers, de voir les habitants participer ensemble à la réalisation de tel ou tel projet : construction d’un pont, du réseau d’assainissement, aménagement des ruelles des ksours . Côté Seine-Saint-Denis, la situation est fort différente : dans les collectivités locales françaises, il est souvent difficile d’impliquer les habitants. Par ailleurs, le Conseil général est un niveau peu connu par les citoyens qui se tournent « naturellement » vers leur Maire quand ils ont un problème. Cependant, la coopération avec la Ville de Figuig permet d’engager de nouvelles réflexions.

Cette coopération permet de travailler dans deux directions : impliquer les migrants dans les projets conduits avec leur ville d’origine et développer un partenariat plus large avec la société civile, tout particulièrement les jeunes. On compte en effet environ 1500 familles originaires de Figuig en région parisienne. Elles sont regroupées dans deux départements, le Val de Marne et la Seine-Saint-Denis. Dans les années 97-98, des associations des originaires des différents ksours de Figuig se sont constituées pour venir appuyer les efforts de leurs homologues. Avec la signature du protocole de coopération entre la ville de Figuig et le Conseil général de la Seine-Saint-Denis, c’est tout Figuig qui a été impliqué. De leur côté, les associations de France ont décidé de se rencontrer, de s’associer et de prendre leur place dans les projets. Un tournant radical pour elles, pas toujours facile à négocier, mais qui s’est traduit par des actions concrètes :

– Participation au projet de construction du réseau d’assainissement de la ville de Figuig. 

– Mise en place d’un groupe de travail sur la santé, rassemblant des professionnels du Conseil général, des militants associatifs et des professionnels de la santé originaires de Figuig. 

– Organisation de rencontres entre des sages femmes de PMI et des femmes originaires de Figuig. 

– Participation conjointe à des rencontres, à des débats, notamment dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale, autour de la place des jeunes dans les associations, ou pour la présentation conjointe des projets de coopération. 

– Participation à un projet de création d’un service de transports publics à Figuig.

La présence de la Fédération des associations de Figuig en France a également permis des rencontres avec d’autres associations travaillant sur le territoire marocain, ainsi que l’organisation d’un groupe de travail avec différents acteurs présents dans la Région de l’Oriental, favorisant le travail en réseau. Au-delà de cette énumération, il faut toutefois souligner que la vie associative, qui s’appuie sur le volontariat, connaît des hauts et des bas, à Figuig comme en Seine- Saint-Denis. La question de la place des jeunes est aussi fortement posée. Mais, au delà de ces limites, force est de constater que la coopération décentralisée, fondée sur des institutions, peut constituer un point d’appui pour le développement de la vie associative et l pérennisation de se s actions

En Seine – Saint – Denis, une réflexion sur les migrants et leurs enfants

Avec une population jeune, aux origines multiples, la Seine-Saint-Denis est un lieu de rencontres, d’échanges, de construction, de réflexion. Pas étonnant, dans ces conditions, que le travail engagé en terme de coopération décentralisée conduise les élus et les techniciens à s’interroger sur la place des habitants dans les projets de coopération décentralisée, et plus spécifiquement celle des migrants. Toutefois, au-delà des originaires de Figuig, nés là-bas, qui gardent un attachement particulier à leur ville d’origine, et sont prêts à s’investir, c’est aussi la question de l’implication de leurs enfants qui s’est posée et fait l’objet d’échanges avec la Fédération des associations de Figuig en France bien sûr, mais aussi avec d’autres associations, notamment de jeunes. Dans ce contexte, les projets de coopération décentralisées ont vus , non pas comme une action de solidarité, mais comme des outils pour comprendre le monde, agir pour l’améliorer, obtenir des droits et les défendre, préserver les biens communs comme l’eau, l’air…

Deux collectivités très différentes… 

– Une oasis où l’activité est essentiellement agricole (dattes) : 15 000 habitants, 70 employés municipaux, une administration peu structurée, un budget de 796 178 euros, une zone très isolée, à 100 km de la capitale provinciale (Bouarfa) et 400 km de la capitale régionale (Oujda), à plus de 1000 km de Casablanca et Rabat. 

– un Département industriel : 1 500 000 habitants, plus de 5 000 agents, un budget annuel équivalent au PIB de l’Irlande : 1, 2 milliard d’euros. Des directions opérationnelles très structurées : eau et assainissement, espaces verts, culture jeunesse et sport …

…ayant néanmoins de nombreux points communs

– un fort engagement des élus en faveur de la coopération entre les deux collectivités. 

– une population jeune touchée par le chômage. 

– un attachement commun à de nombreuses valeurs comme la culture de la paix, la démocratie participative.

Par le Conseil général de la Seine-Saint-Denis et la ville de Figuig/ ReprisLettre de la Coopération française au Maroc n°18, éditée par le Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France au Maroc

 

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