Accueil / Non classé / Commission Economique 26° réunion du Comité Intergouvernemental

Commission Economique 26° réunion du Comité Intergouvernemental

 

La 26è réunion du Comité Intergouvernemental de la Commission Economique des Nations- Unies pour l’Afrique (CEA) se tient à Rabat du 22 au 25 février. Plus de 50 participants venus de toute l’Afrique prennent part aux travaux de la Commission, ouverte par Mme Karima Bounemra, Directrice du Bureau de la CEA pour l’Afrique du Nord, M. Youssef Amrani, Secrétaire Général du Ministère des Affaires Etrangères du Maroc, et le représentant du Secrétaire Général de l’Union du Maghreb Arabe.

Cette réunion, préparée plusieurs mois avant es récents événements que connaissent aujourd’hui les pays arabes, a été marquée par la mise en avant du rôle central que doivent jouer les Etats face aux défis de l’emploi, notamment l’emploi des jeunes, de la lutte contre le changement climatique, et de l’intégration régionale. La Commission a appelé à mettre en place des « people-centered policies », axées sur le développement humain et l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement. « Laisser à une main invisible la gestion des affaires économiques a été un échec, et a eu des effets sociaux très graves », ainsi que l’a rappelé M. Youssef Amrani, Secrétaire Général du Ministère des Affaires Etrangères marocain.

La journée introductive a été marquée par la présentation du rapport sur les conditions économiques et sociales en Afrique du Nord en 2010.

Concernant l’environnement international et régional, le rapport relève l’accélération du basculement économique du monde vers le Sud et l’Est (l’Asie), et notamment les pays émergents. L’émergence de nouvelles sources de savoirs et de financements en faveur du développement est aussi en forte accélération, dans un contexte de reprise réelle de la croissance. 2010 a connu par ailleurs une envolée des prix alimentaires, et une forte volatilité des marchés énergétiques, bien que l’inflation ait été très contenue.

Plusieurs indicateurs macro-économiques ont été évoqués dans le rapport, à l’appui de ces constats. Les investissements sur les infrastructures se sont poursuivis à un rythme soutenu, malgré la très forte baisse des IDE en 2009 (-27%). Le rebond en 2010 a été faible, à hauteur de 3% : l’inquiétude des investisseurs étrangers est donc persistante. Les exportations sont reparties à la hausse de 15%, et la balance commerciale, déficitaire en 2009, est aujourd’hui en surplus de 1,5 milliards pour toute la sous-région, même si le phénomène est essentiellement dû à l’envolée des prix du pétrole. Cela traduit fondamentalement un manque de diversification de l’économie régionale.

Le potentiel en commerce intra-régional reste quant à lui largement inexploité (il stagne à 4% des échanges seulement…), y compris par rapport aux autres sous-régions africaines. Or l’intégration favoriserait de fait la diversification, et c’est évidemment l’une des réponses importantes aux défis du chômage.

La situation des finances publiques quant à elle reste très contrastée : pour l’Algérie et la Mauritanie, les recettes sont en hausse, du fait des hydrocarbures. La Libye a ainsi, pour les mêmes raisons, relevé sa situation, et réduit son déficit. Le Maroc et l’Egypte ont vu au contraire leurs recettes baisser fortement, du fait de la crise, qui a induit une baisse des revenus fiscaux indirects.

Les bourses repartent à la hausse, et le rapport souligne les efforts des Etats en faveur d’une meilleure régulation et de la transparence des places financières.

Mais globalement en 2010, les effets négatifs de la crise continuent à se faire sentir : le manque à gagner se chiffre à 1,1 % de PIB. C’est la demande extérieure a tiré la reprise, contrairement à 2009, où la demande intérieure a amorti les effets de la crise mondiale.

Alors, quelles mesures de politique économique de moyen long terme doivent être mises en oeuvre ? La Commission économique pour l’Afrique recommande essentiellement d’accélérer la diversification, vers des produits à plus forte valeur ajoutée, et répondant mieux à la demande interne.

Sur le développement social et humain, la crise est profonde, même si les pays (à l’exception de la Mauritanie et du Soudan) sont globalement bien positionnés dans le classement du développement humain du PNUD – en particulier par le rythme soutenu des progrès. La question structurelle du modèle de développement et de gouvernance se pose néanmoins : les mécanismes de dialogue social sont insuffisants, la participation de la jeunesse est trop faible, les zones péri-urbaines restent très fragiles. L’introduction de la mesure des inégalités préconisée par le PNUD pour l’amélioration des indicateurs de DH fait apparaître en outre de réelles tensions dans la sous-région, et fait nettement baisser les pays du Maghreb dans le classement international.

De plus les inégalités de genre en matière d’accès aux services restent fortes par rapport aux pays comparables à l’échelle du globe. Sur le front du chômage, les taux restent parmi les plus élevés au monde, la moyenne mondiale étant de 6 %. Les taux bondissent à 23 % pour les jeunes, et les jeunes femmes sont frappées par le chômage à plus de 50 % ! Un changement radical des politiques publiques doit être opéré de manière urgente.

Les conclusions du rapport rappellent combien l’année 2010 a montré la vulnérabilité de la région aux chocs extérieurs, et soulignent l’urgence de construire un système économique régional intégré.

En particulier, une meilleure articulation entre le traitement des questions économiques et celles liées au traitement du chômage et des questions sociales est indispensable.

Le renforcement des processus de décentralisation doit continuer à être appuyé, comme la consolidation des systèmes statistiques. Une vision régionale en matière de sécurité alimentaire doit être construite, pour peser au sein d’institutions telles que l’OMC, et la mise en place de réserves alimentaires régionales.

La participation de la jeunesse est incontournable dans le processus de développement social, de manière inclusive, dans la définition des politiques publiques : l’approche basée sur les besoins, où les citoyens sont passifs, doit basculer vers une association active des citoyens à l’élaboration des politiques publiques, reposant sur le principe de la mise en application concrète des droits humains fondamentaux.

Ce rapport est donc marqué par une meilleure prise en compte de la dimension humaine du développement au sein des institutions économiques, et notamment au sein de la CEA. Les débats du Comité intergouvernemental se poursuivront durant 3 jours encore, et ne manqueront pas d’apporter des contributions importantes à ces premières recommandations.

Aurélien Lécina, CERAM (Centre de Recherche sur l’Afrique et la Méditerranée) / EGE-Rabat.

Les documents de travail et le rapport sont disponibles sur le site de la CEA : www.uneca-na.org

À propos Responsable de publication