« Initiative Nationale » du Maroc : Son importance et ses défis
La mise en œuvre avec succès de l’Initiative Nationale Marocaine pour le Développement Humain peut créer des bénéfices socio-économiques et politiques critiques pour le peuple Marocain, et peut être un exemple pour le Moyen Orient, l’Afrique et au delà. L’Initiative est une « mobilisation » pérenne pour le développement lancée au mois de mai 2005 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Elle fait partie d’un programme plus large de réformes sociales qui ont pris place depuis l’accession au trône du Roi en 1999. L’Initiative était en partie fondée sur la reconnaissance que les conditions de la pauvreté aident la violence extrémiste à exister. L’Initiative reconnaît aussi que le libre-échange (que le Maroc a avec l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique) peut menacer les sources de revenus traditionnels et être un défi sérieux pour les familles s’il n’y a pas création de nouvelles opportunités (comme cela c’est particulièrement vu dans le Mexique rural avec NAFTA).
L’Initiative ciblera initialement 5 millions de personnes (la majorité d’entre elles étant en zones rurales) et a un budget de 1,1 milliards de USD jusqu’à 2010(20% de cette somme vient de contributions étrangères). Elle est dédiée à la construction de l’infrastructure du Maroc (eau potable, électricité, routes), à la création d’emploi et d’activités génératrices de revenu, et à fournir des services sociaux pour les personnes qui en ont le plus besoin (jeunesse à risque et les femmes, les personnes sans domicile et les personnes âgées). L’Initiative est dans sa première phase et un bon nombre de projets ont déjà vu la pose de leur première pierre.
La communauté internationale a beaucoup à gagner en supportant ce projet national du Maroc. Une Initiative qui est un succès peut servir de modèle qui inspirera les autres nations dans la région à entamer leur propres campagnes de développement, ce qui pourrait générer des bénéfices nationaux et internationaux critiques. Certains pays comme la Belgique, la France, l’Allamagne, Kuwait, les emirats Arabes Unis, les Etats-Unis d’Amérique (au travers du Compte du Défi du Millénium), et certaines organisations internationales, se sont engagés à un support financier de l’Initiative.
Cependant, afin de réussir, l’Initiative fait face à des défis énormes : catalyser le dialogue local parmi les communautés, le gouvernement et les ONGs dans différents zones du Maroc afin que tous ces acteurs puissent créer des plans d’actions basés sur leurs priorités et construire des partenariats nécessaires à la mise en œuvre et la gestion des projets. Le succès de l’Initiative (et du développement durable en général) est basé sur ces efforts parce que c’est pendant le processus que les communautés développent un sens de propriété des projets qui répondent à leurs besoins.
Le dialogue inclusif dans chaque village et chaque quartier dans les zones ciblées devrait être facilité par des hommes et des femmes formés pour faciliter des activités interactives qui permettent d’obtenir des informations et des idées des participants. De cette manière, les parties augmentent aussi leur capacité à prendre des décisions en connaissance de cause. Les facilitateurs sont particulièrement importants lors des premiers stades du processus. Ils aident à organiser les réunions, gérer les conflits et développer un consensus. Les instituteurs, les techniciens gouvernementaux (dans la santé et l’agriculture), les politiciens, le personnel non gouvernemental, les membres de la communauté et d’autres encore, peuvent être des facilitateurs efficaces.
Former les gens à la facilitation dans la zone des projets donnera à l’initiative la portée qui lui est nécessaire pour engager les populations dans le processus de communauté en communauté. Les instituteurs ruraux sont un groupe évident avec lequel commencer parce qu’ils sont dispersés dans le pays. Ce sont de manière générale des diplômés universitaires récents qui ont été élevés dans les villes et qui veulent faire une différence positive dans les communautés dans lesquelles ils vivent et travaillent. La Commission de Stratégie Nationale, en tant que coordinateur de nombreux acteurs impliqués dans la mise en œuvre des programmes de l’Initiative, devrait créer une branche de formation et appliquer, former d’autres en méthodes de participation et les transférer.
La formation en facilitation est la plus efficace quand elle est faite dans des situations réelles où les personnes formées peuvent travailler de manière rapprochée avec les communautés pour appliquer des activités qui les aident à développer des projets. Des activités telles que les cartes communautaires et le rangement par paires, ainsi que de nombreux autres fonctionnent bien au Maroc et de part le monde. Les communautés qui participent à la formation bénéficient aussi grandement de l’expérience, ce qui n’est pas le cas quand les formations sont faites ex situ. Le développement d’activités de planning communautaire devrait être encouragé au Maroc.
L’Initiative est déjà dédiée à construire des centres locaux pour les groupes vulnérables. Ces centres les aideront à atteindre l’auto-suffisance en augmentant leurs capacités. Dans ce cadre des centres de planification du développement communautaire et de formation devraient être construits dans les zones cibles. Ces centres sont gérés par les membres des communautés et aident les populations locales à créer et mettre en œuvre des projets. Ils permettent aussi le transfert des connaissances en agriculture moderne, santé, artisanat, gestion, et autres domaines identifiés par les populations locales. Les centres forment une ressource locale qui peut jouer un rôle significatif en permettant à l’Initiative de devenir un succès en tant que projet à long terme, et en aidant à atteindre les buts ambitieux de développement durable.
Il faut reconnaître le Maroc pour son projet audacieux . Clairement, l’engagement du Roi et du Gouvernement au succès de l’Initiative est très sérieux et important. Les intérêts sont élevés pour la nation, et la communauté internationale devrait faire tout ce qu’elle peut pour soutenir les efforts du Maroc à confronter la réalité et être un exemple critique pour la région et pour le monde.
Jason Ben-Meir est le président de la Fondation du Haut Atlas, une organisation non gouvernementale formée d’anciens volontaire du Corps de la Paix ayant servi au Maroc ; et qui fait la promotion du développement communautaire dans ce pays.