Accueil / Non classé / Donnons du sens à la réforme

Donnons du sens à la réforme

Auteur : Kouddane Taoufiq

Donnons du sens à la réforme

24 Mars 2008

Le Conseil Supérieur de l’enseignement remettra incessamment à SM le Roi Med VI un rapport feuille de route de ce qui sera fait dans le secteur jusqu’à 2015, année butoir pour un enseignement de “qualité” qu’ambitionne l’Etat au regard des efforts financiers, avoisinant ceux de la France, et humains consentis pour l’atteinte de cet objectif.

Ce qui frappe l’esprit à la lecture du compte-rendu des extraits de ce rapport publié par ” L’Economiste ” du 14 Mars 2008, c’est que plus les responsables continuent à prendre de la hauteur plus ils manquent de profondeur dans la gestion de ce grand secteur. Leur ténacité dans l’erreur est à la hauteur de leur méconnaissance de la réalité complexe du système éducatif marocain. Notre système obéissant à la loi de l’effet de domino, les actions doivent être menées tous azimuts pour qu’on puisse donner du sens à la réforme.

*Peut-on s’attendre à une éducation de”qualité” en procédant à un relookage d’une éducation de masse avec des enseignants non qualifiés, une plage horaire étouffante, des tâches à l’organisation mécanique, une vision morcelée des apprentissages et en alimentant l’éducation formelle de l’éducation non formelle ?

*Peut-on aspirer à une bonne gouvernance où à chaque réunion annuelle, l’Académie prend soin d’annoncer le thème sous lequel se tiendra son conseil d’administration et qui se limitera, comme à l’accoutumée, à un effet d’annonce ?

*Peut-on espérer une éducation de ” qualité ” en présence de ce clivage qui s’est aggravé entre personnel enseignant et personnel administratif suite aux nouveaux critères de notation des enseignants par leur direction ?

Nous assistons à une réforme qui ne dit pas son nom et qui n’est pas l’expression des aspirations de tous les acteurs. On veut changer l’école sans changer la classe. On veut retourner à l’enseignement fondamental sans créer les conditions de sa mise en application. On veut une gestion rigoureuse des ressources humaines sans assainir l’administration et la protéger des pressions .On veut une gestion selon un système académique sans représentativité de toutes les régions au sein du Conseil Supérieur de l’Enseignement. On opte pour une gestion participative sans consulter tous les acteurs….. comme si les décideurs avaient le monopole des bonnes idées et la baguette magique pour pallier tous les problèmes.

Les problèmes que rencontre notre enseignement sont insuffisamment anticipés faute d’un climat harmonieux entre les différents acteurs, de valeurs communes et d’une méthode d’écoute.

Il faudrait penser sérieusement à la création de commissions des différentes parties en fonction de leur statut et de leur cycle pour que leur voix soit portée devant le Conseil Supérieur de l’Enseignement, le ministère et pourquoi pas aussi devant le conseil d’administration de l’Académie. Et pour faire gagner le débat en transparence, en efficacité et en clarté, il faudrait veiller à ce que le rapport de chaque commission soit publié. Les questions pédagogiques ne revêtant guère d’importance aux yeux des syndicats ; alors autant chacun son champ d’action.

Il est des temps comme le nôtre où il ne fait pas bon d’être enseignant. Le présent inquiète et le futur fait peur.

Cependant des recommandations et le constat, nés au forceps, contenus dans ce rapport ont le mérite d’être cités.

D’un côté, il est important de noter le retour à l’enseignement fondamental qui comptera pour un retour au bon sens pourvu que les modalités de son application soient accompagnées d’un changement des manuels scolaires, d’une nouvelle répartition des matières et d’un aménagement des horaires adapté à chaque matière. Qu’on cesse de maltraiter les langues secondaires !

D’un autre côté, il faudrait saluer cette remise en cause de cette décentralisation en éducation atypique, en comparaison aux autres secteurs d’activité, onéreuse vu le budget et le personnel qu’elle mobilise pour des résultats bien en deçà des efforts financiers et humains consentis.

S’agissant de la mauvaise répartition des enseignants et des fonctionnaires fantômes, dans l’absence d’une réelle volonté d’éradiquer le mal, il est inutile de reposer le problème.

Dans l’émission de « C’est dans l’air » du jeudi 21 Février 2008, présentée par France5, le grand écrivain Jean d’Ormesson, un homme de droite qu’on ne pourrait soupçonner d’avoir des idées de gauche a su trouver les mots à la réussite de la réforme engagée en France

« Rien n’est plus important que l’Education Nationale. Naturellement, tout est important, mais rien n’est plus important…… L’E.N, c’est la France de demain et un pays qui néglige son E.N est un pays perdu. Alors je voudrais que le gouvernement mette le plus de ressources possibles à l’E.N et que les corps enseignants, à tous les niveaux, soient respectés. Ce sont des gens importants, ce sont des gens à qui on confie nos enfants ça doit être des gens qu’on doit respecter, ça doit être des gens qui sont au premier rang de l’effort national.[…] On ne fera pas l’E.N. sans le concours de ces gens qui sont extraordinairement dévoués et qui travaillent dans des conditions très difficiles ».

KOUDDANE TAOUFIQ NOUVEAU COLLEGE AL HOCEIMA 32000

 

Kouddane11@yahoo.fr