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Enseignement, intelligence et développement

 

Auteur : Hakim Arif

Le développement est un processus auto entretenu et cumulatif par lequel une communauté utilise ses ressources dans le but de concevoir et produire des biens et des services destinés à l’amélioration de la qualité de vie de ses membres et/ou à les échanger dans un rapport favorable contre ceux d’autres communautés.

Les ressources doivent être entendues comme étant des ressources matérielles et intellectuelles.

Pour que le développement soit auto entretenu, il est indispensable qu’il maîtrise l’utilisation de toutes les ressources. Plus particulièrement, l’intelligence (ressources intellectuelles, la science et la connaissance) doit être améliorée de sorte que la communauté puisse mieux maîtriser les phénomènes afin d’inventer de nouvelles solutions et de créer de nouveaux produits.

Il s’agit d’un facteur fondamental du processus de développement.

Historiquement, celui-ci a commencé par des inventions, c’est à dire des solutions qui l’ont rendu possible (électricité, chemin de fer…). Actuellement, la tâche pour les pays à développement lent est plus ardue qu’elle ne l’était pour les pays dont le processus de développement est bien enclenché.

Il faut désormais réfléchir dans un cadre mondialisé, ce qui suppose que la communauté, ses intellectuels, ses chercheurs, ses scientifiques soient intégrés dans la sphère de l’intelligence mondiale. Pour y arriver, il n’y a qu’une seule et unique voie praticable, la formation et l’information.

Le système d’enseignement doit être pensé dans ce sens. Sa fonction est très précise ; elle consiste à faire de l’état actuel de la connaissance le point de départ et non pas l’aboutissement des études. Ce qui est important, c’est d’apprendre pour faire participer à l’évolution de la connaissance. Il faut donc viser la formation d’un intellect autonome, autrement dit capable, à partir d’un certain niveau de savoir, d’améliorer celui-ci par des recherches de plus en plus poussées et par un effort de conceptualisation indépendant.

Dans ce contexte, on peut facilement concevoir le rôle de l’information. Elle rend l’autonomie de l’intellect possible puisqu’elle permet la recherche au-delà des connaissances enseignées. L’accès à la connaissance n’est donc qu’un élément du processus global de développement.

Après l’intelligence, la communauté est amenée à disposer des moyens susceptibles de traduire les résultats des recherches (les fruits de l’intelligence) en biens, utiles aux humains. C’est un autre moment crucial du processus de développement.

L’investissement est en fait la concrétisation du travail de l’intellect. Dans un processus de développement auto entretenu, il doit pouvoir être réalisé dans des délais de plus en plus rapides, sachant que la notion de temps se réfère à l’espace mondialisé et non pas uniquement à l’espace de la communauté elle-même. C’est la fréquence mondiale des inventions et des innovations qui commande l’horloge économique du processus de développement.

Les principaux acteurs à ce niveau sont l’Etat et les investisseurs. Si les deux sont animés par des préoccupations de développement, ils doivent en principe mettre en place les moyens nécessaires à l’exploitation des fruits de l’intelligence. L’Etat en tant que facilitateur, les investisseurs en tant que prospecteurs des opportunités des marchés mondiaux.

Le rôle des investisseurs est plus important qu’il paraît en fait. Ils peuvent orienter la recherche et les études dans les directions qui leur paraissent favorables à l’investissement. dans ce sens, leur implication dans la conception de la formation scientifique et technique est primordiale. Ils connaissent mieux que quiconque les besoins des marchés.

Il est utile de relever à ce stade qu’il est important de ne pas se concentrer uniquement sur la recherche-développement. Au contraire, la recherche fondamentale est tout aussi indispensable. Bien qu’elle ne donne des résultats que sur le long, voire le très long terme, elle n’en joue pas moins le rôle d’éclaireur et de défricheur du futur. La recherche fondamentale n’étant pas soumise aux mêmes exigences de temps que la recherche appliquée, elle constitue le moyen d’explorer le long et le très long terme.

Aussi, des ressources doivent-elles être mobilisées en conséquence. Il y a cependant un risque réel de la voir négligée aussi bien par l’Etat que par les investisseurs, car n’étant pas immédiatement rentable. Pour ce qui est des investisseurs, la cause est entendue, ils travaillent sur le disponible et à la rigueur sur l’immédiatement réalisable. C’est ainsi qu’ils peuvent rentabiliser les fonds dont ils disposent ou qui leur sont confiés. On peut alors mettre en place une certaine répartition des tâches.

L’Etat prendra en charge la recherche fondamentale, tandis que le privé s’occupera de la recherche appliquée. De cette manière, les ressources seront mieux utilisées et surtout de manière plus juste. Chaque composante de la communauté doit se concentrer sur les aspects qui correspondent le plus à sa vocation, ce qui est censé assurer une meilleure allocation des ressources, ce qui est exigé par la concurrence au niveau mondial. L’espace économique étant désormais planétaire, tout doit être pensé dans ce sens. Une communauté ne peut pas, c’est évident, tout produire par elle-même et pour elle-même. Elle est appelée à commerce avec le reste du monde, vendant le fruit de son intelligence et de son industrie et achetant les produits qu’elle ne peut fabriquer.

Avec la mondialisation, ces échanges vont être facilités. Toutefois, lorsqu’une communauté est bien engagée dans le processus du développement, il lui est plus facile de tirer meilleur parti de ces échanges, puisqu’elle aura su inventer des solutions mondialement utiles et donc incontournables. Ici la conception de l’avantage comparatif n’est plus opérationnelle, du moins dans sa forme originelle. On peut toutefois l’améliorer puisqu’un des éléments fondamentaux du développement est performant, l’enseignement. On échangera alors des biens et des services à forte teneur en intelligence humaine et dont le marché n’est pas forcément commandé par les prix mais par l’invention et l’innovation, c’est à dire la valeur intellectuelle.

On peut alors adopter une autre notion, à la place de celle de l’avantage comparatif pour adhérer à la notion de développement auto entretenu : l’avantage concurrentiel.

Contrairement à l’ancien, il n’englobe pas uniquement les facteurs main d’œuvre et capital mais également le facteur intelligence. Il faut remarquer cependant que ce facteur existe et a toujours existé, sauf qu’il a été noyé soit dans le facteur capital soit dans le facteur travail, ce qui correspond à une vision comptable et administrative de l’investissement et donc aussi du développement.

Ce qui est proposé donc ici, c’est de faire de l’intelligence un facteur à part entière. Les conséquences sont importantes et notamment on pourra plus facilement agir sur cette importante composante du processus de développement. Même au sein des entreprises on pourra déterminer la contribution de la matière grise, ce qui est déjà le cas par exemple dans les industries pharmaceutiques, aérospatiales, de l’information…etc.

Eriger l’intelligence en facteur à part entière, conduit à la rémunérer de manière appropriée. Ce qui limitera, entre autres, la fuite des cerveaux qui est en fait une part de facteur intelligence.

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