Accueil / Actualités / Evaluation des mécanismes de promotion de la représentation politique des femmes au Maroc

Evaluation des mécanismes de promotion de la représentation politique des femmes au Maroc

Tanger a abrité les 20 et 21 avril 2017 une table ronde régionale sur l’évaluation de la représentation politique des femmes au Maroc.  Cet événement fait suite à une rencontre organisée sur Rabat les 2 et 3 mars et qui a vu la concertation d’une panoplie de députées et de conseillères communales de différents fronts, de la société civile, d’experts et d’universitaires de Rabat et région mais aussi du sud pour se concentrer sur la représentation politique des femmes. A Tanger, des femmes élues ou qui en ont fait l’expérience, venues de Ouazzane, du Nord du Royaume, de Larache, de Tanger, des militantes associatives, des médias ont également contribué de leurs parts à cette démarche participative dans le cadre de cette grande étude qui cible, de façon objective, le diagnostic de tous les mécanismes qui permettent aux femmes d’accéder aux communes, au Parlement et même au Gouvernement. Tout est passé au crible fin, à travers leurs expériences : quota, liste nationale, liste additive, postes de prise de décision, système électoral, mesures de financement, partis politiques et leurs structures, critères de sélection des candidats, mentalités, stéréotypes, mesures de discrimination positive… Tout porte à croire qu’il faudrait reconsidérer tous ces outils, au Maroc, et les faire évoluer pour une meilleure représentation des femmes dans la sphère politique.

Au mois de septembre, une conférence internationale aura lieu, avec la participation de l’Allemagne, de l’Espagne, de la France, de la Tunisie, de l’Algérie, du Cameroun, de la Belgique, de l’Afrique subsaharienne… Sachant que, dans certains pays, d’ailleurs, même si la parité est constitutionnelle, elle n’est pas encore acquise.

Ce projet initié par l’association Jossour-Forum des Femmes Marocaines en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert Stiftung, intitulé : « Evaluation des mécanismes de promotion de la représentation politique des femmes au Maroc »  a ciblé comme  thèmes à Tanger : « La représentation politique des femmes : Quel Bilan ? par Mme Nabila Benomar, ancienne députée.  « La représentation politique des femmes : Enjeux et défis » ; Mme Khadouj Slassi, Mme Ibtissam Merras : « Les partis politiques entre gouvernance démocratique et équité  de genre : quelles perspectives pour le leadership féminin ? », Mme Naima Farah : « L’investissement politique des femmes aux niveaux local et régional : quels défis ?, Mme Rhizlaine Benachir, vice-Présidente de Jossour FFM : « Après les quotas, place à la parité ? »

Certaines recommandations sont spécifiques. Par rapport aux législations, l’appel a été lancé pour œuvrer pour l’effectivité des droits constitutionnels des femmes, de travailler sur l’article 19 de la Constitution et sur l’APALD. Mais aussi, de revoir les mécanismes (quota, listes…), de travailler sur la parité horizontale et verticale, de développer et d’asseoir un argumentaire dans le cadre d’une stratégie globale et pérenne visant de nouveaux mécanismes pour les échéances électorales de 2021. Pour les élues, il est nécessaire de renforcer le leadership des femmes au sein des partis politiques, de  développer leur réseautage, de prévoir des mécanismes de financements des campagnes électorales des femmes et de capitaliser les expériences des femmes élues. Quant aux partis politiques,  il est temps d’accompagner les lois organiques d’obligations coercitives,  de promouvoir le leadership féminin au sein des partis politiques  et de mener des campagnes au sein des partis politiques pour garantir la pleine égalité entre hommes et femmes. Mais aussi, d’œuvrer pour la parité horizontale et verticale dans les partis politiques. La société  civile est aussi appelée à être renforcée et à pérenniser son travail en matière de représentation politique des femmes. Les médias à leur tour  ont besoin de développer leur formation afin de mieux médiatiser les élues et leur travail, particulièrement dans les collectivités territoriales. En matière de  recherche, l’appel a été de  promouvoir des études sur les perceptions.

Toutes les intervenantes ont recommandé de revoir tous ces mécanismes, de passer du quota à la parité et sont toutes unanimes pour la mise en place effective de l’APALD qui est un mécanisme de non discrimination, l’institution des mécanismes et le travail sur les mentalités.

Mme Omayma Achour, Présidente de l’association Jossour FFM,  affirme que l’élément de base des informations de cette étude n’est autre que le terrain, entre témoignages, expériences et expertise. Ce qui a permis à ces femmes d’accéder soit aux communes ou au Parlement, malgré toutes sortes de discrimination,  de marginalisation et de stéréotypes, surtout au niveau local, mais, toujours avec déterminisme, bonne volonté, savoir-faire et militantisme. Cette étude pourrait jouer un rôle capital aux prochaines élections communales et législatives.

Mme Rhizlaine Benachir, Vice-Présidente de Jossour Forum des femmes marocaines,  coordinatrice du projet « Etude sur l’évaluation des mécanismes de promotion de la représentation politique des femmes au Maroc », se demande si les mécanismes de discrimination positive  utilisés  pour la promotion et la représentation politique des femmes, dont les quotas, sont toujours valables et s’ils sont en faveur ou en défaveur des femmes. Jossour lance cette étude de diagnostic, de l’évaluation de ces mécanismes au niveau communal, législatif et, aujourd’hui au niveau du Gouvernement, pendant ce temps d’arrêt postélectoral, pour recueillir le plus d’éléments possibles, à travers des femmes de terrain, qui ont percé à travers leur travail.

Mme Bouchra Bouchentouf, membre de Jossour FFM s’interroge sur  les acquis constitutionnels, à savoir, la Constitution dans son article 19, souhaitant que les recommandations fassent leurs effets, à condition, bien sûr, qu’il y ait une volonté politique.

Mme Batirtze Eguiluz Herrera, Coordinatrice de Programme FES, Freiedrich Ebert Stiftung, a parlé des progrès réalisés au Maroc mais jugés insuffisants. Elle a relevé certaines données, relatives aux élections législatives du 7 octobre 2016 au Maroc, et qui montrent que la représentation politique des femmes au sein de la chambre basse n’est que de 20,5% et que 11,7% de sièges sont occupés par des femmes.  En plus, l’étude intitulée : «  L’impact du système électoral sur la représentation politique des femmes au niveau local et régional », élaborée en 2014 par le « Mouvement pour la démocratie paritaire », en partenariat avec l’ONU-Femmes, a relevé que les mesures de discrimination positive, autrement dit, la liste nationale et la liste additionnelle ont contribué à l’augmentation du nombre de femmes dans les mandats électifs mais sans laisser un impact réel au niveau de l’accès  des femmes aux fonctions électives. Ces mesures renvoient directement aux principes de charité, de dons et nullement aux principes de respect des droits fondamentaux. D’autant plus que le Maroc est passé par trois processus électoraux cruciaux en 2015 et 2016.

La Consultante Ouafae Ben Abdennebi a mis en exergue les axes d’intervention de l’étude et des différentes étapes de travail, insistant sur les indicateurs et les mécanismes institutionnels et législatifs.  Au niveau des collectivités territoriales, le quota est de 27% de sièges décernés aux femmes au niveau communal et de 30% au niveau régional.  81 femmes au parlement en 2016 à la chambre des représentants. Pour la Chambre des conseillers, c’est 13 femmes sur 120 sièges, c’est très faible.  Le constat général, c’est que ces taux ne reflètent pas les directives constitutionnelles et c’est un argumentaire jugé non représentatif.

Mme Fouzia Assouli, Présidente de la Fondation des femmes de l’Euro-Méditerranée, Présidente fondatrice de la Fédération ligue des droits des femmes, une grande militante associative, a parlé du besoin de cette étude, en termes de références, s’interrogeant sur l’impact positif, côté mentalités.  Le quota, pour ce qui est de la représentation politique des femmes, n’est autre qu’un mécanisme jusqu’à l’accès. Le changement devrait s’opérer au niveau des partis politiques et des mentalités. Si les chiffres sont là, leur impact est faible, on devrait chercher un mécanisme qui ne soit pas perçu comme une rente.  Et l’APALD, qui n’a encore vu le jour, est le mécanisme à instaurer en premier lieu, sachant que tous les stéréotypes se reproduisent. Au niveau du cadre juridique, le principe constitutionnel homme-femme devrait être en premier plan.  Le grand handicap,  ce sont les partis politiques, la connotation de la liste nationale est liée à la rente. On doit focaliser sur plusieurs points : définir la parité horizontale et verticale, faire sortir l’APALD, travailler sur l’argumentaire, identifier les blocages et ne pas suivre les concepts donnés.

Mme Fatim Zahra Chikhi, Universitaire et élue, une expérience communale à travers trois mandats. Au niveau des collectivités locales, les listes n’ont pas eu d’impact sur la forme. La représentation politique des femmes est encore timide et on perçoit un recul. Où en est-on de l’égalité et la parité ?  D’autant plus que le regard des partis politiques  et de la société est négatif. On le perçoit comme un don et nous sommes comme un décor au niveau des communes. On ne nous donne pas de responsabilité et on nous impose des commissions confinées dans le social, le sport ou le culturel. La liste nationale est une problématique au niveau des partis politiques, il n’y a pas de référentiels concrets.  Avant je travaillais sans quota et j’étais plus confortée. C’est le clientélisme qui prime (fille, sœur, belle-fille…) à ce niveau. Tout a été divisé. Le chemin est encore long.

Nabila Benomar, ancienne députée, a parlé de son expérience lors des législatives. Parmi les difficultés, c’est qu’il n’y a pas de capitalisation.  Les femmes sont livrées à elles-mêmes. On ne devrait plus se mentir et éviter la langue de bois. Pendant la campagne électorale, l’homme en tête de liste ne me laissait pas parler. Elle s’interroge sur les convictions des femmes  élues sur certaines questions qui les touchent de près, puisque, au moment crucial pour le vote, pour un projet de loi ou autre, on s’abstient ou on ne vient pas. Pourquoi ces réticences ? Y a t-il une liberté de décisions ?  Si toutes ces mesures sont là seulement pour les statistiques, la question est d’un autre ordre. La liste nationale est une grande contrainte, pas d’accompagnement ni  encadrement.  Elle a parlé également d’un autre point qui est I ‘investissement  pour et dans les anciennes élues et députées, pour leur expertise.  Elles sont écartées et marginalisées.

Khadija Slassi, Secrétaire générale de l’Organisation Socialiste des femmes Ittihadis

La politique par définition est un combat et non pour ma propre personne, pour un projet sociétal, pour la démocratie et pour la politique. On voudrait un lobbying lourd pour le combat des femmes au niveau politique. Elle s’interroge sur le rôle des femmes têtes de liste.  On est allé du cadre général à un cadre spécial. Certaines observations et idées vont certes déboucher sur un débat et  recueillir les recommandations. On est toutes convaincues de l’importance du diagnostic, on a des expériences, des problèmes mais aussi des enjeux et des perspectives tant attendues. La question féminine est  le premier combat pour les partis politique et la société civile. C’est à la base un combat nationaliste. La question de la représentation politique est le rôle des partis politiques, de la société civile mais aussi de tous les intellectuels. C’est une idéologie, un pôle porteur qui doit impliquer tous. Quand on parle de la représentation participative, les femmes sont la moitié de la société. Où résident les partis politiques dans le domaine  de la gouvernance  démocratique ? Le quota qui est en train de progresser de 20% à 30%, seulement, quel est son empreinte ? Son impact au niveau des partis politiques ? Sinon, quels sont les contraintes et les obstacles ? A-t-on coupé avec les représentations rétrogrades, du patrimoine culturel  pour rendre justice aux femmes ?

A un certain moment, le quota état très important, une progression en matière de nombre, jusqu’à avoir l’impact voulu, que les partis politiques reconnaissent les femmes et que la société marocaine reconnaisse les potentialités des femmes. Peut-on parler aujourd’hui de lever ce quota ? On ne devrait que revendiquer la parité.

La Constitution est un plancher et non un plafond. Il faut toujours tirer vers le haut. On dit qu’il y a l’approche progressive et progressiste. La réalité est convaincante. Le problème résulte dans le partage du pouvoir. Quelles sont les mécanismes alternatifs sachant que les quotas ne sont jusqu’à maintenant pas été institutionnalisés. Il y a de grands changements au niveau de la société marocaine qui a évolué plus que les partis politiques.  Il faudrait travailler sur la moralisation des partis politiques, sur l’éthique et la déontologie du travail partisan.

A propos de la Fondation Freiedrich Ebert Stiftung

La Fondation Friedrich Ebert Stiftung (FES) est une institution politique, culturelle, privée et d’utilité publique qui souscrit aux idées et aux valeurs fondamentales de la démocratie sociale et du mouvement ouvrier. Présente au Maroc depuis 1984, la FES œuvre aux côtés de ses partenaires pour la promotion et l’enracinement de la démocratie, la consolidation de l’état de droit par la formation et l’éducation civique.

Dans ce contexte, la FES, Fondation à caractère politique,  soutient la société civile marocaine dans la création d’espaces de réflexion et de dialogue en matière d’égalité dans le domaine de la représentativité politique. Et ce, afin de contribuer à la consolidation de la démocratie par la construction d’une société inclusive respectueuse des droits humains de tous les citoyens et citoyennes.  La Fondation politique allemande souscrit fermement à la valeur universelle de l’égalité. L’égalité de tous les citoyens devant la loi, l’égalité devant le suffrage, l’égalité des chances et l’égalité entre les hommes et les femmes. L’égalité étant le principe fondamental de la parité.

 

A propos de l’association Jossour Forum des Femmes marocaines

Jossour, une association à but non lucratif fondée en juillet 1995 par des militantes et des potentialités actives sur le terrain, a pour objectif le renforcement des compétences des femmes marocaines en vue d’une meilleure participation et investissement de l’espace public à tous les niveaux, économique, social, juridique, culturel et environnemental. L’association, qui est représentée localement par des sections à Rabat, Salé, Asilah et Mèknes,  vise les hauts postes de responsabilité et de décision politique pour un rayonnement sur le plan international. Dans cette optique, Jossour FFM mène des actions de plaidoyer et de proximité afin de  promouvoir les valeurs et les principes de la citoyenneté réelle et effective, d’encourager l’autonomisation des jeunes et le réseautage entre les femmes. Sa recherche action vise une modernisation des outils et des mécanismes d’apprentissage et de suivi en marge d’un meilleur plaidoyer auprès des autorités et des partis politiques. Parmi les formations assurées par Jossour, non épisodiques,  la Formation des candidates aux élections législatives, communales, régionales et provinciales, la Participation à la rédaction du « Plan d’intégration de la femme au développement », le Réseautage avec le « Printemps de l’égalité » et le réseau « Femmes pour Femmes » pour la défense des droits de la Femme marocaine, l’Elaboration du mémorandum  revendicatif concernant le Code de la Famille adressé au Cabinet Royal, à la Commission Royale chargée de l’élaboration du nouveau Code de la Famille et au gouvernement et aux partis politiques…..