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Conflits et Gestion des Ressources Naturelles

La gestion des ressources naturelles apparaît comme un objectif légitime des interventions de développement. En effet, le constat d’un processus de dégradation des ressources naturelles peut compromettre l’avenir de l’agriculture marocaine, même s’il prend des formes diverses et s’il est d’une gravité variable selon les régions du pays.

En première analyse, deux facteurs interdépendants peuvent contribuer à expliquer ce processus de dégradation : 

  •  L’exploitation des ressources naturelles s’intensifie au fur et à mesure que la population augmente, que ses besoins alimentaires et monétaires s’accroissent et qu’elle dispose de techniques facilitant et/ou accélérant leur mise en valeur. 
  •  Les règles de gestion des ressources naturelles en vigueur dans maints endroits paraissent insuffisantes pour enrayer un processus de dégradation, notamment dans les zones appropriées ou utilisées collectivement.

Tous les acteurs de développement paraissent aujourd’hui conscients des processus de dégradation en cours et jugent important de chercher les moyens d’y remédier. En effet, le Maroc a donné une importance considérable au développement de son milieu rural. Cette importance apparaît systématiquement dans tous les plans socio-économiques d’une part et se concrétisent par l’élaboration d’un certain nombre de projets de développement visant l’amélioration du niveau de vie de l’agriculteur d’autre part.

L’ensemble de ces projets de développement a pour objectifs de : 

  •   Améliorer les systèmes de production paysanne pour la valorisation économique et durable des ressources ; 
  •   Gestion sociale des ressources (eau, pâturage, terre,….etc.) ; 
  •   Création d’espace de concertation et de méthodes de négociation sur l’utilisation de ces ressources ; 
  •   Consolidation des espaces de démocratie locale et planification participative.

Cependant, si l’objectif de préservation et de gestion des ressources naturelles est légitime, les actions menées pour l’atteindre ont rencontré beaucoup de problèmes. L’échec de ces projets est dû à des erreurs d’analyse sur la volonté et la capacité que peut avoir une population rurale d’absorber une nouvelle technologie et des infrastructures de développement et de les intégrer dans sa façon de vivre et de travaille ; ces projets n’ont pas pu obtenir l’impact souhaité, suite à des incompréhensions entre les promoteurs et les populations (FAO, 1998). D’un autre côté, les territoires ruraux ne sont pas seulement des espaces physiques avec des caractéristiques biologiques, ils sont également des espaces sur lesquels s’établissent historiquement des relations sociales et de pouvoir qui se reflètent sur la gestion des ressources. Aussi, la valorisation durable des ressources naturelles ne peut ignorer cette dimension sociale et passe obligatoirement par l’implication de la population dans la définition de nouvelles règles, normes et pratiques qui permettent de résoudre les conflits liés, par exemple à l’accès à l’eau. Dans ce sens, une bonne compréhension et une bonne utilisation des mécanismes de la communication permettront de bien stimuler la négociation et la gestion des conflits inhérents à toute société humaine.

Les conflits liés aux ressources naturelles, objet de notre étude, procèdent des désaccords et des différends sur l’accès, le contrôle et l’utilisation des ressources naturelles. Ces conflits naissent souvent du fait que la population utilise les ressources (forêts, eau, pâturage et terres) à des fins différentes, ou entende les gérer de diverses manières. Les différends naissent également en cas d’incompatibilité des intérêts et des besoins des uns et des autres, ou de négligence des priorités de certains groupes d’utilisateurs dans les politiques, programmes et projets. Ces conflits sont une caractéristique inévitable de toutes les sociétés (FAO, 2001) Au cours des dernières années, les conflits liés aux ressources naturelles ont pris de l’ampleur et se sont intensifiés. Si ces conflits ne sont pas réglés, ils risquent de provoquer des réactions violentes, une dégradation de l’environnement et des moyens d’existence des populations et une interruption des projets. Reconnaître que le conflit est inhérent à tout système d’utilisation des ressources constitue une condition sine qua non pour une gestion durable, participative et équitable.

En effet, de nombreux systèmes traditionnels de gestion des conflits obtenaient des résultats valables. Toutefois, lorsque ces systèmes ne suffisent plus et lorsque les conflits concernent divers partenaires non traditionnels, il peut être opportun d’envisager également d’autres solutions. Les méthodes modernes de résolution des conflits qui sont proches des méthodes de négociation d’un accord de gestion participative, expriment les mêmes valeurs (dialogue, transparence, pluralisme, équité,…), ont les mêmes ingrédients et peuvent être facilitées de manière similaire. Outil indispensable au dialogue, la communication est le ciment qui favorise la synergie, la participation et la prise de décision.

En outre, la gestion des conflits est un processus non violent qui passe par le dialogue et la négociation. Elle consiste notamment à identifier les causes profondes des conflits et intervenir afin d’éviter qu’elles ne se représentent pas à l’avenir, régler les désaccords avant qu’ils ne dégénèrent en manifestation d’hostilité et enfin à aider les parties prenantes à examiner les multiples options d’accord puis à en choisir une qui soit acceptable par tous. De là surgit le besoin d’une étude des conflits liés aux ressources naturelles, en posant les questions centrales suivantes :

  •  Quels sont les conflits d’usage en rapport avec les ressources naturelles ? 
  •  Par quels moyens peut-on les résoudre afin de préserver et valoriser les ressources naturelles tout en assurant les conditions du développement ?

De telles questions doivent déboucher sur une démarche pratique et opérationnelle de gestion des conflits permettant à la population de bien gérer les conflits qui peuvent apparaître au sein de leur communauté. A partir de là, et afin de mieux répondre à ces questionnements, nous avons pensé nécessaire de poser les questions suivantes :

  •  Qu’est ce qu’un conflit ? 
  •  Comment définir les conflits liés aux ressources naturelles ? 
  •  Quelles en sont les conséquences ? 
  •  Pourquoi les conflits éclatent-ils ? 
  •  Comment se manifestent les conflits ? 
  •  Quels sont les différents acteurs ? 
  •  Comment la population gère-elle les conflits liés aux ressources naturelles ? 
  •  Comment gérer les différends qui surgissent au sein de la communauté villageoise ?

Par : Chamich Mohamed

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