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Acteurs impliqués dans l’Arganeraie du Souss : une collusion des représentations

 

1. Acteurs

En abordant, la question d’acteur, au niveau de la biosphère d’arganeraie, on remarque l’existence de plusieurs acteurs. Chaque acteur utilise cette ressource par rapport à ses besoins. On trouve les agriculteurs qui utilisent la forêt d’arganier pour l’activité agricole (culture intercalaire) et bénéficient du fruit d’Argan ainsi que du bois. Pour les éleveurs mobiles, la forêt se présente comme un espace pour le pâturage. Les coopératives d’huile d’argan, qui sont 100% des coopératives féminines (femmes d’agriculteurs), utilisent les fruits d’argan pour extraire l’huile ainsi que pour la fabrication de certains produits cosmétiques. Les forestiers ont pour fonction de conserver et de valoriser cette ressource tout en exploitant le bois. Les élus communaux bénéficient de l’arganier par la vente du bois qui constitue une ressource financière importante pour les communes rurales. Enfin, les ONG luttent contre la dégradation de la forêt par la mise en œuvre des projets de développement local. Face à cette pluralité d’acteurs, on se demande comment les acteurs collectifs (groupes sociaux, administration) élaborent des discours de concordance et/ou de discordance entre territoire, identité et frontière ? Ces acteurs sont-ils conscients ou non de leur rôle de production de territoire ? Les femmes peuvent-elles être prises en compte dans la gestion des ressources de la forêt d’arganeraie ? Les différents acteurs qui occupent l’arganeraie présentent divers modes de représentations du territoire, engageant les notions d’identité territoriale et de perception. Selon F. Lasser et A. Lechaune (2003) les acteurs se définissent dans le temps et dans l’espace, sur un territoire qu’ils s’approprient par le biais de leurs constructions que l’on nomme représentations territoriales ou sociales du territoire.

2. Les représentations sociales : Une collusion

Partant du territoire comme construction mouvante et produit des processus d’écriture de l’histoire et des représentations des groupes humains, loin d’être une catégorie objective, il est associé à un ensemble de discours plus ou moins contradictoires, qui traduisent sa mise en forme selon les prismes des cultures, des histoires et des manières de voir de chaque groupe. Cette subjectivité du concept de territoire a pour corollaire sa dimension culturelle et politique. Produit des représentations humaines, le territoire et ses limites relèvent donc par définition de la sphère culturelle. Dès lors que ces représentations sont plurielles, elles alimentent des enjeux de pouvoir sur l’identité, l’usage et la délimitation du territoire. Dans l’arganeraie du Souss, chaque acteur a une représentation de l’autre et un bagage culturel différent par rapport à l’utilisation de la forêt, par rapport à l’appartenance ethnique et au territoire. Ces facteurs contribuent à la détérioration des relations, l’émergence des incompréhensions, des divisions et des conflits. Le rapport entre territoire et représentation des acteurs : un conflit qui nous amène à nous demander si l’intensification de l’exploitation de la nature a, plus rarement qu’ailleurs, pour origine des désaccords et une concurrence entre groupes ? Comme nous l’avons signalé auparavant, le territoire reste un élément essentiel structurant l’identité de l’acteur et un moyen d’analyse des représentations sociales des acteurs. L’identité selon Dressler et al. (1986) (1) est « quelques chose qu’un individu, un collectif ont constamment à produire et à maintenir à des fins pratiques, en tant que processus ininterrompu de formation et de maintien d’un soi-même à travers des évolutions et des changements (ipséité) ». L’analyse des représentations sociales nous éclaire sur le sens endogène de la territorialité, c’est à dire la manière que l’individu ou le groupe a de construire son territoire. De là, on remarque que pour analyser les représentations sociales des acteurs on doit passer par l’étude de leur construction identitaire du territoire. D’après P. Ricoeur (1985) (2), l’identité est avant tout une catégorie de la pratique.

(7) : Dressler et al. L’identité de « Pays » à l’épreuve de la modernité, Paris, C.E.M.S., E.H.E.S.S, 1986. (8) :P. Ricoeur, Temps et récits. 1983-1984-1985, 3 tomes, Paris Seuil.

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