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Est-il nécessaire et suffisant d’instaurer des quotas pour accélérer la parité hommes/femmes dans le monde arabe ?

Tandis que j’écris ces lignes depuis Sanaa, je me dis que « 10 %, ce n’est pas assez ». Rares sont ceux qui s’opposent à une plus large présence des femmes dans les Parlements des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord [1]. Cependant, on débat encore des solutions optimales qui permettraient d’aller de l’avant. Le Printemps arabe est né de revendications révolutionnaires en faveur de plus de représentation pour les femmes, les jeunes et, plus généralement, pour des catégories de la population qui, depuis trop longtemps, ne pouvaient pas faire entendre leur voix. Il est de plus en plus question de mettre en place des systèmes de quotas parlementaires afin de remédier à cette sous-représentation : les quotas visent à parvenir à l’égalité de représentation entre groupes de la population en éliminant les obstacles structurels qui s’opposent à une meilleure participation politique.

Depuis 1997, le nombre de députées a été multiplié par six en Égypte, en Jordanie et au Maroc ; la proportion de sièges occupés par des femmes est passée de 6 à 25 % en Iraq. Comment ? Ces quatre pays ont recouru à des quotas pour soutenir la représentation féminine. Djibouti et le Soudan ont mis en œuvre des dispositifs analogues, et il se peut que la Tunisie et le Yémen leur emboîtent le pas.

Les systèmes de quotas sont-ils incompatibles avec l’idéal d’égalité des chances ? Ou bien l’égalité des résultats est-elle plus importante ? Si, aux États-Unis, il n’y a pas de quotas, en France, les listes de candidats des partis politiques doivent comporter 50 % de femmes. Les quotas ont-ils pour effet d’homogénéiser des situations très différentes d’une femme à l’autre ? En tentant de vaincre les inégalités, renforcent-ils involontairement une perception de la subordination ?

Au Moyen-Orient, où les régimes dominés par les hommes restent enracinés, des quotas imposés par le législateur pourraient être nécessaires, bien que non suffisants, afin que les choses bougent. Les quotas de femmes ne constituent pas uniquement le signe d’une égalité symbolique et ils garantissent davantage que des sièges dans les organes législatifs. En Égypte, durant les années 1980, les féministes étaient initialement opposées aux quotas. Mais, ultérieurement, beaucoup y ont souscrit, car la visibilité des femmes parlementaires a mis en lumière de nouvelles perspectives concernant le rôle de la femme dans la vie sociale et politique [2].
Aux États-Unis, le 113Congrès élu compte 81 femmes, un record historique. Le taux de représentation des femmes n’avait jamais été aussi élevé dans ce pays. Selon Nancy Pelosi [première femme élue présidente de la Chambre des représentants aux États-Unis], « plus la diversité des opinions est grande autour de la table, plus il est facile de dégager un consensus, plus les solutions sont pérennes et plus elles seront respectées » [3].

Un signal fort pour l’avenir

Si la population souhaite des quotas et que l’élite politique prend en compte cette aspiration, de telles réformes produiront peut-être des résultats positifs. Ainsi, au Yémen, l’introduction d’un mécanisme de quotas pour une meilleure représentation féminine fera probablement partie intégrante du dialogue national attendu. Une répartition plus équitable à l’intérieur des partis et des instances dirigeantes enverrait un signal fort, au sein de toute la région, quant à la volonté de l’État de se montrer plus inclusif dans la résolution de différends complexes. Ce mécanisme s’appuierait sur la reconnaissance de la nécessité d’une forme de participation différente, incluant tout le monde et non pas seulement les intérêts en place. La population du Yémen, et de l’ensemble du Moyen-Orient, espère que ses revendications seront entendues et satisfaites, bientôt.



[1] Sabbagh, A., 2005, « The Arab states: Enhancing women’s political participation », in Ballington, Julie et Karam, Azza (2005), Women in Parliament: Beyond Numbers, http://www. idea. int (consulté le 7 août 2006).

[2] Pour une perspective différente, voir Mackinnon, Catharine, A., 1989, Toward a Feminist Theory of the State, Cambridge, Massachussetts, Harvard University Press.

[3] « House Gets More diverse than Ever », Washington Post, 4 janvier 2013.

Source: banquemondiale.org