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CHARTES INTERNATIONALES SUR LE PATRIMOINE

 

Auteur : ZAHOUR

Le patrimoine comporte à la fois des éléments matériels et immatériels. On retrouve dans le champ du patrimoine matériel, le patrimoine immobilier, mobilier, archéologique, archivistique et documentaire. Ce patrimoine peut donc comporter des édifices, des monuments, des sites, des œuvres d’art, des objets ethnographiques, des archives, des livres, des brochures, des journaux, en somme le patrimoine matériel rassemble les objets tangibles qui peuvent être conservés, restaurés et montrés.

Le patrimoine immatériel, pour sa part, regroupe le savoir et le savoir-faire qui caractérisent une collectivité, c’est dans cette catégorie que se situent le patrimoine linguistique, la toponymie, le patrimoine scientifique, le patrimoine audiovisuel ainsi que les nombreux éléments du patrimoine vivant.

Les chartes universelles en matière de sauvegarde du patrimoine sont adoptées par le Conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS*).

« ICOMOS est une organisation non-gouvernementale internationale de professionnels, qui œuvre à la conservation des monuments et des sites historiques dans le monde. L’organisation a été fondée en 1965 suite à l’adoption internationale de la Charte pour la conservation et la restauration des Monuments et des Sites, à Venise l’année précédente. Aujourd’hui, l’organisation compte des Comités Nationaux dans plus de 107 pays. Ses objectifs majeurs sont de rassembler les spécialistes de la conservation du monde entier, être un lieu permettant le dialogue professionnel et les échanges, de recueillir, approfondir, diffuser les informations sur les principes, les techniques et les politiques de conservation, d’encourager l’adoption et l’application des conventions internationales sur la conservation et mettre en œuvre la mise en valeur du patrimoine architectural. »

Je résumerai, ci-dessous, les principaux sommets internationaux portant sur la sauvegarde et la gestion du patrimoine :

  • CHARTE INTERNATIONALE DE CONSERVATION ET DE RESTAURATION DES MONUMENTS ET DES SITES « CHARTE DE VENISE-1964 ».

Selon cette charte, la notion de monument historique comprend la création architecturale isolée aussi bien que le site urbain ou rural qui porte témoignage d’une civilisation particulière, d’une évolution significative ou d’un événement historique. Elle s’étend non seulement aux grandes créations mais aussi aux œuvres modestes qui ont acquis avec le temps une signification culturelle.

Les propos ci-dessous sont extraits de la charte et résument en quelques sortes les objectifs du sommet de Venise. … « Il est dès lors essentiel que les principes qui doivent présider à la conservation et à la restauration des monuments soient dégagés en commun et formulés sur un plan international, tout en laissant à chaque nation le soin d’en assurer l’application dans le cadre de sa propre culture et de ses traditions… ».

Selon l’article 9 de la charte, la restauration est une opération qui doit garder un caractère exceptionnel. Elle a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques. Elle s’arrête là où commence l’hypothèse, sur le plan des reconstitutions conjecturales, tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps. La restauration sera toujours précédée et accompagnée d’une étude archéologique et historique du monument.

Selon l’article 16 de cette charte, les travaux de conservation, de restauration et de fouilles seront toujours accompagnés de la constitution d’une documentation précise sous forme de rapports analytiques et critiques illustrés de dessins et de photographies. Toutes les phases de travaux de dégagement, de consolidation, de recomposition et d’intégration, ainsi que les éléments techniques et formels identifiés au cours des travaux y seront consignées. Cette documentation sera déposée dans les archives d’un organisme public et mise à la disposition des chercheurs ; sa publication est recommandée.

  • CHARTE INTERNATIONALE POUR LA SAUVEGARDE DES VILLES HISTORIQUES « CHARTE DE WASHINGTON -1987.

On entend ici par sauvegarde des villes historiques les mesures nécessaires à leur protection, à leur conservation et à leur restauration ainsi qu’à leur développement cohérent et à leur adaptation harmonieuse à la vie contemporaine. Cette charte définit les principes et les objectifs, les méthodes et les instruments de l’action propre à sauvegarder la qualité des villes historiques, à favoriser l’harmonie de la vie individuelle et sociale et à perpétuer l’ensemble des biens, même modestes, qui constituent la mémoire de l’humanité.

Selon cette charte, la sauvegarde des villes et quartiers historiques doit, pour être efficace, faire partie intégrante d’une politique cohérente de développement économique et social et être prise en compte dans les plans d’aménagement et d’urbanisme à tous les niveaux. Le plan de sauvegarde doit comprendre une analyse des données, notamment archéologiques, historiques, architecturales, techniques, sociologiques et économiques et doit définir les principales orientations et les modalités des actions à entreprendre au plan juridique, administratif et financier. Le plan de sauvegarde devra s’attacher à définir une articulation harmonieuse des quartiers historiques dans l’ensemble de la ville. De même, il doit déterminer les bâtiments à protéger particulièrement. L’état des lieux avant toute intervention sera rigoureusement documenté. Le plan devrait bénéficier de l’adhésion des habitants ; et, en vue d’assurer la participation et l’implication des habitants, la charte recommande une information générale commençant dès l’âge scolaire. Selon cette charte, l’action des associations de sauvegarde doit être favorisée.

  • CHARTE INTERNATIONALE POUR LA GESTION DU PATRIMOINE ARCHEOLOGIQUE « CHARTE DE LAUSANNE-1990)

Le patrimoine archéologique correspond selon cette charte à la partie de notre patrimoine matériel pour laquelle les méthodes de l’archéologie fournissent les connaissances de base. Il englobe toutes les traces de l’existence humaine et concerne les lieux où se sont exercées les activités humaines, les structures et les vestiges abandonnés de toutes sortes, en surface, en sous-sol ou sous les eaux, ainsi que le matériel qui leur est associé.

Selon cette charte, la protection du patrimoine archéologique doit être fondée sur une collaboration effective entre des spécialistes de nombreuses disciplines différentes. Elle exige encore la coopération des services publics, des chercheurs, des entreprises privées et du grand public. En conséquence cette charte énonce des principes applicables dans différents secteurs de la gestion du patrimoine archéologique. Elle inclut les devoirs des pouvoirs publics et des législateurs, les règles professionnelles applicables à l’inventaire, à la prospection, à la fouille, à la documentation, à la recherche, à la maintenance, la conservation, la reconstitution, l’information, la présentation, la mise à disposition du public et l’affectation du patrimoine archéologique aussi bien que la définition des qualifications du personnel chargé de sa protection.

Selon la charte, la participation active de la population doit être intégrée aux politiques de conservation du patrimoine archéologique. Cette participation est essentielle chaque fois que le patrimoine d’une population autochtone est en cause. La participation doit être fondée sur l’accès aux connaissances, condition nécessaire à toute décision. L’information du public est donc un élément important.

La protection du patrimoine archéologique est une obligation morale pour chaque être humain. Mais c’est aussi une responsabilité publique collective. Cette responsabilité doit se traduire par l’adoption d’une législation adéquate et par la garantie de fonds suffisants pour financer efficacement les programmes de conservation du patrimoine archéologique. Le patrimoine archéologique est un patrimoine commun pour toute société humaine ; c’est donc un devoir pour tous les pays de faire en sorte que des fonds appropriés soient disponibles pour sa protection.

Étant donné que l’un des risques majeurs qui menace le patrimoine archéologique résulte des programmes d’aménagement, la charte oblige pour les aménageurs de faire procéder à une étude d’impact archéologique avant de définir leurs programmes. De telle étude doit donc être énoncée dans une législation adéquate. Tout programme d’aménagement doit être conçu de façon à réduire au maximum les répercussions sur le patrimoine archéologique.

La charte encourage la participation de la population locale en tant que moyen d’action pour la maintenance du patrimoine archéologique. Elle recommande, dans la mesure où c’est possible, de confier la responsabilité de la protection et de la gestion du patrimoine à des populations autochtones. Étant donné que le patrimoine archéologique est un héritage commun à l’humanité toute entière, la charte de Lausanne appelle à une coopération internationale pour faire respecter les critères de gestion de ce patrimoine.

Elle encourage également l’échange des informations et le partage des expériences parmi les professionnels chargés de la gestion du patrimoine archéologique, à travers l’organisation de conférences, de séminaires, d’ateliers, etc. à l’échelon mondial aussi bien qu’à l’échelon régional, ainsi que la création de centres régionaux de formation de haut niveau.

Si l’objectif de toutes ces chartes est d’établir des stratégies internationales en matière de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine en l’intégrant au développement, il semble donc indispensable que les acteurs à différents niveaux prennent conscience pour attribuer au patrimoine une grande importance en raison du poids économique, scientifique et culturel qu’il représente. Il est clair que toute stratégie de développement doit concilier entre le droit de développement et le devoir de préservation du patrimoine.

Ghalem ZAHOUR 
Chercheur à la Faculté des Sciences Ben M’Sik, Casablanca, E-mail :[email protected]

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