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Au Maroc, le retour aux traditions préserve la biodiversité

Les bergers transhumants sont les gardiens d’un patrimoine ancestral

Les espaces protégées par l’Agdal de l’Oukaimeden, à l’ombre du mont Toubkal (4167m).

L’Oukaimeden, nid d’aigle perché dans le Haut-Atlas occidental à 80 km au sud de Marrakech, est surtout connu pour son domaine skiable considéré comme le plus haut d’Afrique (2620 m).

Mais c’est aussi le centre d’une pratique traditionnelle qui a traversé le temps et les générations, l’Agdal.

« Agdal signifie ‘’fermé’’ en berbère. C’est un espace dont l’accès est réglementé pour préserver une ressource à l’usage exclusif d’une population déterminée, » explique Mohamed Al Ifriqui, enseignant chercheur à l’Université de Marrakech et auteur d’ouvrages sur le sujet.

Le cycle de floraison fixe les dates d’ouverture et de fermeture de l’Agdal.

Cette pratique ancestrale qui est perpétuée depuis des siècles par les familles d’éleveurs transhumants consiste à interdire l’accès aux pâturages de l’Oukaimeden à la saison printanière pour permettre à la couverture végétale de se reconstituer. Mais l’Agdal est avant tout une tradition religieuse et culturelle, préservée depuis des générations par deux tribus, les Reghaya et les Ourika, répartis autour d’une cinquantaine de villages.

« Cette terre, c’est l’héritage de nos ancêtres, et nous prenons soin d’elle. »

Mohamed Ait Abdelah, pasteur nomade, est l’un des garants de la tradition de l’Agdal : « Les différentes tribus se sont mises d’accord d’interdire l’accès aux pâturages du 15 mars au 10 août de chaque annéeafin de protéger ce trésor végétal et de préserver l’écosystème. »

Un havre naturel

l’Oukaimeden se distingue par la richesse de sa biodiversité, notamment grâce aux pozzines, pelouses humides de haute altitude, en faisant un paradis pour les botanistes et un réservoir inépuisable pour les transhumants.

« La majorité des plantes est disponible de mai à fin juin. Nous partons à leur recherche pour les utiliser dans la cuisine ou pour un usage médical. Comme cette région est très froide, nous utilisons les plantes pour réchauffer le corps ou nous soigner, » confie Ait Hammou Fadma, habitante du village d’Oukaimeden.

Paradis de la biodiversité, l’Oukaimeden abrite près de 200 espèces végétales différentes.

Pourtant, cette biodiversité est menacée. Les conséquences combinées du changement de mode de vie des transhumants, le manque de transfert de connaissance entre générations, les effets néfastes du changement climatique, le tourisme de masse et la convoitise d’investisseurs immobiliers étrangers mettent en péril la pratique de l’Agdal.

« Aujourd’hui les jeunes ne croient plus à cette pratique. Le parcours de transhumance est long et fastidieux et le métier de berger rebute par sa difficulté. Les jeunes préfèrent un travail plus simple et rémunérateur. Tout le système construit sur ces structures sociales est en train de se perdre » déplore Mohamed Al Ifriqui ; et d’ajouter « Si l’on ajoute l’impact du tourisme de masse et les mutations environnementales… la pérennité de ces espaces et de cette forme de gestion va malheureusement disparaitre.

Un village d’azibs. Chaque sous-groupe ethnique possède une azib, véritable maison temporaire pour les transhumants et leurs bétails

Sauvegarder les traditions pour protéger la biodiversité

Pour maintenir ce patrimoine traditionnel, un projet de reconnaissance et de préservation de l’Agdal mis en œuvre par le PNUD et exécuté par le Programme de microfinancements du FEM (SGP) rassemble les populations de l’Oukaimeden autour de la conservation de la biodiversité et la résilience climatique.

Pour ce faire, une cartographie de l’Agdal et un inventaire de la biodiversité ont été réalisés. Des ateliers de planification communautaire, l’élaboration d’un répertoire des règles coutumières, ainsi qu’une charte communautaire de gestion doivent permettre de renforcer la participation des populations locales au projet, tout en protégeant les modes ancestraux de gouvernance de l’Agdal.

Les bergers de l’Oukaimeden attribuent au manque d’intérêt des jeunes la perte des traditions de l’Agdal.

L’association communautaire « Oukaimeden » agit directement avec les transhumants. Ses membres ont bénéficié de formations dispensées par le PNUD, en particulier autour des aires et territoires du patrimoine autochtone et communautaire ( APACs ) afin de considérer l’Agdal comme forme de gestion pertinente de la biodiversité et des espaces naturels.

« Nous essayons de sensibiliser les touristes et les investisseurs en leur expliquant que cette région a son patrimoine et son histoire, que nous devons préserver et protéger » explique Mustapha Tallaout, le président de l’association.

Pour soutenir cette volonté de conservation, le PNUD a mis en œuvre des actions concrètes de préservation du site et de soutien aux moyens de subsistance locale, entre autres par la valorisation de l’écotourisme et la création d’une signalétique d’information sur l’Agdal. De plus, des actions ont été initiées pour l’appui à la reconnaissance de ce patrimoine auprès des institutions locales.

A terme, une reconnaissance nationale et internationale est visée, au travers de l’initiative mondiale d’appui aux aires et territoires du patrimoine autochtone et communautaire (ICCA-GSI), qui concerne 26 pays dont le Maroc.


Texte et photos : PNUD Maroc