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Compte rendu des discussion sur la prise en charge du SIDA au Maroc

 

Durant 5 semaines (lundi 10 avril au vendredi 11 mai 2006) les internautes de l’espace de discussion « Et si nous en discutions ? » de Tanmia ont pu débattre sur la prise en charge du SIDA au Maroc. Les discussions ont été animées et modérées par M. Amine Boushaba. Vous trouverez ci-dessous le compte rendu rédigé par M. Boushaba.

La prise en charge du Sida au Maroc

« Soyons clairs. Le Sida est bien plus qu’une crise sanitaire : c’est la menace la plus grave qui n’ait jamais pesé sur le développement » C’est ainsi que Kofi Annan décrit le Sida lors de la dernière assemblée générale des Nations Unies sur le Sida..

En effet le sida est la plus grande catastrophe de santé publique que le monde n’ait jamais connue. Aujourd’hui 40.3 millions de personnes sont infectées dont une part sans cesse croissante de femmes, qui représentent 43%. Les décès ont été évalués à 3.1 millions en 2005 dont plus d’un demi-million d’enfants. Depuis que le Sida a été identifié en 1981 ; 25 millions de personnes en sont mortes.

Ces chiffres sont à peine croyable, des chiffres effroyables, sans grande surprise, c’est l’Afrique subsaharienne qui reste la plus touchée avec 25.8 millions de séropositifs. Malheureusement et sans grande surprise non plus c’est aussi la région où les individus ont le moins accès aux traitements.

Qu’en est-il au Maroc ?

Depuis la déclaration du premier cas de sida au Maroc en 1986, 1839 cas cumulés ont été déclarés au mois de novembre 2005. Si le Maroc est considéré jusqu’à ce jour comme un pays à faible prévalence, plusieurs indicateurs font présager une augmentation rapide du nombre de personnes touchées à savoir : 

–  16 000 à 20 000 personnes séropositives 

–  Presque autant d’hommes que de femmes parmi les nouveaux cas de sida 

–  Une progression annuelle d’environ 40% des nouveaux cas de sida 

–  Multiplication par trois du nombre des cas de sida dans la région d’Agadir. 

–  Par ailleurs le sida touche 2.3% des professionnelles du sexe ; 1% de la population carcérale et 1 femme enceinte sur 1 000.

Les relevés épidémiologiques montrent aussi clairement que les jeunes et les jeunes adultes sont particulièrement touchés. Les personnes âgées de 15 à 29 ans représentent 25% des cas de SIDA et celles âgées de 30 à 39 ans 43%. Notons aussi que 84% des cas de transmissions sont d’ordre sexuelles.

En matière de lutte contre le Sida, le Maroc est considéré comme leader dans la région Maghreb Moyen orient, en effet dans les années 90 alors que la plupart des pays arabes et même africains étaient dans le déni totale de cette maladie, Le Maroc s’organisait déjà autours d’un programme national de lutte contre le Sida et des associations militantes, la première étant l’ALCS. Des programmes de prévention ont été initiés envers les différentes populations concernées et particulièrement les jeunes. Des Centres de dépistages anonymes et gratuits ont été ouverts dans différentes villes du pays. Des efforts certainement louables mais encore très insuffisants.

Quant à la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/Sida (personnes séropositives et/ou malades du sida) elle est gratuite. Grâce aux efforts conjugués de l’ALCS et du Ministère de la santé les traitements antirétroviraux (ARV) sont disponibles au Maroc. Traiter tous les patients marocains n’a pas été chose facile ; Cette entreprise allait se heurter à un obstacle de taille : le coût excessif des traitements. Les bailleurs de fonds internationaux refusaient d’ailleurs de financer les ARV et ne finançaient que des actions de prévention. Sachant qu’un traitement du sida coûtait 12 000 dhs par mois et par personne en 1996. Ces traitements ne doivent surtout, souffrir d’aucune interruption. Le virus pourrait en effet profiter de ce laps de temps pour développer une résistance aux molécules utilisées rendant le traitement inefficace.

A ces prix là s’ajoute évidemment tous les frais relatifs au traitement des infections opportunistes, aux différents tests, bilans ainsi que la prise en charge hospitalière. Autant dire un budget très conséquent.

Dès lors le combat à mener d’urgence devait porter sur la négociation des prix des ARV. L’ALCS a développé une activité importante de plaidoyer pour l’accès aux ARV et pour la collecte de fonds au niveau national et international. Cette bataille a été menée sur plusieurs fronts : 

–  Action de lobbying auprès des caisses de sécurité et de prévoyance sociale 

–  Action de lobbying auprès d’entreprises pour la prise en charge de leurs employés ayant une infection à VIH/SIDA 

–  Exonération de la taxe douanière 

–  Négociations avec l’Industrie Pharmaceutique

Ce travail a permis de réduire d’une manière très considérable le coût des traitements le ramenant à 1 500 dhs par mois !!!! A ce jour environs 650 personnes sont sous traitements, ceux ci sont financés par le ministère de la santé (50%) et par le Fonds Mondial de lutte conte le sida, le paludisme et la tuberculose. Cependant de sérieux problèmes risquent de se profiler à l’avenir ! D’abord parce que les financements internationaux sont des financements à terme, et deuxièmement parce que le nombre des personnes ayant besoins de traitements risque d’augmenter très rapidement. Comment alors traiter tout le monde ? La solution serait évidemment dans la réduction des prix. L’introduction de médicaments génériques ( copies de médicaments) de qualité égale dans certains pays comme l’Inde ou la Thaïlande a permis de traiter d’une manière convenable les patients de ces pays. Il faut savoir qu’actuellement le coût d’un traitement générique est de… 1 500 dhs par an !! Pourquoi alors le Maroc ne s’engage-t-il pas dans cette voie ? Tout simplement pour des raisons de pressions internationales, d’accords commerciaux, d’organisation mondiale du commerce etc.. Mais ceci est un autre débat.

Compte rendu final

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